Marie-Alice Yahé, jamais loin du rugby


Nous avons rencontré Marie-Alice Yahé, l’ancienne capitaine de l’équipe de France de rugby, devenue consultante pour le top 14 sur Canal +.

Marie-Alice, peux-tu te présenter en quelques mots ?

Marie-Alice Yahé en tant que joueuse et Marie-Alice Beauxis comme épouse, cela dépend comment on me voit. J’étais la demi de mêlée et la capitaine de l’équipe de France pendant quatre années. J’ai joué pour quatre clubs différents : Nice, Montpellier, Toulouse et Perpignan. J’ai arrêté ma carrière en 2014 suite à une commotion cérébrale.

Tu as arrêté ta carrière après une cinquième commotion cérébrale, espérais-tu continuer plus longtemps ta carrière ? 

Oui, je voulais sûrement continuer tout en faisant une pause pour pouvoir devenir maman. Je voulais attendre de voir comment je me sentirais après ma grossesse pour savoir si je pouvais continuer, mais, aujourd’hui je peux dire que j’aurais repris ! Je ne sais pas si j’aurais pu rejouer en équipe de France, mais en club oui !

Quel est ton meilleur souvenir sur un terrain de rugby ?

J’en ai plusieurs. Il y a d’abord mes titres de championne de France, le premier avec Montpellier ou ceux avec Perpignan ensuite. Ensuite, avec l’équipe de France, c’est la Coupe du Monde 2010 même si nous prenons une raclée en demi-finale contre les néo-zélandaises. J’aurais aussi pu citer mon premier match au Stade de France qui reste pour moi un super moment.

Tu es maintenant consultante sur Canal +, pourquoi avoir fait ce choix de reconversion après ta carrière ?

Parce que cela s’est proposé à moi. J’ai eu la chance que plusieurs chaînes me proposent de travailler sur la Coupe du Monde dans un premier temps. J’ai eu un peu de mal avec l’idée au début car le fait d’avoir dû arrêter ma carrière a été difficile à encaisser et je ne me sentais pas forcément prête pour commenter des matchs. Avec du recul, j’ai finalement accepté car cela me permettait d’y participer à ma manière et de parler des filles que je connaissais vraiment bien. Je me suis éclaté dans ce rôle et c’est pour cela que j’ai continué par la suite. J’ai rejoint Canal+ car j’avais aussi envie de commenter le rugby masculin pour vraiment réussir à passer à autre chose.
Je prends plaisir dans ce rôle même si ça ne sera jamais la même chose que sur un terrain. Après, je sais que je ne pourrais plus jamais rejouer donc j’apprécie de commenter les matchs et de vivre le rugby de cette manière.

Pour en venir à la Coupe du Monde féminine, les bleues ont réalisé trois premiers matchs de qualité, quelles ont été leurs forces sur ces trois rencontres ?

Je dirais la justesse de leur jeu et la sérénité que dégage cette équipe. Même les plus jeunes, que je connais moins, ont l’air insouciantes et sereines. Tout cela se ressent sur le terrain car elles n’hésitent pas à proposer du jeu. En étant capitaine pendant plusieurs années de cette équipe, j’ai très peu de fois ressenti cette sérénité sur le terrain.

Sur quoi va se jouer cette demie finale face aux anglaises ?

Les anglaises sont très physiques, on le sait, mais j’ai toujours eu le sentiment que l’on pouvait proposer un meilleur rugby qu’elles. Elles ont souvent réussi à faire la différence grâce au physique et aussi mentalement en réussissant à nous faire sortir du match.
Je pense que si les françaises, qui sont bien préparées physiquement, continuent à jouer avec autant de calme, elles peuvent les battre ! Si les Bleues tiennent dans le rapport de force, je pense qu’elles pourront faire la différence techniquement.

Tu es une ancienne demi de mêlée, comment juges-tu les deux filles qui jouent actuellement, Yanna Rivoalen et Jade Le Pesq ?

Nous avons beaucoup plus vu Yanna pour le moment. Jade n’a joué que quelques bouts de match. Je trouve que Yanna a vraiment bien progressé. Les ballons sortent beaucoup plus vite, elle joue juste. Je la trouve prête physiquement et vraiment dans le ton. L’équipe de France a choisi un jeu basé sur la vitesse et il faut que le demi de mêlée puisse sortir le ballon très vite. C’est vraiment ce qu’il se passe pour le moment. Jade est aussi une joueuse de qualité, mais un peu plus individuelle que Yanna. Elle est capable de faire des différences toute seule. Ces deux joueuses ont un profil différent donc il peut utiliser l’une ou l’autre en fonction de l’adversaire.

Qu’est-ce qu’on peut souhaiter au rugby féminin pour les années à venir ?

On peut souhaiter que cela continue sur cette bonne dynamique. J’espère qu’elles vont remporter le titre de championne du monde, cela serait monstrueux parce que sans résultats c’est plus difficile d’exister pour une discipline. La Coupe du Monde 2014 avait bien marché mais l’engouement s’était malgré tout calmé assez rapidement. Il faut continuer à médiatiser le rugby féminin pour que le maximum de jeunes filles puissent le découvrir. Et si les résultats suivent, cela sera tout bénéfice. On a la chance d’avoir un président qui veut apporter plus de moyens aux filles, donc j’espère que cela portera ses fruits pour le futur.

Nicolas Jacquemard

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