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Bakary Meité : « J’ai voulu apporter un regard un peu différent, en racontant cela à ma manière »

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Bakary Meité « J'ai voulu apporter un regard un peu différent, en racontant cela à ma manière »
Photo Icon Sport

Retraité des terrains de rugby depuis quelques mois, Bakary Meité sort son premier livre. Intitulé « Les chiffons bleus », il s’agit du récit de son expérience comme agent d’entretien volontaire au sein d’un hôpital parisien durant le premier confinement au printemps 2020. Dans cet entretien, il nous parle bien entendu de son livre, sorti le 11 mars, de ses projets professionnels et nous livre son ressenti sur la sélection de Côte d’Ivoire dont il fut le capitaine durant plusieurs années. 

Votre premier livre, intitulé « Les chiffons bleus », est sorti vendredi dernier aux éditions du Seuil. Pouvez-vous nous faire une brève présentation de l’ouvrage ?

J’ai passé deux mois à travailler dans un hôpital parisien pendant le premier confinement, à partir de mars 2020. Je me suis retrouvé là parce que j’étais confiné chez ma sœur. Avec mon neveu Zakarya, j’ai eu l’opportunité d’aller travailler comme agent d’entretien dans cet hôpital. C’était en pleine crise Covid, avec des problèmes de matériels, du manque de personnel. Avec ce livre, j’ai voulu raconter cette expérience. Dès le premier jour de travail, j’ai pris des notes. Ces notes-là, je ne savais pas trop ce que j’allais en faire mais au final, cela a donné naissance à ce livre.

Depuis quelques mois, vous écrivez des chroniques pour Rugbyrama. Il paraît que vous êtes un passionné de littérature, que vous adorez lire. Écrire un livre, c’est donc une suite logique pour vous ?

L’écriture, c’est quelque chose qui m’a accompagné depuis toujours. Je l’ai souvent mis en avant en postant sur mes réseaux sociaux. L’écriture du livre est arrivée avant les chroniques sur Rugbyrama. Mais effectivement, je prends vraiment beaucoup de plaisir avec l’écriture des livres et des chroniques hebdomadaires. C’est quelque chose que j’ai toujours fait. Aujourd’hui, la seule différence, c’est que les gens sont au courant et c’est plutôt chouette !

Revenons sur votre expérience lors du premier confinement. Quel fut l’élément déclencheur ?

Je pense que c’est un tout. C’est l’opportunité qui s’est présentée. C’est aussi le fait que mon neveu décide d’y aller et que je lui emboîte le pas. Et puis, il y a avait l’ambiance, l’environnement. On parlait du Covid du matin au soir à la télé. On parlait des soignants qui étaient à bout de souffle. Je pense que tous ces éléments ont aidé à la prise de décision. C’était une ambiance.

Quel message voulez-vous faire passer à travers votre récit et à qui le destinez-vous ?

Mon livre est destiné à tout le monde. Je raconte le message de personnes qui travaillent, qui font ce métier-là depuis des années. Des personnes qui, à la différence de moi, n’ont pas attendu le Covid pour faire ce métier-là et dont on ne parle pas souvent. Et je répète à souhait qu’on n’a pas idée de trouver un hôpital qui est sale. A chaque fois qu’on va dans un hôpital, c’est propre, c’est nickel et c’est important en termes d’hygiène pour éviter tout ce qui est maladies nosocomiales, etc. Du coup, je voulais mettre un coup de projecteur sur ces gens-là.

Durant le Covid, on a eu et on a toujours beaucoup de témoignages de la part des acteurs centraux du service hospitalier, à savoir les soignants. Est-ce que c’est bien, aussi, d’apporter un regard extérieur comme le vôtre ?

D’une manière générale, on sait que les métiers de soignants, dans les hôpitaux, c’est quelque chose de dur.  Il y a du manque d’effectifs, c’est harassant et c’est vrai que moi, j’ai pu le toucher du doigt, quelque part, pendant cette période-là. Et c’est vrai aussi que, de ma position, j’ai voulu, tout en évitant de tomber dans le pathos ou dans la complainte, juste apporter un regard un peu différent, un peu décalé et décrire tout ce microcosme à l’hôpital entre les soignants, les gens qui nettoient, les patients, etc. Et puis j’ai raconté cela à ma manière.

Vous avez eu un parcours de rugbyman un peu particulier. Vous avez commencé tard. Au début, vous avez dû jongler entre le travail et les entrainements. Est-ce que ce parcours atypique a pu avoir une influence sur l’intention de vous investir au début de la crise ?

C’est possible effectivement. Comme vous l’avez dit, je n’ai pas connu que du rugby pro dans ma carrière. J’ai commencé très tard en amateur, à un âge où les gens travaillent déjà. Effectivement, j’ai travaillé les premières années où j’ai joué au rugby. Ensuite, quand je suis passé professionnel, cela m’a libéré parce que j’avais des semaines qui étaient quand même assez chargées. Mais ce retour à un travail différent de ce qui était ma passion durant plusieurs années s’est fait plutôt facilement parce que j’ai déjà connu le monde du travail avant de devenir rugbyman pro. Je n’ai pas fait toutes les classes de l’école de rugby avant de devenir pro. Je suis passé par le monde amateur, par la fédérale 3 ou la fédérale 2 par exemple. Donc effectivement, je pense que cela a pu faciliter la prise de décision pour pouvoir aller faire ce travail.

