Chloé Trespeuch, un objectif en Or


Aux Jeux Olympiques de Sotchi en 2014, Chloé Trespeuch (19 ans à l’époque) avait ébloui le public avec son sourire en remportant une magnifique médaille de bronze dans la discipline du snowboard cross. Nous l’avons rencontrée à quelques mois de l’échéance coréenne pour mieux la connaître et parler de ses objectifs.

Bio Chloé Trespeuch
Félicitations pour ton bon début de saison et pour ta victoire avec Nelly (Moenne Loccoz) il y a peu. Gagner à deux, est-ce que cela a une saveur différente que de gagner toute seule ?

Oui, c’est vraiment différent. Moi, j’aime beaucoup les courses par équipes parce que l’on fait les choses ensemble et qu’on est fier de l’autre et de soi-même. On est content d’avoir réussi à gagner en équipe et du fait aussi d’avoir pu être au top toutes les deux ce jour-là. On est une vraie équipe avec Nelly. En effet, on se connaît très bien, donc on sait comment l’autre gère la compétition, ce qu’il faut se dire avant pour se motiver, donc quand tout ça est en place et que l’on gagne ensemble, c’est vraiment super. Et puis gagner, c’est bien, mais de pouvoir le partager avec quelqu’un qui a gagné le même jour que toi et qui sait exactement ce que tu ressens à ce moment-là, c‘est vraiment chouette.

Et puis, vous aviez de bons résultats en équipe depuis quelques saisons. (NDLR : championnes du monde en 2017)

Oui, et je pense que le fait que l’on se connaisse très bien et que l’on soit autant complices dans la vie de tous les jours, ça aide à être performer.

Est-ce rageant de voir que votre discipline ne soit pas encore olympique en équipes ?

Oui, on espère pour les prochains mais c’est vrai que c’est dommage. Mais du coup, on va essayer de gagner ensemble en individuel pour compenser le fait qu’on n’ait pas de course par équipe. Ça serait vraiment super d’être toutes les deux sur le podium.

D’ailleurs, le grand public français t’a découverte il y a quatre ans à Sotchi, avec ton sourire qui avait illuminé la nuit. Quels souvenirs gardes-tu de la journée qui t’a permise de monter sur le podium et de devenir donc une médaillée olympique ?

C’était une journée riche en émotion. Déjà, c’étaient mes premiers Jeux Olympiques, donc on a toujours la pression. Il est vrai que je n’étais pas trop attendue, surtout pour le grand public, car j’étais outsider donc sans la pression de résultat. Mais c’est quand même l’événement sportif le plus médiatique, on est vraiment là-bas pour ramener une médaille pour notre pays. J’étais jeune, ça ne faisait pas très longtemps que j’étais en Coupe du Monde donc c’était déjà un honneur d’être qualifiée. J’avais vraiment envie d’aller chercher une médaille car j’avais terminé quatrième sur la Coupe du Monde quelques semaines auparavant, donc je savais que j’étais toute proche et que c’était possible.

Le boarder (NDLR : la piste), je l’aimais beaucoup car il était technique, avec de la vitesse et cela correspondait bien à mes qualités, donc je prenais beaucoup de plaisir à rider sur ce parcours. De plus, il y avait toute une partie de ma famille qui était venue sur place, donc j’avais envie de bien faire pour ne pas qu’ils soient venus pour rien. Et du coup, cette médaille, c’était géant et d’avoir le plaisir de la partager avec ma famille qui était là et avec tous mes collègues de l’équipe de France, c’était vraiment des grands moments de partage.

Tu disais que tu étais outsider en 2014. Cette fois, tu t’avances plutôt comme l’une des favorites. Cela doit te rajouter quand même un peu de pression. Comment vis-tu ce changement de statut ?

C’est sûr que j’aurais plus de pression du résultat mais en même temps, j’ai beaucoup plus d’expérience, donc je le gère mieux. Jusqu’à maintenant, la pression a vraiment servi à me booster plus qu’à me freiner, donc je ne pense pas que ce soit une mauvaise chose. Faut juste que j’arrive à la gérer le jour J et j’ai travaillé pour avant, comme pour les championnats du Monde où j’en avais. J’ai appris à le faire et j’espère que j’arriverai à m’en servir comme une chose positive pour aller chercher toute l’énergie que j’ai en moi et faire du mieux que je peux.

Tu disais justement que la piste de Sotchi te correspondait. As-tu déjà eu l’occasion de découvrir et de tester celle de Pyeongchang pour savoir si ça te correspond mieux ou si elle sera un peu plus compliquée  ?

Je crois qu’elle me correspond aussi. J’ai fait le test-event lors d’une Coupe du Monde il y a deux ans que j’ai gagné. Il s’agissait de ma première victoire en Coupe du Monde, donc c’est un parcours que j’aime bien et qui est assez technique. Après, on va voir si elle évolue car il manquait un tout petit peu de vitesse, mais les organisateurs ont dit qu’ils monteraient un peu le départ pour que l’on ait un peu plus de vitesse lors des Jeux, donc je pense que ça peut être un bon terrain de jeu. J’ai hâte d’y être et de démarrer la compétition.

