Pierre-Julien Deloche, presque content !


Quelques mois et une saison plus tard, nous faisons le point avec Pierre-Julien Deloche, archer de l’équipe de France ! Une saison bien remplie pour le français qui s’est finie par une quatrième place aux championnats du Monde à Mexico. 

Pierre-Julien, comment vas-tu ?

Vite mais bien !

Nous t’avions laissé avant l’épreuve de Shanghai en mai dernier, au final cela s’est très bien passé non ?

Oui, après ma victoire lors des championnats de France de tir en salle, j’avais bien repris le rythme de la compétition et des matchs. Le volume de flèches était physiquement plus solide, et la technique avait repris de la fluidité. Le passage en extérieur à 50 mètres était alors assez simple. A Shanghai, c’était le retour en international après des épisodes de vie très douloureux, le plaisir dominait. Tout était en place, pas vraiment confortable, toutefois performant en ayant su faire quelques ajustements matériels et techniques pour m’acclimater au pays.

Qu’est-ce qu’il t’a manqué ce jour-là pour gagner la compétition ?

La compétition s’est en fait très bien déroulée tout au long de la semaine. Il y a toujours une coupure entre la fin des éliminations et le début des finales. Ces dernières sont tirées en fin de semaine sur un terrain différent, et sur un rythme différent. Nous avons deux fois moins de temps pour tirer nos flèches, et le tir est alterné. Ce rythme est la raison pour laquelle je change de technique progressivement pour devenir plus rapide, en restant aussi précis. Simple à écrire, mais c’est en situation que nous pouvons vérifier si cette stratégie est la bonne ou non. Ma technique n’était pas suffisamment aboutie pour aller chercher mon adversaire numéro 1 mondial. Alors, ce n’est pas son rang qui le laisse passer devant, je l’ai été moi aussi et je peux le redevenir, mais disons que ce gars est en pleine performance en ce moment, alors pour le battre il faut être capable de taper le score parfait en transpirant de la confiance pour qu’il lâche. Et ça, je n’ai pas su le faire à ce moment de la saison, à ce moment de ma vie.

Tu as ensuite enchainé avec Antalya, où tu as été un peu moins bien sur le plan individuel. Mais peut-on dire que cela a été compensé par la médaille par équipes ?

Antalya était bon aussi sur le plan individuel. Sur le papier si on parle de classement final, c’est sûr que je termine moins bien avec une neuvième place. Par contre en terme de score sur 150 points, je m’incline 148 à 149. Le niveau de performance est très haut, il est parfois question de cordons qui prennent ou pas tellement nous jouons au millimètre. Perdre d’un petit point en frôlant le score parfait ne peut pas être un regret. Cette toute petite amertume m’indiquait de bonnes choses sur ma préparation, et était vite compensée par notre médaille de bronze par équipes. Nous avons vraiment passé un bon moment et cela faisait longtemps que je n’avais pas remporté de médaille par équipes. J’étais vraiment content.

Pierre Julien Deloche 2

Salt Lake et Berlin ont été plus compliqués, mais par rapport à ton année blanche et au fait que les compétitions se soient bien enchainées, n’est-ce pas un peu logique ?

A Salt Lake, il faisait si chaud et si sec… Ce temps était vraiment fatiguant, d’autant que nous n’avions eu que cinq jours à la maison pour rempackter nos bagages. Pareil qu’Antalya, je perds avec un des meilleurs scores du terrain, un peu comme si j’étais le meilleur des perdants après avoir rencontré le mauvais adversaire au mauvais moment si tu veux. Là, je perds au barrage sur un beau match à 147 dans le vent, et avec un 10 un peu moins beau que celui de mon adversaire. C’est dommage, mais toujours pas d’indicateur négatif sur le côté technique ou stratégique. Le tir par équipes l’a d’ailleurs révélé avec d’excellentes performances, dont un 80 sur 80 points sur notre match pour la médaille de bronze, que nous avons remporté. Cette compétition était tout de même un bon moment.

