Le bassin de Mathieu Peisson #11 : bilan complet des championnats du monde


Chaque lundi, retrouvez « le bassin de Mathieu Peisson » sur votre blog dicodusport.fr avec son actu, son oeil sur le monde du water-polo et sur la planète sport. Cette semaine Mathieu revient sur la performance de l’équipe de France aux championnats du monde de Water-Polo en Hongrie.

Le contexte des championnats du monde

Cela faisait 20 ans que l’équipe de France n’avait pas participé aux championnats du monde, nous avons abordé la compétition avec un effectif remanié par rapport aux Jeux Olympiques. Il manquait plusieurs joueurs dont Enzo Khasz et Romain Blary, nous n’avions donc pas de véritable deuxième pointe dans l’effectif. Le groupe n’avait pas perdu en qualité, au contraire nous avons pris en maturité avec les différents titres d’Ugo Crousillat, de Rémi Saudadier, de Mehdi Marzouki, d’Alexandre Camarasa et de Thibaud Simon. Notre poule était très relevée avec l’Italie, bronzée au JO, les hongrois champion olympique en 2008 et l’Australie qu’on a presque jamais battu. La tâche n’était pas évidente mais nous aurons toujours des regrets car nous aurions pu passer, cela se joue à pas grand chose.

Premier match, l’Italie

C’est une équipe que nous connaissons par coeur car nous les jouons très souvent et c’est toujours compliqué à cause de leur agressivité et de leur arrogance. C’est des joueurs qui jouent dans de grandes équipes et qui ont l’habitude de jouer des matchs de Coupe d’Europe. Il est certain que nous avions un déficit d’expérience par rapport à ces joueurs italiens, nous avons moins de vécu qu’eux ! Dès le début du match cela se ressent, nous prenons une fessée en première période avant de revenir et de se mettre à jouer dans la deuxième, nous revenons à deux buts. Mais nous nous écroulons à nouveau en troisième période, après avoir beaucoup donné dans la deuxième, en commettant des erreurs stupides. Nous leur avons un peu donné le match, ils n’ont pas eu à forcer leur talent pour nous battre. C’est une grande équipe et ce n’est pas non plus une honte de perdre de cette manière.

Deuxième match, l’Australie

Ils avaient débuté leur compétition par un match très moyen contre la Hongrie deux jours avant, nous les avions regardé. Nous savions qu’ils s’appuyaient sur deux, trois joueurs assez fort, notamment la pointe et leur shooteur. Nous pêchons par manque d’expérience dans ce match en gérant mal notre stress, notre agressivité, notre défense et même notre attaque. Nous avions bien préparé la rencontre mais notre début de match est à nouveau raté. Nous avons plus jouer dans la réaction que dans la réflexion et c’est ce qui nous a coûté la victoire. Malgré tout nous revenons dans le match, comme contre l’Italie, pour craquer à nouveau sur la fin. Personnellement, je trouve que sur ce match il n’y a pas eu assez de turnover, nous avons trop tiré sur nos meilleurs joueurs et ils étaient cuits dans le money-time. Je ne sais pas ce que cela aurait changé de plus faire tourner mais je constate clairement que sur ce match nous nous appuyons sur 5-6 joueurs. Dans un tournoi aussi relevé que cela, aucun joueur ne peut jouer un match entier, c’est trop dur. C’est dommage de perdre ce match (11-10) qui pouvait nous ouvrir les portes des quarts de finale.

Troisième match, la Hongrie

Dans un stade plein à craquer et en direct à la télé nationale, nous avons affronté les hongrois chez eux. En voulant trop bien faire sur ce match, nous avons manqué d’agressivité dès le début. Nous sommes rapidement menés 6 à 1 avant de se mettre à jouer. Hormis la première période, nous avons fait jeu égal avec eux donc cela prouve que nous avons la qualité et les armes pour rivaliser avec les grandes équipes. Il nous manque encore à améliorer notre gestion des matchs, notre capacité à garder la tête froide et de jouer en équipe dans ces grands matchs. C’est un travail sur le long terme, nous avons recommencé il y a neuf mois avec un nouvel entraîneur et tout ne peut pas se mettre en place du jour au lendemain. Je pense que la gestion de l’avant mondial n’a pas forcément été optimale, ce n’est plus possible d’envoyer des joueurs en stage sans kiné ou médecin à disposition. Les conditions de voyage et de repos que l’on a eu pendant ce mois ne nous ont pas aidé. De plus, il est difficile de faire cohabiter des mecs pendant deux mois les uns sur les autres. Nous nous entendons tous très bien mais au bout d’un moment c’est compliqué. Nous n’avons même pas pu repasser par chez nous avant la compétition, ce qui n’est pas forcément simple à gérer. Je pense qu’il faut revoir la préparation d’une compétition comme cela pour mettre les joueurs dans des conditions optimales. Il y a eu des efforts de fait mais ce n’est pas encore suffisant !

Quatrième match, le Canada

C’est une équipe que nous connaissons très bien qui s’est sentie lésé lors de la qualification olympique. Nous savions qu’ils allaient être revanchards et agressifs. Cela a été une guerre pendant quatre périodes, nous avons eu du mal mais nous avons montré notre vrai visage. Nous les battons de quatre buts alors que c’est une équipe qui a tenu en échec le Monténégro. Ce fut un bon match collectivement mais globalement il nous manque toujours ce petit truc pour passer encore un cap. Cette victoire nous permet de ne pas lutter pour la place de dernier ou avant-dernier.

Cinquième match, les Etats-Unis

Nous les pensions à notre portée mais le match a été vraiment étrange où les arbitres ont beaucoup laissé jouer, une vraie boucherie. Les américains ont été plus malins et plus physiques que nous. C’est la première fois que je vois un défenseur pointe faire quatre périodes dans un championnat du monde sans prendre une seule expulsion, cela confirme que les arbitres n’étaient pas à la hauteur. Ce n’est pas une excuse pour la défaite, je pense que le turnover a encore été trop léger et que nous avons trop tiré sur nos meilleurs joueurs. Ils n’ont rien lâché et il nous a manqué un peu de jus pour les contrer.

Le bilan des championnats du monde

Nous finissons donc 14ème de la compétition, nous espérions clairement mieux ! Je pense qu’il y a vraiment tout un système à revoir pour mieux nous encadrer et pour être dans de meilleures conditions. Cela nous empêche de nous épanouir en tant qu’équipe et de pouvoir vraiment progresser. Nous n’avons rien lâché à l’entraînement malgré tout, on ne peut pas nous traiter de feignants. Nous n’avons pas joué de tournoi de préparation avant la compétition et cela a été handicapant pour les championnats du monde. Il faut que tout soit réglé au niveau fédéral pour que l’équipe de France franchisse un cap, tout le monde doit se remettre en question. On peut nous en vouloir car nous sommes dans l’eau mais nous ne sommes pas les seuls responsables, loin de là ! Nous, les joueurs, nous allons continuer à nous battre pour le water-polo français et pour notre pays que nous aimons tant.

 

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