Marion Allemoz, une Française aux Canadiennes de Montréal


Marion Allemoz est la Capitaine de l’équipe de France de hockey sur glace. Elle évolue actuellement au sein du club des Canadiennes de Montréal. Elle nous a reçu avant un entraînement la semaine dernière pour parler de sa carrière et de ses objectifs.

 

Bio Marion Allemoz
Bonjour Marion, comment es-tu venue au hockey sur glace ? Certaines personnes de ta famille le pratiquaient ?

Je suis la dernière d’une famille de cinq enfants. J’ai deux grands frères et deux grandes sœurs qui pratiquaient déjà le hockey sur glace, donc j’ai juste suivi la famille. Et c’est comme ça que j’ai commencé à l’âge de quatre ans au club de Chambéry.

Pourtant, on fait plus facilement du ski à Chambéry. Qu’est-ce qui te plaît dans ce sport ?

C’est vrai. Mais ça reste quand même les Alpes, donc le hockey sur glace reste « populaire ». Au début, je ne peux pas dire ce qui m’a vraiment fasciné. Mais je pense que c’est vraiment le jeu en général. Et ce que j’aime à présent sur la glace, c’est vraiment la vitesse puis le jeu et l’esprit d’équipe, ainsi que les sports collectifs en général.

Parle-nous de ton parcours pour arriver aux Canadiennes depuis Chambéry, car le club n’est pas venu te chercher directement ?

Non, non. En fait, j’ai joué avec les garçons à Chambéry jusqu’à l’âge de 18 ans, jusqu’à l’ouverture du pôle France en septembre 2008 à Chambéry. J’ai fait quatre saisons là-bas. Mais mon objectif était de progresser et de vivre une expérience ailleurs, à l’étranger. Et j’ai eu l’opportunité, par l’intermédiaire de Daniele Sauvageau. Elle était coach/mentor avec l’équipe de France mais aussi directrice générale des Carabins de l’Université de Montréal. C’est elle qui m’a offert en décembre 2011 la possibilité de jouer pour les Carabins. J’ai saisi l’opportunité et en 2 semaines, je suis partie. J’ai quitté Chambéry pour venir m’installer ici à Montréal et j’ai passé 5 ans à jouer pour les Carabins.

C’était une belle expérience, enrichissante et qui m’a permis de progresser. Après cela, il a fallu que je trouve une autre équipe une fois le cycle universitaire terminé. En étant sur place, j’avais déjà eu l’occasion de venir voir des matchs des Canadiennes de Montréal et donc cela a été un défi supplémentaire pour moi de venir jouer avec elles et d’arriver à faire partie de cette équipe, qui est d’un niveau supérieur au niveau universitaire.

Et ensuite, tu as été draftée ?

C’est ça. Draftée, ça veut que l’équipe te repêche. Tu as un camp de sélection en septembre et c’est là que j’ai été prise par l’équipe. J’avais travaillé vraiment fort l’été d’avant pour être vraiment en forme au camp.

As-tu vu une différence entre les Carabins et les Canadiennes ?

Oui, oui, la vitesse du jeu, c’est plus rapide au niveau de l’exécution, plus physique aussi donc c’est vrai que cela a nécessité un petit temps d’adaptation pour jouer à ce niveau-là.

Quel est ton meilleur souvenir ? Le titre avec les Bleues ou le titre de l’an dernier avec les Canadiennes ?

Je pense que c’est différent. C’est sûr qu’en terme d’accomplissement en tant que joueuse, ainsi que personnellement, pouvoir évoluer dans un club d’un tel niveau, c’est déjà un bel accomplissement. Pour ma première année, pouvoir jouer la Coupe Clarkson (NDLR : équivalent de la Coupe Stanley chez les féminines, dans le championnat CWHL) et puis la gagner, c’est juste fantastique.

Et puis, jouer pour son pays, c’est un autre sentiment. Je suis entrée en équipe de France sénior en 2005, il y a plus de dix ans maintenant, donc quand on a fait le meilleur résultat de l’histoire de l’équipe de France, c’était juste incroyable. Chaque année, on arrive avec de nouveaux objectifs à atteindre et on travaille tellement depuis des saisons que quand on y arrive, c’est non pas un exploit mais un sentiment d’accomplissement.

Est-ce que tu sais ce qu’il manque pour que les Bleues aillent enfin aux JO, notamment en 2022 à Pékin ?

Chaque joueuse doit s’améliorer physiquement, dans son jeu mais aussi toutes ensemble, en tant qu’équipe, on doit être meilleures : je pense également en terme de maturité d’équipe. On a une équipe encore jeune donc dans quatre ans, les joueuses qui sont là ne seront plus les mêmes car chacune de notre côté, on aura évolué d’ici là.

Tu penses que d’autres joueuses Françaises vont pouvoir intégrer, si ce n’est les Canadiennes, au moins des équipes de top niveau américain ?