Berlin en revanche, je n’ai pas aimé, ni l’organisation, ni la ville, ni le temps, ni mon tir. Une heure avant de partir vers l’aéroport, je trébuchais sur mon arc numéro 1. Cela n’aidait pas vraiment la confiance et je me rabattais vers l’arc 2. Ce n’était pas si mal sur les qualifications mais quand même bien en-dessous de ce que je peux produire. Par équipes, nous perdions avant le carré final, sauf en mixte où ma partenaire et moi atteignions la petite finale, perdue contre le Danemark très fort.

Par rapport à mon année blanche et à mon retour, je n’aime pas l’idée de logique. Je n’ai pas l’excuse du retour en tête, et d’un manque de préparation. Berlin a été une mauvaise compétition sur deux flèches mal négociées lors de mon match individuel. Le reste était correct à bon. Ce n’était vraiment que sur le papier que les choses paraissaient médiocres. J’en ai tiré des leçons immédiates et je reprenais l’arc pour la grande finale de la coupe du Rome, qualifié in-extremis.

Tu es qualifié pour la finale à Rome malgré tout, pensais-tu y arriver avant d’attaquer la saison ?

Non, bien évidemment. La densité de ma catégorie m’aura permis d’y participer. Des archers très forts ont pris un max de points, et les autres n’en ont pris que peu. J’étais dans la moyenne et la médaille d’argent de Chine m’a offert Rome. La grande finale, c’est quand même exceptionnel, un terrain et une mise en scène magnifique, un voyage et des semaines de préparation spécifique pour peut-être seulement dix-huit minutes de match ! Quelle autre compétition du monde propose cela ? C’est un format exclusif où il nous accepter de perdre, avant de vouloir gagner.

Comment analyserais-tu ta performance à Rome ?

J’étais dans le bon état d’esprit, mon classement m’a fait rencontré Braden pour la troisième fois. Il est fort sur sa fin de saison, il est précis et fluide. Je le suis aussi, les entraînements se sont bien passés sur place. Par contre, nous avions beaucoup de vent sur le terrain de chauffe. Estimer un réglage viseur pour commencer au centre sur le terrain officiel n’était pas facile. Un peu comme un pari donc. J’ai mal attaqué, un impact à gauche, corrigé au viseur de suite, suivi d’un cordon litigieux qui ne prend pas. Vraiment dommage ce 28 sur 30 pour commencer. Ma réaction était excellente, avec 89 sur 90 sur les trois volées suivantes. Rien à dire. Et j’étais revenu à l’égalité ! Nous avions du vent mais par rafales sur ce terrain, c’était très changeant, les drapeaux n’indiquaient pas vraiment quelque chose de fiable, la lecture était hasardeuse. Alors, c’était à nouveau un pari. Au moment de jeter les dés, je visais droite pour taper 9 gauche, puis visais gauche pour taper 9 droite. Trop tard, mon adversaire avait plus de chance. Ces deux flèches importantes ont été tirées avec la manière, la bonne attitude et une lucidité que j’ai aimé. Je n’ai pas subit la pression, je n’ai pas offert la victoire à mon adversaire. Le résultat est une chose que parfois les archers ne maîtrisent pas toujours, et ce même si le tir a été de qualité, la flèche une fois sortie de l’arc est seule, hors de contrôle. On doit l’accepter, et se focaliser sur l’éternelle question : l’ai-je vraiment bien tiré ?

Et puis les championnats du monde à Mexico, on peut imaginer un mélange de satisfaction d’être à ce niveau-là mais aussi de déception d’échouer au pied du podium ?

