Jérémie Azou, une saison au plus que parfait


Champion du monde avec Pierre Houin un an après avoir été champion olympique, rien ne résiste à Jérémie Azou, le rameur français de 28 ans qui rafle tout sur son passage. 

Un nouveau titre de champion du monde, quel sentiment domine quelques jours après ?

Avec Pierre nous étions vraiment les favoris donc nous aurions été déçu de revenir sans le titre. La grosse satisfaction pour nous c’est que tout le groupe poids léger a réussi de beaux championnats et comme nous sommes tous potes c’est super de pouvoir partager une médaille d’or avec eux. Sur un plan personnel, c’est toujours spécial car il n’y en a pas 50 des marseillaises dans une carrière donc à chaque fois j’en profite au maximum. C’était la première fois que nous étions champions du monde ensemble avec Pierre donc c’est des moments particuliers.

Que s’est-il passé au départ, Pierre n’était pas prêt ?

Le départ est allé très vite et sa pelle à tribord n’était pas bien calée ! Mais c’est dans un moment comme cela que l’on voit à quel point le bateau a gagné en expérience et en maturité car cela ne nous a pas déconcentré ! Nous ne nous sommes pas crispés et nous avons fait une très belle course ensuite.

A mi-course les italiens font un très gros effort, vous n’avez rien changé, pas paniqué, vous y attendiez-vous ?

Oui c’est typique des italiens, ils ont fait cela à chaque fois qu’ils nous ont affrontés. Encore une fois c’est dans des moments comme cela que je vois notre maîtrise de la course car nous n’avons pas paniqué. Eux, ils ont failli perdre gros sur la fin de course, les chinois ne finissent pas loin.

Si on parle un peu plus de la saison, tu as tout gagné (sauf les regates Henley contre des poids lourds), on peut encore parler d’une saison parfaite ?

La saison est vraiment top, il n’y a pas eu de nuage. Henley c’était vraiment génial de pouvoir y participer, après gagner la course, contre des poids lourds, c’est autre chose. C’est vrai que sportivement tout m’a sourit cette année.

On parle de la série d’invincibilité de Teddy Riner, mais tu es pas mal non plus, cela fait combien de temps que tu n’as pas perdu ?

Avec Stany nous avions commencé la série de victoire depuis 2013 et la seule course que j’ai perdue depuis c’est la finale du championnat du monde 2014. Les chiffres ne m’obsèdent pas mais je dois en être à une cinquantaine de courses sans défaite.

Qu’est-ce qui te fait le plus peur, perdre une course ou perdre la motivation de t’entraîner dur ?

Clairement c’est de perdre la motivation qui me fait peur. Je peux perdre une course mais je sais que j’aurai donné le meilleur de moi-même donc je serai frustré mais pas déçu. L’aspect le plus délicat est le quotidien, se lever tous les matins pour s’entraîner, c’est là que tu fais la performance ! La course ensuite c’est le moment où tu prends le plus de plaisir, ce n’est pas cela qui me fait peur !

Si l’on parle de l’aviron français, plutôt très encourageant chez les hommes, décevant chez les femmes, quel bilan fais tu de ton côté ?

Sur le tableau des médailles, nous sommes quatrièmes et cela faisait bien longtemps que cela ne nous était pas arrivés. Il y a évidemment des bateaux que l’on attendait mieux et cela peut générer de la frustration, de la déception mais je ne pense pas car si les athlètes se sont donnés à fond c’est que les autres étaient plus forts qu’eux. Le DTN trouve le bilan décevant, je dirais plutôt frustrant ! Il va falloir se servir de ces mondiaux pour progresser en gardant Tokyo en tête car c’est le vrai objectif !

Est-ce que tu penses que les rameurs et rameuses françaises sont dans les meilleures dispositions pour faire de belles performances sur cette olympiade ?

Nous avons été dans de bonnes dispositions cette année. Après je pense qu’il y aura toujours des choses à améliorer, que ce soit dans l’accompagnement des étudiants ou le soutien des rameurs qui travaillent à côté. L’idée est que l’on soit dans les meilleures dispositions pour ramer. Après on connaît le contexte financier actuel qui est difficile pour tout le monde et la fédération d’Aviron ne fait pas figure d’exception. Ce qui a été un peu délicat cette année c’est que le championnat du monde était très tard et cela explique certainement certains résultats des bateaux français.

Nous avions déjà parlé de médiatisation de l’aviron, petit à petit et grâce à vos victoires notamment, les gens en parlent, comment juges-tu cela ?

C’est un bon point et il est vrai que le titre olympique de l’année dernière aide pour cela. Pour le moment ce n’est que les gros événements comme les championnats du monde mais c’est déjà une avancée pour nous. Cela va permettre de faire découvrir la discipline mais ça ne révolutionnera pas l’aviron non plus, la fédération ne va pas doubler ses recettes grâce à cela. Nous sommes encore loin de la sur-médiatisation de certains sports mais c’est que du positif pour nous.

Porte drapeau de la délégation française à Tokyo, tu y penses dans un coin de ta tête ?

Pas du tout, déjà parce que cela ne me fait pas rêver et aussi car la cérémonie d’ouverture est la veille des courses d’aviron. Et puis je ne sais pas où j’en serais en 2020 ☺

Paris 2024, cela représente quoi pour toi ?

Je pense que les Jeux de 2024 sont une énorme opportunité pour le sport français de dépoussiérer ses infrastructures sportives, de redynamiser ses associations et clubs et de remettre le sport au centre des activités proposées aux jeunes. Cela va donner un nouveau souffle au sport français, pas seulement au sport de compétition, mais aussi le sport loisir, le sport santé ou le sport nature. Cela va aussi attirer du monde dans les stades ou sur les berges, des personnes qui vont apprécier le spectacle et se rendre un peu plus compte de la performance des athlètes.

Nicolas Jacquemard

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