Un lundi au taquet #18, spécial France/Nouvelle-Zélande : des Bleus qui broient du noir


Comment ça ? Vous n’avez pas suivi l’actualité sportive cette semaine ? Pas de problème, votre blog Dicodusport vous offre une séance de rattrapage, entre sérieux et humour. Aujourd’hui, numéro spécial, avec à froid, le débrief du match du XV de France face aux All Blacks, (défaite 18-38). Moteur.


– Ce qu’il faut retenir –

Si quelques minutes après la fin du match, le constat était dur, il en est (presque) tout autant 36 heures après le coup de sifflet final. L’impression d’un éternel recommencement, avec des trous noirs durant une mi-temps, qui coûtent systématiquement l’espoir d’entrevoir la victoire. Si les Bleus ont clairement manqué d’envie et de combativité lors du premier acte, il faut aussi avouer que concernant le jeu et la densité physique, les All Blacks étaient deux divisions au-dessus. Vite dépassés, les Tricolores ont longtemps été spectateurs ce samedi soir sur la pelouse du Stade de France. Et si c’était ça le plus inquiétant ?

Dès la 8ème minute, le ton était donné, noir sur blanc. Conservation du ballon, précision technique, vitesse, les Néo-Zélandais ont très vite marqué au fer noir la bande à Guilhem Guirado ; ce n’est pas Beauden Barrett, à l’origine du premier essai de Dane Coles, qui dira le contraire. Le demi d’ouverture a surnagé pendant quarante minutes, en faisant quasiment tout ce qu’il voulait. Et pour cause, en face, l’équipe de France a regardé les hommes en noir réciter leur rugby, en étant le plus souvent passive, sans la moindre agressivité dans la montée défensive. Conséquence, les Bleus n’ont pratiquement pas vu le jour (74% d’occupation et 64% de possession pour les Blacks en première mi-temps). Ainsi, les Tricolores se sont à peine faits 22 passes lors du premier acte. Pas étonnant que les Blacks soient parvenus à porter le score à 31-8 à la pause.

A l’image de Teddy Thomas, les Bleus se sont noyés dans la masse, notamment en première mi-temps – Panoramic

Si le manque de fighting spirit était flagrant côté français pendant les quarante premières minutes, la réaction d’orgueil lors du second acte est aussi à signaler. Celle-ci est pourtant l’arbre qui cache la forêt. Si les Bleus ont réussi à réveiller le public silencieux (quoique) du Stade de France, c’est notamment grâce à la baisse de régime des All Black. Ces derniers sont restés sereins, malgré la furia bleue durant plus de vingt minutes. Au final, Belleau&co auront infligé un 13-0 aux Néo-Zélandais en douze minutes. C’est bien, mais pas suffisant. Les Coqs partaient de bien trop loin pour pouvoir espérer renverser la situation.

Bref, les deux classes d’écart entre les deux équipes sont incontestables. Des Blacks sûrs de leur force et sereins comme jamais, en pleine confiance qui jouent à leur main face à des Bleus bien pâles, inexpérimentés et trop inconstants. Un constat amer, mais réaliste. Alarmant ? N’allons pas si loin. A deux ans de la Coupe du Monde, ce groupe doit mûrir. Les prochains matchs (All Blacks, encore, l’Afrique du Sud et le Japon) doivent permettre à Guy Novès et à son staff d’obtenir les premières certitudes. L’essentiel est bien là pour le moment.


– Le joueur qui a marqué les esprits –

Un Tricolore a bel et bien surnagé malgré la déroute. Le demi de mêlée toulousain Antoine Dupont a réalisé un match (presque) plein ce samedi, pour sa première en tant que titulaire. Alors qu’il fêtera ses 21 ans dans deux jours, l’ancien Castrais a surclassé son homologue All Black, Aaron Smith, pourtant étiqueté comme l’un des meilleurs neuf du monde. Avec près de 100 mètres parcours ballon en mains en six courses pour sept défenseurs battus, il a éclaboussé la partie de sa fougue et de sa vision du jeu quasiment parfaite, et ce même quand les siens étaient au fond du trou. Excellent en défense avec sept plaquages et un ballon gratté, il a sans cesse remis les Bleus dans le sens de la marche, comme sur cette percée au centre du terrain en début de seconde période, où il a déchiré la défense néo-zélandaise.