La déception a été immense. C’est la deuxième fois que le titre mondial m’échappe. La première fois je ne comprenais pas tout en 2013 et je prenais l’argent. A Mexico, je partais prêt, en annonçant que ma préparation était aboutie. Précis, fluide, c’était facile, mais aussi prêt à en découdre même si les choses se corsaient. D’accord mais à ce point là, je ne l’imaginais pas. J’ai choppé une crève carabinée dès le début de la semaine. Je commençais des qualifications à la hauteur de mes objectifs à 358 sur 360 et premier. J’enchaînais avec 352, grelotant et claquant des dents… Le programme nous laissait deux jours sans compétition pour les archers qualifiés d’office en seizième de finale. J’ai eu le temps de dormir, et de dormir. Je me mouchais aussi, beaucoup. Mais quelle galère qu’en j’y repense ! Cramé, je tentais de tirer un peu chaque jour en prenant une attention toute particulière à ne pas me déformer. Quand on est fatigué, malade, on prend très vite de mauvaises habitudes. Sont arrivés les matchs, qui ont bien démarré. Ensuite tout est parti en vrille à compter des quarts de finale. Je perdais ma précision, les flèches volaient mal et pourtant, je restais stable. J’ai pu vérifier mon équipement pour constater que mon point d’encochage avait bougé. C’est un point important de l’arc qui a des conséquences sur le vol de flèche, la précision, la posture. Clairement, il avait bougé, j’ai réparé vite fait mais sans pouvoir trouver quelque chose de bien. A ce moment-là, l’euphorie dominait en équipe de France, deux français allaient se rencontrer en demie. Donc un des deux allait en finale. J’ai perdu avec un score merdique, qu’on se le dise. Je ne comprenais plus, même avec la plus grande dextérité pour trouver de la précision et toucher le 10, le tir était devenu quantique. Si ce point matos n’a pas aidé, la crève non plus. J’étais encore bien malade, cramé, déformé. Sur une compétition d’un jour, cela peut tenir, sur une semaine, j’ai sûrement perdu beaucoup d’énergie. La fin de semaine sur le terrain de finale était à l’image de ces quelques jours, même avec toute la meilleure volonté, j’ai tenu tête haute, mais je savais parfaitement que le moment que j’allais vivre allait être particulièrement amer.

Pierre Julien Deloche 3

Tu avais pour objectif de revenir dans le top 10 mondial, on peut dire que l’objectif est atteint voire mieux ?

Oui, top 10, c’est fait. Je passe du n°74 au n°6 mondial. Ceci est un bon indicateur de régularité. J’ai tapé de gros scores en deuxième partie de saison, malgré la fatigue accumulée et les changements techniques. Ces changements sont censés m’apporter du positif, donc ils ne peuvent pas être une excuse, seulement des expérimentations que je dois mémoriser pour continuer ma progression. Je suis perfectionniste, c’est ainsi et c’est mon point fort. Je vais le développer au lieu de tenter de passer par dessus. Il fait de moi un rageux. Je déteste être pris en défaut alors je bosse pour faire du beau tir à l’arc, celui qui me rend zen et peinard. A la base, si je me souviens bien du pourquoi je pratique ce sport, c’est vraiment pour être plus cool dans mes baskets, poursuivons donc !

La saison touche à sa fin, si tu devais la résumer en 3 mots ?

Bordel de merde !

Pour finir, quels vont être tes objectifs pour 2018 ?

D’abord, je vais tenter de clôturer les dommages collatéraux des années 2016 et 2017… Parce que ceux-là, dans ce qu’il reste de ma famille, ils nous ont encore bien parasité cette année. Ensuite je vais changer de coin pour aller sur Clermont-Ferrand. Là-bas, j’ai mon boulot avec Arc Système, mon partenaire majeur dont je suis l’associé. Nous allons ensemble développer de nouveaux jouets, ceux qui animent d’autant plus ma passion pour ce sport qui me rend parfois épidermique 😉 Puis, je participerai au tournoi Kings Of Archery en Hollande fin novembre. Je ne serai pas prêt encore car je ne sais pas déménager et tirer en même temps. Donc j’organise un environnement favorable à la performance, ensuite, viendra la perf’. Je ne ferai pas les manches de coupe du monde en salle au début, je commencerai à Nîmes en janvier avec quelques compétitions de préparation avant comme Bondy par exemple en région parisienne. Il y aura Vegas et le championnat du monde à Yankton dans la foulée si tout se passe bien. Ca c’est le programme, mais côté performance, j’ai passé des années à tutoyer l’excellence avec des scores à 598-599 sur 600, sans jamais pouvoir lui taper la bise. Cette année, on va reprendre du poil de la bête et mon objectif sera de retrouver un rythme de croisière dans ces scores et peut-être qu’un jour sera le bon pour atteindre la perfection. Pour ce qui est de l’extérieur 2018, et bien, je compte sur toi pour revenir me poser la question d’ici là !

Nicolas Jacquemard

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