Le Placard à Balais #3 : les différences entre quidditch français et britannique selon Alison Merlin


En quoi le quidditch français se distingue-t-il de celui des autres pays ? Pour répondre à cette question, Le Placard à Balais reçoit Alison Merlin. C’est au Royaume-Uni qu’elle a fait ses premiers pas sur un balai, avant de revenir en France pour rejoindre les Alérions d’Or de Nancy. Suite à une nouvelle mobilité dans le cadre de ses études de Droit, elle défendra cette saison les couleurs des Bacchus Bordeaux Quidditch. Forte d’une expérience dans plusieurs clubs européens, elle nous livre ses impressions sur le quidditch en France et au Royaume-Uni.  

Bonjour Alison et merci d’avoir accepté cet entretien. Avant d’entrer dans le vif du sujet, peux-tu nous expliquer rapidement comment tu as découvert le quidditch ? 

Alison Merlin : Bonjour. Au départ, tout est parti d’un délire entre copines ayant grandi avec Harry Potter. Qui pourrait croire qu’un sport de fiction pouvait exister dans la réalité ? À l’époque, je venais d’arriver à Leeds (Angleterre, Yorkshire) pour effectuer mon semestre Erasmus. On nous avait distribué lors de la semaine d’intégration un feuillet avec la liste des GIAGs[1] de tous les sports proposés par l’université et ses nombreux clubs. Cela permet à chacun de tester tout ce qui l’intéresse plus ou moins gratuitement sans devoir payer une quelconque inscription. Et il y en avait, des initiations ! Il y en avait une organisée par l’équipe des Leeds Griffins. Ma colocataire allemande et moi-même sommes parties essayer, pensant qu’on allait seulement rire en en faisant une fois, et en se disant que c’était un sport pratiqué par des « Potterheads »[2] qui jouaient par passion pour Harry Potter, et non pour le sport. Ce qui était loin d’être le cas, et c’est ce qui est agréable : il y a des Potterheads, mais la plupart sont animés par le sport en lui-même dans sa singularité? J’ai pu remarquer que cela était moins vrai en France, pays qui compte beaucoup plus de « nerds »[3]. Ce fameux « un entraînement » s’est transformé en un semestre, voire une année complète pour moi. Ça a été comme une révélation. J’ai quand bien même eu du mal à y croire, n’étant pas du tout sportive; mais l’équipe nous a tout de suite intégrées. D’autres « non-sportifs » le sont devenus grâce au quidditch avec les Griffins. Je suis même devenue « fit »!

C’est quoi le « petit plus » du quidditch ? 

A.M. : La communauté autour de ce sport, c’est quelque chose ! D’où que tu sois, qui que tu sois, tu es intégré. C’est, à ma connaissance, le seul sport qui mélange les genres (féminin, masculin, non-binaire) et qui voit la personnalité du joueur et ses capacités plutôt que son physique et ce qu’il n’arrive pas à faire. C’est ce qui m’a tout de suite mise à l’aise au sein des différentes équipes que j’ai pu connaître, notamment l’équipe anglaise : à chaque fin de match, on faisait un « tour de table » de ce qui allait, de ce qui n’allait pas, et chacun recevait des compliments. Je pense que ce côté est commun à toute la communauté. J’ai eu la chance de rencontrer des personnes formidables dont le seul but est de te motiver, de faire en sorte que tout le monde se sente à sa place. Plus que de simples coéquipiers, ce sont une véritable famille. C’est ce qui me fait tant aimer le quidditch. C’est ce que je recherchais en rentrant en France, plus qu’un esprit d’équipe, une main, avec une multitude de doigts. J’ai ainsi pu retrouver des personnes géniales, qui ne se prennent pas la tête et qui sont ouvertes aux autres. Il manque encore quelques ligaments et tendons à cette main, mais elle est en bonne voie pour être bientôt fixée.

Equipe des Alérions d'Or (Nancy + Epinal) en nombre réduit - Solyane Evans
Alison (2ème en partant de la droite) entourée de l’équipe des Alérions d’Or (Nancy + Epinal) en nombre réduit – © Solyane Evans
Toi qui as eu l’occasion de jouer au Royaume-Uni et en France, quelles évolutions as-tu pu remarquer entre les deux pays ? 

A.M. : Les quidditch français et britannique sont de faux jumeaux. On pourrait croire qu’ils se ressemblent comme deux gouttes d’eau, et pourtant non. Bien qu’ayant été créés tous deux dans la même année (2011), bien que produisant deux des meilleures équipes européennes[4] et jouant selon les mêmes règles (le quidditch américain suivant des règles quelques peu différentes), le quidditch britannique est bien plus populaire que son voisin.

Pourquoi ? 

