Euro 2017 – Groupe A : tout feu tout flamme, les Néerlandaises étouffent les Norvégiennes, tout en maîtrise, les Danoises contiennent les Belges


Avec une indiscutable victoire 1 but à 0 face à la Norvège, dans un stade à guichet fermé et en présence du couple royal néerlandais, les Pays Bas affichent la couleur : ces Orange-là ont un public et des ambitions. Même score (1 – 0) en faveur du Danemark face à la Belgique, au terme d’un match intense.

Avant le match, le seul nom familier à nos oreilles était celui de la Norvégienne floquée du numéro 14 Ada Hegerberg, attaquante dans la formation lyonnaise du club de Jean-Michel Aulas. On savait l’équipe norvégienne expérimentée, crainte, la seule à avoir détrôné l’Allemagne par deux fois, en 1987 puis 1993, et confiante, après avoir survolé les qualifications de cet Euro 2017, et pris soin de régulièrement écraser leurs adversaires du soir : 13 confrontations toutes compétitions confondues, une défaite et deux matchs nuls pour 10 victoires en faveur des Scandinaves.

C’était avant ce Pays Bas – Norvège de ce 16 juillet 2017. En 90 minutes, et un seul but, les Orange ont démontré qu’en six mois, leur nouvelle entraîneuse, Sarina Wiegman, a fait passer son équipe d’un football rugueux, physique façon XXème siècle, à un football technique, artistique, façon troisième millénaire.

7 – 9 – 11, la combinaison infernale

Tout ne fut pas parfait, loin de là, mais qu’elle fut agréable à regarder, cette équipe pimpante batave, son prometteur trio offensif, avec la vitesse sur son côté droit de Shanice van de Sanden (numéro 7), buteuse du soir, la jeune Vivianne Miedema (numéro 9, 21 ans), admiratrice de Robin Van Persie, et surtout Lieke Martens (numéro 11), animatrice inlassable du jeu, désignée meilleure joueuse du match. Une mention spéciale doit également être attribuée à Jackie Groenen (numéro 14), pour sa combativité et son implication.

Tout le monde a participé au festival offensif, que ce soit Desiree van Lunteren (numéro 2) s’offrant sur le côté droit de la surface adverse un festival de contres favorables et de dribbles (84ème), comme une minute auparavant sa coéquipière Lineth Beerensteyn, auteur d’une chevauchée fantastique, reprise in extremis par un pied norvégien qui dut lutter pour s’allonger plus que de raison et ôter la balle de but.

Bien sûr le jeu fut quelque fois stéréotypé, avec une colonisation quasi systématique du couloir droit, profitant de la vitesse de course de Shanice van de Sanden, la Elodie Thomis batave, comme si le côté gauche leur était interdit, bien sûr la talentueuse Vivianne Miedema n’a pas toujours fait les bons choix, mais elle s’est montrée opiniâtre, avec sa capacité à animer le jeu, à traîner là où on ne l’attend pas, d’une adresse telle à mesure que les minutes passaient, qu’on a hâte de la voir lors des prochains matchs.

Vivianne Miedema (Crédit l’Equipe)

La solitude de Graham, le calvaire de Hjelmseth

Côté Norvégien, l’attribution des bons points sera plus rapide.

Pauvre Graham Hansen (numéro 10) qui s’est sentie bien seule ! Elle a été une des rares Norvégiennes sur le terrain à se montrer à l’aise balle au pied, soucieuse de s’appliquer dans son animation du jeu, mais trop imprécise dans ses frappes (69ème minute), parfois on ne savait pas si elle frappait au but ou centrait pour une tête amie. Son équipe a tenté de rendre coup pour coup durant la première période, avec son style que l’on qualifiera de techniquement frustre mais efficace. La Norvège a pris définitivement l’eau lorsque Shanice van de Sanden a de manière méritée transformé le centre sur mesure de l’indispensable Lieke Martens.

Crédit Ouest France

Il y eut une vaguelette d’attaques, durant les minutes qui ont suivi, c’était le chant du cygne, avant l’abandon de toute ambition offensive, la souffrance commençant à se lire sur les visages, à tourmenter les organismes. A la 81ème minute, certaines commencèrent à souffrir de crampes.

Une chose est sûre, la gardienne, Ingrid Hjelmseth, du haut de ses presque quarante ans, au milieu de ces nuées oranges, s’est sentie terriblement isolée, affolée peut-être des 18 tirs au but adverses (8 cadrées), consternée sans doute du maigre bilan de ses partenaires : 3 tirs (2 cadrés), seulement 66% de passes réussies.