Oui, c’est sûr qu’on a des joueuses qui évoluent dans d’autres ligues à l’étranger comme en Suisse (NDLR : Caroline Baldin, gardienne, vient de remporter la Coupe de Suisse), en Suède, aux États-Unis, mais aussi trois joueuses qui jouent aux Carabins de l’Université de Montréal. C’est sûr qu’on a des joueuses qui saisissent ces opportunités d’évoluer à l’étranger. Même si d’autres font le choix de rester en France pour jouer dans des clubs, c’est aussi une bonne option, elles font juste les choses différemment.

Qu’est-ce que tu ressens quand tu mets le maillot bleu avec le « C » de capitaine ?

C’est sûr que c’est de la fierté. Je le porte depuis 2009 donc c’est toujours une responsabilité d’avoir cette lettre sur son chandail, il faut à chaque fois montrer l’exemple.

Marion Allemoz, le cœur bleu – Stéphane Heude
J’ai vu que tu portais le 39 comme numéro chez les Canadiennes. Il a une signification particulière, un clin d’œil à Cristobal Huet, seul Français à avoir évoluer chez les Canadiens ou c’est parce qu’il ne restait que ce numéro ?

Non, à la base, mon numéro c’est le 9, comme en équipe de France. Et quand je suis arrivée aux Carabins de l’Université de Montréal, le 9 était déjà pris donc j’ai dû trouver un autre numéro et j’en suis venu au 39 parmi ceux qui restaient. Tant qu’il y a un 9 dedans, ça me va (Rires). Et puis, c’est cool si ça rappelle Cristo. (Rires)

Pour en revenir aux Canadiennes, cette année et l’an passé, vous avez joué au Centre Bell, l’antre des Canadiens de Montréal, l’équipe mythique. Qu’en as-tu pensé ?

Oui, on y a joué au mois de novembre. C’est une vraie opportunité de jouer là-bas. J’avais raté l’an dernier car c’était pendant le Tournoi de Qualification Olympique donc cette saison, j’ai vécu une belle expérience avec cette atmosphère particulière devant les 5000 spectateurs. Et puis, avec les gens tout autour, c’est particulier. Habituellement, on a des spectateurs que sur un côté de la glace. Donc tout change : les repères, l’ambiance, l’atmosphère. Et avoir le privilège de patiner sur la même glace qu’eux, c’est génial.

As-tu eu l’occasion de faire un match en extérieur, type Winter Classics, très prisé chez les hommes ?

Je n’en ai pas fait sur ces deux années, mais je sais que les filles en ont déjà disputé un il y a quelques années.

Et pour cette saison, quels sont tes objectifs à titre individuel ? Rester dans le TOP 10 des pointeuses de ton équipe ? Marquer des points en play-offs en fin de saison avec les Canadiennes ?

Disons que mon objectif par rapport à l’an passé était d’avoir plus de temps de jeu, d’avoir un rôle plus important dans l’équipe et c’est ce que j’essaye de faire. D’être une joueuse qui essaye d’avoir de l’impact sur la glace et qui peut aider l’équipe à performer, surtout en étant à présent sur le troisième bloc offensif.

Que te reste-t-il à améliorer pour éventuellement glisser sur le 2ème bloc plus régulièrement en dehors de blessures, donc devenir titulaire à ce poste ?

Je dois encore m’améliorer physiquement, la vitesse d’exécution, vitesse de patinage.

Globalement, que penses-tu de tes coéquipières qui vont partir aux JO, dont l’une d’elle sera la capitaine de la Team Canada (NDLR : Marie-Philip Poulin) pour tenter de remporter un 5ème titre d’affilée ?

Elle est notre capitaine également. J’ai eu l’opportunité de jouer avec elle l’an passé et de pouvoir évoluer à ses côtés, c’est incroyable. Les autres coéquipières apportent beaucoup à l’équipe quand elles sont là, car ce sont des joueuses majeures et ce sont des exemples. Quand on fait des exercices sur la glace avec elles, c’est que du positif et donc c’est très bien pour mon développement.

Tu nous l’as dit, la France n’est malheureusement pas qualifiée pour les JO. Que vas-tu faire durant la trêve olympique ?

On a un rassemblement avec l’équipe de France où l’on va disputer trois matchs contre la Hongrie, une équipe qui a un niveau similaire au notre. De plus, elles seront dans notre groupe aux championnats du monde, un groupe mondial chaque année très serré. Il y a deux ans, on termine deuxième et l’an dernier, on termine dernière. Mais grâce à l’élargissement de l’élite à dix équipes, on est maintenu dans le deuxième niveau mondial car il y n’y a pas eu de descente. Et notre objectif, peut-être même dès cette année, est de monter dans l’élite.

Comment occupes-tu tes temps libres, en dehors du hockey ?

Je ne suis pas vraiment professionnelle, c’est-à-dire que je ne peux pas vivre de ma pratique sportive, même si nous touchons une petite compensation financière, je dois donc travailler à côté. D’ailleurs, toutes les filles ici ont un travail à côté. À titre personnel, je suis coach dans un sport étude.

Est-ce que tu as déjà des certitudes pour l’an prochain de savoir si tu vas rester là ou c’est encore trop tôt ?

Pour l’instant, je ne sais pas encore car c’est plutôt d’une année sur l’autre.

Damien Meunier

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