A.M. : Pour commencer, le Royaume-Uni compte une bonne trentaine d’équipes, parfois deux ou trois par ville, contre environ une quinzaine en France. Et parmi ces équipes, tous ne fonctionnent pas vraiment. Pour donner un exemple, parlons des licenciés : la ville de Leeds est certes plus grande que la ville de Nancy, mais cependant Nancy compte beaucoup d’étudiants. L’équipe de Leeds compte entre 20 et 30 joueurs réguliers capables de compter dans le roster pour les compétitions officielles, au contraire de l’équipe de Nancy qui compte beaucoup de licenciés mais très peu de joueurs réguliers (moins de 10 personnes). Cela se vérifie encore lorsque l’on remarque que Leeds et York, deux villes à vingt minutes de train l’une de l’autre ont chacune leur propre équipe formée de 20-30 personnes environ, alors que Nancy, Epinal et Metz, des villes espacées de 40 minutes à une heure les unes des autres ne réussissent même pas à réunir une équipe de 21 joueurs.

Jouer en Angleterre et jouer en France ne s’est donc pas fait dans la même ambiance. En effet, les entraînements étaient beaucoup plus intenses, techniques et réguliers que les entraînements à Nancy, de par l’ancienneté de l’équipe mais aussi de par le grand nombre de joueurs.

Les variations de statut des clubs font aussi la différence : les clubs britanniques pour la grande majorité sont reliés aux universités, ou en sont des clubs membres. Cela permet un plus grand ratissage parmi la population estudiantine. Il en découle une grande disponibilité des joueurs : les étudiants britanniques ont en effet plus le loisir d’organiser leur temps autour de leur travail personnel, puisque la quantité d’heures théoriques est moindre. Ce n’est pas le cas en France ; ayant fait un semestre Erasmus avec maximum 10 heures de cours dans la semaine, je me suis retrouvée avec un emploi du temps tournant à plein régime à 30 heures de cours dans la semaine, en plus du travail personnel. J’avais alors moins l’opportunité de me consacrer au quidditch. De plus, les équipes en France sont des associations indépendantes des campus ou des universités ; il est alors plus difficile de recruter parmi les étudiants. Pour ce qui est de l’équipe de Nancy, par exemple, une partie importante de l’équipe se trouve déjà être dans le monde du travail. Les personnes sont alors moins disponibles, et cela rend la régularité des entraînements beaucoup plus complexe.

Ce qui fédère au Royaume-Uni n’est alors pas ce qui fédère en France. Ces différences me font dire que jouer d’un même sport pour deux pays différents sont deux expériences complètement à part.

Selon toi, le quidditch français n’est pas suffisamment inscrit dans les universités ? Il devrait chercher davantage à se développer auprès des étudiants ? 

A.M. : Je pense que non, il n’est pas suffisamment inscrit dans les universités. Mais c’est pareil pour tous les sports, à part en STAPS. Nous n’avons pas à proprement parler d’équipe universitaire que tout le monde suit en tournoi ou autre. C’est très courant dans les pays anglo-saxons. J’ai pour habitude de dire que les universités françaises sont plus tournées sur les études plus que sur les étudiants, au contraire des universités anglaises, qui cherchent à rassembler. Il me semble alors compliqué de rassembler. Il y a une particularité qui s’ajoute pour l’équipe de Nancy : nous n’avons pas de gros campus : toutes les facultés sont éparpillées à travers la ville. C’est une université régionale, il y a des antennes un peu partout, Sarreguemines, Epinal, Metz, Nancy, Lunéville, Thionville, Bar-le-Duc… Et en plus de cela, le lieu « principal » d’entraînement se situe à la périphérie nord de Vandœuvre-lès-Nancy, en banlieue, lieu assez éloigné de la vie étudiante. Il est donc très difficile d’impacter l’ensemble des étudiants. Mais on y travaille. On va essayer d’intervenir lors des pré-rentrées étudiantes afin d’amener du monde, en plus des initiations qui sont organisées tout au long de l’année.

Comment le quidditch peut-il rassembler au-delà des universités ? 

A.M. : L’un des soucis majeurs du recrutement en France et notamment en Lorraine pour les Alérions d’Or, c’est la vision qu’a le public du quidditch. Si certains sont intrigués, la majeure partie des spectateurs ne nous prend pas au sérieux et ne voient même pas le quidditch comme un sport. Je cite une personne de ma famille « Mais voyons, tu ne vas pas faire ça quand même, grandis un peu, c’est ridicule, vous courez avec un balai entre les jambes ! ». Par contre, ma mère qui en riait au début et ne prenait pas cela pour un sport sérieux a changé d’avis après le visionnage de plusieurs vidéos de la World Cup et la découverte des règles strictes qui encadrent le sport. Je sais personnellement que le documentaire Netflix « Mudbloods »[5] m’a beaucoup émue et impressionnée. En faudrait-il une version française ?

