Cécile Hernandez, une détermination à toute épreuve avant Pyeongchang


Trois ans après sa médaille d’argent aux Jeux Paralympiques de Sotchi, Cécile Hernandez repart pour une nouvelle bataille à Pyeongchang. A 43 ans, elle vise cette fois-ci un tout autre métal, le plus beau. Rencontre avec une athlète et une maman qui a fait de sa maladie, la sclérose en plaques, sa force au quotidien.

Peux-tu te présenter en quelques mots et nous raconter ton parcours ?

Je m’appelle Cécile Hernandez, je vis à Saint-Estève dans les Pyrénées-Orientales et je passe mes hivers dans la station des Angles dont je suis l’ambassadrice. Je suis une passionnée de sport depuis toute petite et de sports extrêmes en particulier. Je suis atteinte de sclérose en plaques depuis 15 ans et je suis athlète parasnowboard de l’équipe de France depuis trois ans. Je m’implique beaucoup dans le militantisme sur le handicap invisible et la sclérose en plaques. Et le meilleur pour la fin : je suis maman d’une petite demoiselle de 10 ans.

Tu l’as dit auparavant, tu es atteinte de la sclérose en plaques depuis 2002. La maladie est encore assez mal connue en France. Peux-tu nous dire en quoi le sport t’a aidée à l’accepter ?

Oui, j’ai été diagnostiquée en octobre 2002, et ce fut un vrai choc car je ne connaissais rien de cette maladie. Après beaucoup de chemin fait de hauts et de bas, j’ai accepté cette SEP et aujourd’hui, je vis non plus malgré la maladie mais avec la maladie. Le sport m’a aidée à rebooster l’estime que j’avais de mon corps et de moi-même. Il m’a aussi aidée à être plus endurante face aux caprices de la maladie et surtout à renouer avec le sport de très haut niveau. La SEP a donc été au final une opportunité pour connaître autre chose et pour vivre différemment.

Qu’est-ce que le sport t’apporte aujourd’hui, 15 ans après l’annonce de ta maladie ?

Le sport est exigeant et il m’apporte beaucoup personnellement. Il me donne de belles armes pour faire face à la maladie : la force de caractère, la volonté et l’endurance. Ce sont des ressources dont je me sers non seulement dans le sport mais aussi dans la vie de tous les jours.

Durant ta rémission suite à ta première poussée, tu as beaucoup écrit. Cela t’a également aidée à avancer ?

En effet, lorsque l’on m’a annoncé ma maladie, on m’a dit que je ne pourrais plus faire de sport. En étant sportive, il me fallait trouver un exutoire pour évacuer tout ce que j’étais en train de vivre et qui était en train de changer et bouleverser ma vie. J’ai donc choisi de « boxer avec les mots » et je me suis épanouie là-dedans. Mon premier livre, La guerre des nerfs, a été comme une thérapie pour moi.

Tu as également commenté les Jeux Paralympiques de Londres en 2012. Le journalisme te passionne-t-il ?

J’ai toujours rêvé de faire du journalisme et mon handicap m’a permis d’intégrer de grands médias tels que Europe 1 ou Le Figaro. Le monde de l’entreprise impose des quotas de personnes handicapées et j’ai joué sur ça pour réaliser mon rêve. Bien sûr, il a fallu du travail et acquérir des compétences mais en effet, c’est un métier qui me passionne et en plus je pouvais parler du handicap, du handisport et faire connaître un peu plus ce sujet. J’ai donc pu vivre les Jeux Paralympiques de Londres en tant que journaliste et maintenant je suis passée de l’autre côté de la barrière. Je connais les deux, et je trouve ça génial.

Sportivement parlant, tu commences à avoir un sacré palmarès en snowboard. Quel est ton meilleur souvenir sur la planche ? De quel titre ou médaille es-tu la plus fière ?

Merci ! Sotchi ! Car c’est bien évidemment la médaille la plus surprenante. Je retiens aussi mon titre de championne du Monde à La Molina. J’avais passé une sale semaine : clouée au lit avec la grippe et j’ai quand même pris le départ de la course pas au top de la forme, mais ma famille était là. En voyant ma fille, j’ai eu l’impression que je n’étais plus du tout malade et que j’étais reboostée comme jamais et j’ai donc décroché l’or.

Je suis fière de tous mes podiums, car ils sont l’aboutissement d’un travail et de sacrifices quotidiens. Bien sûr que je vise toujours la plus haute marche, mais il y a de la concurrence que je respecte. En compétition, je dois faire face à une double adversité, les autres rideuses et ma maladie qui fluctue au cours de la course.

Les Jeux Paralympiques sont le point d’orgue cette saison. Es-tu sélectionnée au jour d’aujourd’hui ? Si non, quelles sont les modalités pour l’être ?

Oui, je suis sélectionnée depuis fin septembre, et je prépare actuellement cette grande échéance que sont les Jeux Paralympiques de Pyeongchang grâce à mon contrat avec l’équipe de France Douane. Les modalités étaient de faire un podium lors des Mondiaux ou plusieurs podiums lors des Coupes du Monde.

L’or olympique est-il un objectif pour toi ?

Bien sûr ! J’y pense tous les jours. Je ne pars pas en Corée pour y faire de la figuration, mais bel et bien pour y décrocher une ou deux médailles. C’est l’objectif que j’ai en ligne de mire, mais pour atteindre celui-ci, il faut d’abord que je réussisse tous mes entrainements afin d’arriver fin prête pour prendre le départ de cette compétition en mars prochain.

Dernière question : quels sont les conseils que tu pourrais donner à des jeunes malades atteints de la sclérose en plaques ?

Avec les 15 années de recul que j’ai sur la maladie, ce que je pourrais dire, c’est qu’il est important de vivre au-delà des barrières que nous impose la SEP. Il faut trouver son équilibre malgré les difficultés que l’on connaît dans notre quotidien. Il est aussi important de bouger, chacun à son rythme, mais bouger. Cela permet d’entretenir une certaine condition physique mais aussi de ne pas perdre le lien social. Il est aussi important de respecter une bonne hygiène de vie dans son alimentation et son sommeil. Ce sont des petits trucs que j’applique au quotidien et qui m’aident beaucoup. Et pourquoi pas venir s’essayer avec ou sans moi au snowboard. Mon souhait est de voir de plus en plus de personnes, quel que soit leur âge, pratiquer cette discipline.

Flo Ostermann

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