Arnaud De Courcelles : « La chaîne L’Équipe a trouvé son public »


Rencontre avec Arnaud de Courcelles, directeur de la chaîne L’Équipe, qui fait le point sur les activités et le développement de celle-ci. 

Arnaud, pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Arnaud de Courcelles, je suis passé par la Faculté de droit et l’Ecole de Journalisme avant d’entrer chez RMC. Ensuite, j’ai continué chez Orange avant d’aller chez Canal + en tant que directeur de la rédaction du service des sports aux côtés de Cyril Linette. Enfin, il y a deux ans, je suis arrivé comme directeur de la chaîne L’Équipe.

Voilà un peu plus de deux ans que vous êtes à la tête de la chaîne L’Équipe : quel bilan global faites-vous ?

C’est un bilan positif car nous avons réussi à changer la culture éditoriale de la chaîne qui n’arrivait pas à trouver son public jusque-là, en étant un peu le BFM du sport. Cyril Linette a voulu transformer cela et en faire une chaîne d’événements autour d’émissions limitées mais fortes comme L’Équipe du soir. Cette nouvelle ligne a rapidement trouvé son public car en deux ans, nous sommes passés de 0,4% à 1,2% de PDA (part d’audience). Nous sommes aujourd’hui la première chaîne de sport en France, celle qui diffuse le plus de sport en volume horaire mais aussi en diversité dans les disciplines.

Nous avons aussi changé de nom et créé une nouvelle identité graphique pour que la chaîne soit davantage accoudée au quotidien L’Équipe, que 99% des Français connaissent. Ceci nous donne une vraie crédibilité et cela a changé l’image de la chaîne qui pouvait être un peu « cheap » par moment. Nous sommes devenus une chaîne de destination alors qu’il y a deux ans, nous étions une chaîne de passage.

Quelle est la retransmission qui vous a laissée le meilleur souvenir en deux ans ?

Il y en a deux, une sur une émission et une sur un évènement. La victoire de Martin Fourcade sur la mass start au Grand Bornand, car c’était une simple étape de Coupe du monde, Martin était un peu en difficulté par rapport à Johannes Boe à ce moment-là, et il a réussi à l’emporter. Ce qui nous a permis d’avoir 1,2 millions de personnes sur cette course. C’est l’aboutissement de deux années de travail, nous avons réussi à amener de l’émotion et à rentrer chez les gens avec un sport comme le biathlon et un sportif extraordinaire comme l’est Martin. Pour cette course, nous étions sur place avec un gros dispositif et nous avons reçu de nombreuses félicitations pour notre travail donc c’est vraiment positif

Ensuite, je citerai la production que nous avons faite pour le Ballon d’Or à la Tour Eiffel, retransmis dans 112 pays. David Ginola comme présentateur, mais aussi Cristiano Ronaldo et de gros moyens nous ont permis de démontrer que la chaîne L’Équipe était capable de faire de la télévision de qualité, pour ainsi devenir une chaîne de référence.

Le biathlon, c’est un vrai atout pour votre chaîne, puisque c’est un sport qui plaît de plus en plus. Mais il y a aussi l’effet Martin Fourcade, et à ce propos, avez-vous pensé à comment continuer à fidéliser votre public lorsqu’il ne sera plus en piste ?

Cela fait deux ans que nous diffusons le biathlon, deux ans que Martin gagne et les audiences continuent de progresser. Le biathlon est un sport fait pour la télévision, c’est court, intense et il y a des rebondissements. Il n’y a pas besoin de rester trois heures devant la télévision pour vivre des émotions et c’est vraiment la force de ce sport. Il faut aussi noter que les audiences des filles connaissent une plus grande progression que les garçons alors qu’il n’y a pas Martin Fourcade. Il y a une belle équipe de France malgré tout, homogène, mais aucune star. Je suis confiant pour l’après Martin, même si ce n’est pas pour demain, car d’ici là, nous aurons réussi à rentrer chez les gens et à transmettre la passion de ce sport.