Tu proposes donc de changer la vision que le public a du quidditch. Est-ce un problème qui ne se retrouve qu’en France ? 

A.M. : Les mentalités françaises sont étonnamment peut-être moins réceptives à un sport adapté d’une fiction que les Anglais. Cela vient peut-être de l’origine britannique de l’auteure. Mais la donne peut changer si le quidditch est montré à un public plus étendu. J’ai rencontré une seule personne à ce jour qui était très motivée et contente lorsque je lui ai parlé du quidditch nancéien : mon responsable de séjour vacances adaptées[6]. Il compte même monter un projet autour du quidditch et de Harry Potter pour ce type de public : il voudrait leur faire découvrir le jeu et le sport à travers des méthodes adaptées à leur handicap . Allons-nous assister à l’apparition du handiquidditch ? Il souhaite aussi organiser un voyage en Angleterre pour visiter les studios Harry Potter. Ce n’est pour l’instant qu’au stade de projet ; j’ai néanmoins trouvé l’idée excellente et ne manquerai pas d’y participer et d’aider à sa réalisation.

Quelles sont tes idées pour apporter au quidditch la crédibilité qu’il mérite ? 

Plus de visibilité avec les ligues et des tournois nous aiderait certainement, nous, les équipes, qui vivotent tant bien que mal dans les parties dépeuplées de France. Mais comment faire une ligue de l’Est[7] dans une configuration telle que celle d’aujourd’hui ? Il y a actuellement « neuf » équipes dans « l’Est » de la France : Nancy/Epinal/Metz, Dijon, Strasbourg, Reims/Charleville, Roanne, Lyon, Grenoble, Valence, Aix/Marseille. Visiblement, les équipes strasbourgeoise et valentinoise sont en train de ressurgir, de prendre un nouveau départ ; les équipes de Roanne et Grenoble ont l’air de galérer autant que nous pour trouver suffisamment de joueurs réguliers. Aix-Marseille est en train d’émerger, et des équipes tentent de se former sur Besançon mais avec beaucoup de difficultés. Finalement, parmi les neuf du départ, seulement trois me semblent dans l’immédiat être en capacité de fonctionner en tournoi. Il y a également le problème de la distance : il faut environ neuf heures pour aller de Strasbourg à Marseille par exemple, et toutes les équipes sont éparpillées. Il nous faut donc recruter et stabiliser les équipes avant de penser à développer de tels tournois qui ne me paraissent pas faisables dans un avenir proche. C’est cependant une idée à conserver.

Et Lorraine Quidditch recrute !! En tant que joueuse régulière de l’équipe de Lorraine, s’il y a une chose que je souhaite, c’est de la voir continuer, évoluer jusqu’à atteindre un jour les bancs de terrain de la Coupe de France[8]. Intégrer cette équipe, c’est rejoindre des personnes passionnées et par Harry Potter et par le sport, et qui ne demandent qu’une chose : voir l’équipe être propulsée. Et elles se démènent pour que ça marche ! On a besoin de vous et vos balais !!

Retrouvez les Alérions d’Or sur Facebook et sur Twitter. La liste des l’ensemble des clubs français est disponible sur le site officiel de la Fédération du Quidditch Français : http://www.quidditch.fr/les-contacts-pour-jouer-au-quidditch-pres-de-chez-vous/

Armand Cosseron

[1] GIAGs : Give It A Go sessions. Sessions organisées par certaines universités Britanniques afin de pouvoir tester une activité.

[2] Les Potterheads sont les fans avérés de la saga Harry Potter.

[3] Nerds : personne très intéressée par un sujet en particulier. Source : Cambridge Dictionary. http://dictionary.cambridge.org/dictionary/english/nerd

[4] Pour rappel, la France et le Royaume-Uni se sont affrontées lors de toutes les finales des Jeux Européens. Plus d’infos : http://dicodusport.fr/blog/placard-a-balais-2-france-chute-europe-progresse/

[5] Mudbloods de Farzad Nikbakht, paru le 15 septembre 2014 et produit par l’équipe UCLA Quidditch est un documentaire retraçant le parcours de l’UCLA Quidditch lors de la coupe nationale des USA.

[6] Les vacances adaptées sont des activités d’animation et d’accompagnement de personnes en situation de handicap sur les lieux de vacances.

[7] En Janvier 2017, la première ligue française, la Ligue de l’Ouest, a été créée.  Une Ligue est un championnat régional. Plus d’infos sur l’événement Facebook.

[8] La Prochaine Coupe de France aura lieu les 18-19 Novembre à Limoges.

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