Belges, Danoises, la liste de leurs envies

Crédit Le Soir

D’autant plus intéressantes seront les prochaines affiches de ce groupe A du jeudi 20 juillet. Les vainqueurs (Pays Bas et Danemark) s’affronteront, essayant d’affermir leur domination, les perdantes (Norvège et Belgique) s’échineront à se payer un rab de rêve. Nous saurons alors si la Norvège n’aura subi qu’un accident de passage, un retard à l’allumage ou si le mal est plus profond.

Emancipée la Belgique. On ne dit pas encore la libre Belgique, mais à petits pas on s’en approche. Le scénario du match contre le Danemark joué à Doetinchem devant un public épars mais qui savait donner de la voix, laisse espérer de meilleurs résultats pour cette équipe audacieuse.

Les femmes et les enfants d’abord

Hier soir, pour sa toute première participation à une phase finale d’un Championnat d’Europe, la Belgique, 22ème au classement FIFA jouait le Danemark, 15ème. Ce n’est certes pas un gouffre, et les joueuses d’Ives Serneels, stratège de cette sélection belge, avaient des arguments. D’abord, une malédiction, qui veut que le Danemark perde chaque premier match de poule. Ensuite et surtout, des joueuses de talent, avec Tessa Wullaert championne d’Allemagne avec Wolfburg et élue Soulier d’Or pour la saison 2016-2017, Janice Cayman (évoluant à Montpellier) et la capitaine Aline Zeler (Anderlecht).

Malgré cela, les dix premières minutes furent cauchemardesques, chaque compartiment du jeu prit l’eau abondamment, sous les assauts inlassables des Danoises. A la 6ème minute, le coup-franc de la capitaine Harder (numéro 10), provoque un chaos dans la surface de la jeune gardienne belge Justien Odeurs dont Troelsgaard triomphe, d’un coup de tête stratosphérique.

Crédit Les Féminines

A ce moment, précoce, du jeu, on pouvait commencer à avoir peur pour nos amies d’Outre-Quiévrain qui semblaient promises à une correction de la part de ces tuniques rouges, emmenées par Harder, capitaine, âme du jeu danois.

Wullaert, Philtjens, Van Gorp et les autres

Elles ne perdirent pas pied pour autant, ces Belges-là. Wullaert joua sa partition, passeuse, dribbleuse, pas toujours heureuse, et les autres suivirent. Davina Philtjens (numéro 2 belge), n’est peut-être pas la plus élancée mais n’en est pas moins tenace, tandis qu’Elke Van Gorp (numéro 7) affichait un dynamisme rafraichissant.

La première mi-temps demeura néanmoins danoise.

Comme si leurs adversaires cherchaient leurs marques sur un terrain inconnu, proposant quelques temps forts après le premier quart d’heure, à l’image d’Elke Van Gorp, qui maltraitait la pelouse à coups d’accélérations. Imprudentes, maladroites, elles auraient pu encaisser un second but peu avant le retour aux vestiaires.

Et la barre à la 86ème

En seconde mi-temps, chaque camp montra qu’il ne se laisserait pas faire. Que de combativité, d’abnégation, de solidarité entre les lignes, de chaque côté, les statistiques le prouvent : même nombre de duels remportés, plus de dix fautes commises, distribution généralisée de cartons jaunes (côté danois surtout), multiplication de frappes au but.

Crédit l’Equipe

Mais le retard était hélas pris d’entrée pour les Belges, et, même si elles furent proches de raccrocher les wagons (51ème, action de Cayman, et surtout 86ème, la balle sur la barre transversale), que faire face aux inspirations de Herder, magistrale hier soir, aux combinaisons avec Nadia Nadim, qui, quant à elle aurait dû ouvrir les yeux un peu plus pour moins se retrouver hors-jeu, et lorsque celle-ci aura quitté le terrain, elle combinera tout aussi facilement avec Veje (numéro 11).

Les dix dernières minutes furent belges, la tension grimpa d’un cran, les Belges sentirent qu’elles étaient si près… Mais l’expérience, la maîtrise danoise auront fini de les écœurer. A chaque temps chaud, un temps froid, puis une attaque construite des tuniques rouges.

Lorsque le coup de sifflet final a retenti, faisant le bilan rapide du match, on se dit que cette victoire danoise n’est pas immérité, et surtout, on a hâte d’être jeudi 20, hâte de voir comment ces tonitruantes joueuses belges titilleront une autre puissance scandinave. Hâte également de voir le duel Harder/Mertens, la flamme batave et le feu danois.

Camille Cordouan

Laisser un commentaire