On peut lire ou entendre que vous diffusez des petits sports. Vous imaginez que je ne partage pas ce point de vue en ayant créée une encyclopédie et un média qui traite tous les sports. Mais comment selon vous, à part en les mettant à l’antenne, peut-on faire pour que les Français se passionnent pour ces sports ?

Nous essayons de raconter des belles histoires de sport et les gens viennent pour voir cela sur la chaîne. Quand on a diffusé du water-polo, ce n’est pas du foot, mais c’était le match qualificatif pour les Jeux Olympiques de Rio et la France se qualifie, à 19h30, aux penalties. A ce moment-là, nous avons 350 000 téléspectateurs car les gens ont envie de voir l’émotion que peut procurer ce sport. La plupart des téléspectateurs ne connaissent pas forcément les règles ou les joueurs, mais ils ont juste envie de vivre des émotions. Il n’y a que le sport qui crée des émotions comme cela et les gens viennent sur notre chaîne pour les vivre. Je pourrais vous citer d’autres d’exemples dans d’autres disciplines où nous faisons de très belles audiences grâce à cela.

Pas loin de 40 disciplines sont proposées sur votre chaîne. Va-t-il en avoir de nouvelles dans les mois à venir ? Et d’autres qui vont disparaître de la grille ?

Récemment, nous avons fait les championnats du monde de Crossfit et l’homme le plus fort du monde. C’est sûrement surprenant, mais nous voulons prendre des risques en mettant à l’antenne cette diversité. Nous lançons le catch samedi, certains diront que c’est plus du spectacle que du sport, mais cela reste malgré tout une discipline. À partir de novembre, nous aurons les qualifications pour l’Euro 2020 et la Ligue des Nations avec ensuite, les qualifications de la Coupe du monde 2022. À partir de l’hiver prochain, il y aura le ski freestyle et le snowboard. Il y aura aussi les Championnats du monde de hockey au mois d’avril-mai. Et il y a deux ou trois autres droits que nous sommes en train de négocier, mais je ne peux pas en dire plus pour le moment. Mais sinon oui, il y aura d’autres nouveautés. Aucune discipline ne disparaîtra de nos grilles, peut-être que quelques compétitions ne seront plus à l’antenne.

Vous avez renforcé votre équipe avec des têtes d’affiche comme Thomas Hugues ou Estelle Denis. Quel est le but de ce recrutement ?

De gagner en notoriété. Nous avons d’une part besoin de droits pour diffuser les compétitions et attirer du monde, mais il faut aussi de la notoriété pour incarner une chaîne. Nous avons besoin d’avoir le Nikos de TF1 ou le Cyril Hanouna de C8, c’est ce qui permet aux chaînes de gagner du public. Il y avait déjà Olivier Ménard quand je suis arrivé, mais nous avions besoin de continuer à monter en puissance, c’est pour cela que Messaoud Benterki nous a rejoint. Dans le but de continuer à élargir notre public, l’année dernière, nous sommes allés chercher Estelle Denis, notre incarnation numéro 1 aujourd’hui, et Thomas Hugues cette année, un passionné de sport et de la chaîne, avec qui nous allons mettre en place de belles choses. Il y a aussi des chroniqueurs qui contribuent à notre notoriété et qui permettent aux spectateurs de voir des têtes connues : Raymond Domenech, Guy Roux, Dominique Grimaud ou Jean-Paul Olivier.

Si on se place dans le domaine du rêve, quelle compétition aimeriez vous pouvoir diffuser dans les prochaines années ?

Le Top 14, parce que le rugby est un sport qui a explosé grâce à Canal + et qui est capable de toucher un très large public. C’est totalement un rêve, car bien loin de notre budget. Le rugby ressemble à cette chaîne et nous essayons d’en faire à notre petit niveau.

Nicolas Jacquemard

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