Pour rester sur les Jeux, Martin Fourcade porte-drapeau, qu’en penses-tu ?

Je suis très fière d’avoir Martin comme porte-drapeau, car c’est vraiment un athlète modèle avec un immense palmarès. C’est un sportif qui est dans le partage et qui s’intéresse vraiment à tous les sports et les athlètes donc je pense qu’il représentera à merveille la délégation française.

As-tu eu l’occasion d’échanger avec lui en 2014 ou non ?

En 2014, je n’en ai pas le souvenir. Après, on se croise peu car le biathlon, ski de fond ou ski alpin et le snowboard, on n’a ni les mêmes lieux d’entraînements, ni les mêmes lieux de compétition, donc on doit se croiser une fois par an lors des journées de présentation des équipes de France. On se croise donc très peu, mais il échange avec tous les athlètes dès qu’on est ensemble.

L’équitation, un vrai loisir pour Chloé Trespeuch
Je vais revenir un peu sur ton histoire avec le snowboard. Comment es-tu venue à cette discipline ?

En fait, en grandissant à Val Thorens, j’ai dû vite choisir mon sport de glisse, donc j’ai commencé par le ski à deux ans. Et puis mon frère, qui a sept ans de plus, faisait déjà du snowboard donc c’est lui qui m’a initié quand j’avais six ou sept ans. J’ai directement accroché. Je suis vraiment une passionnée de compétitions, donc je les ai attaquées très tôt. Au début, je faisais toutes les disciplines : du freestyle, du boarder ou du géant pendant longtemps. C’est d’ailleurs une force d’avoir été longtemps polyvalente, car cela me permettait de progresser sur certains points dans le boardercross et je me suis spécialisée vers quinze ou seize ans. J’étais un peu meilleure en cross et j’aimais la course. Le fait d’être en confrontation directe avec les autres filles sur le même parcours, le côté stratégique de choisir sa ligne et de construire ses déplacements ainsi que la vitesse et les sensations fortes, ça me plait vraiment.

Comment se déroulent les entrainements ? En solitaire ou en commun avec l’équipe de France ?

On est tout le temps avec l’équipe de France. On a quelques semaines de préparation physique en autonomie mais la plupart du temps, on est tous ensemble au centre d’entraînement à Albertville pour le printemps ou l’été. Sinon, on a des stages de snowboard toute l’année : en septembre en Argentine, l’été à Val d’Isère, à l’automne en Autriche ou en Suisse. En hiver, on est 80 % du temps en déplacement pour les compétitions.

A côté de cela, tu travailles ou tu fais des études ?

C’est le snowboard mon travail et cela me prend déjà presque tout mon temps. Mais je fais partie du dispositif « Athlètes SNCF » : ils me soutiennent pendant ma carrière sportive, j’ai quelques jours en entreprise à faire pendant l’année et le jour où j’arrête ma carrière sportive, ils m’embauchent à plein temps. Cela m’assure une reconversion. Mais sinon, je fais des études, je suis à l’IUT en techniques de commercialisation, un cursus que je devrais terminer cette année. Sinon, en dehors de cela, en loisir, je fais beaucoup d’équitation quand j’ai le temps.

Sinon, lorsque tu étais plus jeune, avais-tu des « idoles », snowboardeurs ou skieurs ?

Karine Ruby (championne olympique en slalom géant et multiples globes de Cristal), car elle a vraiment performé en snowboard et était très polyvalente. Elle a gagné en géant et en boardercross, donc c’est vrai que je la suivais beaucoup et que je l’admirais quand j’étais jeune.

J’ai cru voir que tu avais également fait les X-Games aux États-Unis. Quelles sont les différences que tu vois, que ce soit en terme d’infrastructures ou de niveau par rapport au circuit classique du snowboardcross de la fédération internationale ?

Au tout début, les parcours étaient beaucoup plus engagés, plus gros, avec plus de vitesse. Sur les dernières années, c’est exactement pareil que pour les Coupes du Monde. En effet, les parcours ont grossi et sont devenus plus difficiles qu’il y a quelques années et les parties sont plus techniques. Du coup, je pense que l’on retrouve le même niveau entre les deux compétitions, surtout que ce sont exactement les mêmes athlètes. Après, pour l’événement, c’est plus médiatisé que les Coupes du Monde aux États-Unis et il y a plus de sponsors. L’athlète est vraiment roi là-bas et ils sont beaucoup plus branchés sports extrêmes que nous en Europe donc forcément, c’est là que se fait la différence.

Ultime question : préfères-tu avoir un titre de championne du monde en individuel ou une médaille d’or olympique ?

Une médaille d’or olympique, clairement !

Damien Meunier

Un commentaire sur “Chloé Trespeuch, un objectif en Or

  • 28 décembre 2017 at 13 h 06
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    Trespeuch pour moi …

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