Véritable rayon de soleil côté bleu, il a également été élu homme du match, à juste titre. La tête sur les épaules et humble, il fait son trou au sein du XV de France, au détriment du Bordelais Baptiste Serin. S’il continue sur sa lancée, tant en club qu’en sélection, il y a fort à parier qu’il s’installe sur la durée. Et si c’était lui, le nouveau dépositaire du french-flair ?


– Le joueur qui a déçu –

Plus inquiétant, le cas Louis Picamoles. Invisible et insipide, le Montpelliérain a souffert de bout en bout sur le pré. Huit petits mètres gagnés avec le ballon, refoulé quasiment à chaque impact, il n’a pas eu le rendement qu’un joueur de sa trempe devrait avoir, notamment derrière la mêlée. Avec un ballon tombé alors que les Bleus campaient dans le camp néo-zélandais, l’ancien joueur de Northampton confirme les difficultés déjà entrevues depuis le début de l’année sous le maillot bleu : King Louis n’est plus souverain, très loin de là.

Les Twittos s’en sont donnés à cœur joie !

Pourtant, du haut de ses 31 ans et de ses 62 sélections, Louis Picamoles est un élément sur lequel Guy Novès compte énormément, notamment pour encadrer les jeunes pousses, mais aussi pour tenir le rôle de véritable détonateur. Mais alors, est-ce grave docteur ?


– Les chiffres qui font mal –

Le XV de France a battu presque deux fois plus de défenseurs que les All Blacks (11) lors de cette rencontre, et a également réalisé plus de passes après contact (12 contre 7) et gagné plus de mètres (344 contre 305) que son adversaire du soir. Encore plus dur à digérer qu’une bonne gueule de bois. La définition parfaite d’une domination quasi stérile.


– Le coup de cœur –

Qu’elle est belle cette image de Mathieu Bastareaud, ému aux larmes durant la Marseillaise. Le 3/4 centre toulonnais faisait son retour en équipe de France, après deux ans d’absence et une déculottée ; c’était déjà face aux adversaires du soir, lors du quart de finale de la Coupe du Monde en 2015, (62-13). Jamais appelé par Guy Novès depuis sa prise de fonction début 2016, Bastarocket n’a pas pu contenir son émotion. On le savait, porter le maillot frappé du coq est toujours particulier, tout comme son histoire avec le XV de France. Auteur d’un match propre et appliqué, il a également distribué quelques jolis tampons. Revoir Mathieu Bastareaud en bleu aura égayé notre soirée.


– Le coup de gueule –

Il en fallait bien un. C’est un carton rouge bien foncé adressé à une partie du public présent au Stade de France ce samedi soir. Alors que les All Black entament à peine le Kapa o Pango, le haka le plus musclé, des sifflets descendent des travées du stade : cela s’est alors poursuivi lorsque les Bleus se sont avancés pour défier les Blacks. On n’ose à peine y croire, et pourtant.

Forcé de constater que certaines personnes présentent dans les tribunes pour le match n’avaient rien à voir avec des supporters dignes de ce nom. Si les débordements avec le public sont actuellement pointés du doigt dans le milieu de football, il est rare de signaler la même chose pour le ballon ovale. Simple réponse au Kapa o Pango ou réelle envie de gâcher le spectacle ? Toujours est-il que les Néo-Zélandais ont sans doute été galvanisés par cet épisode malheureux. Si un tel spectacle se reproduit, il faudra sérieusement commencer à se poser des questions. Après tout, le rugby, ce sont avant tout des valeurs non ?

Crédit vidéo : Rugby’O’Top et Hard’As

Flo Ostermann

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