Est-ce que vous cherchez aussi à éveiller les consciences chez les rugbymen professionnels qui ont eu un parcours classique pour la grande majorité ?

Non pas forcément, parce qu’on n’est pas le foot. Les rugbymen ne gagnent pas les mêmes salaires et je pense qu’il y en a beaucoup qui connaissent le monde du travail, même s’ils ont été pro. Il y en a beaucoup qui divertissent leur temps en préparant l’avenir. Et ce n’est pas rare de voir un joueur de rugby qui investit dans une affaire, dans un commerce ou qui passe son temps à se former pour son après-carrière. On a aussi un syndicat de joueurs qui est assez proactif sur ça et qui propose aux joueurs de préparer leur fin de carrière. C’est plutôt une bonne chose. Je pense que le rugbyman est au fait de cela. Après, toutes les carrières ne se ressemblent pas, il y en a qui s’y préparent et d’autres un peu moins. Néanmoins, je pense que l’on est éveillé par rapport à cela.

En Italie, Maxime Mbanda, un troisième-ligne international, s’est engagé comme ambulancier volontaire. Vous avez dû en entendre parler. Avez-vous pu échanger avec lui par hasard ?

Non, je n’ai pas pu le faire et j’aurais bien aimé. J’ai trouvé cela hyper fort, hyper costaud de sa part. C’était une opportunité qu’il a saisie je pense, un peu comme moi et c’est génial une histoire comme ça. Je sais qu’il y avait Guillaume Galletier, du CA Brive, qui avait aussi aidé pendant la crise. Il livrait les personnes âgées en fruits et légumes. C’était aussi un geste très classe de sa part. Il y a eu quelques initiatives comme ça de part et d’autres et c’est très bien.

Vous avez dû recevoir beaucoup de messages depuis cette histoire. Avez-vous eu des messages de la part de personnes qui se sont inspirés de votre histoire et qui vous ont dit qu’ils se lançaient dans une aventure semblable ?

Non mais il y a beaucoup de gens qui m’ont donné des anecdotes sur le fait qu’ils se sont proposés pour aller aider de façons diverses et variées. J’ai effectivement reçu des messages dans ce sens-là, avec des gens qui ont décidé de sauter le pas et de s’engager d’une manière ou d’une autre pendant la crise du Covid. J’ai trouvé cela plutôt cool.

Changeons un peu de sujet. Vous avez arrêté votre carrière de rugbyman professionnel. Cependant, continuez-vous avec la sélection ivoirienne ?

Non, j’ai arrêté. Le dernier match de ma carrière, c’était cet été avec la Côte d’Ivoire et j’ai tout arrêté. Je suis passé à autre chose.

La Côte d’Ivoire va jouer un tournoi qualificatif, cet été, pour la Coupe du monde 2023, qui aura lieu en France. Comment sentez-vous vos anciens coéquipiers ? Peuvent-ils y arriver ?

Tout est possible. Une fois que vous êtes en quart de finale d’un tournoi, il y a deux matchs pour arriver en finale et trois victoires pour espérer se qualifier. La Côte d’Ivoire est en mesure de remporter ces trois matchs. Ce sera très très dur. La victoire contre la Namibie a fait du bien au rugby ivoirien. Je pense aussi que cela a mis les autres équipes en alerte. Il faut savoir que la Côte d’Ivoire est très compétitive. Après, il y a beaucoup d’équipes qui le sont. Les huit équipes ont vraiment envie de se qualifier pour la prochaine Coupe du monde. Malheureusement, il n’y aura qu’une seule place. Il va vraiment falloir gagner ce quart de finale (face au Zimbabwe) et on verra ce qui se passera pour la suite.

Si la Côte d’Ivoire se qualifie, cela ne vous titillerait pas de rechausser les crampons pour jouer la Coupe du monde en France ?

Non. Je serai vraiment le plus heureux, je serai auprès d’eux mais non, j’ai apporté ce que je pouvais apporter au rugby ivoirien en arrivant jusqu’en quart de finale de cette compétition. Si la Coupe du monde avait eu lieu en 2022, j’aurais peut-être rajouté une année supplémentaire. Mais là, je me voyais pas continuer deux ans pour cette compétition en sachant mon âge, mon état physique. J’ai préféré partir au moment où je savais que j’étais encore capable physiquement pour bien finir avec eux, bien finir avec mon club de Carcassonne. Je me voyais pas tirer juste pour tirer, juste pour jouer une compétition où la qualification reste somme toute hypothétique, même si les chances sont réelles. Voilà, je serai leur premier supporter.

Si votre carrière de rugbyman est derrière vous, quels sont donc vos futurs projets au niveau professionnel ?

Au niveau professionnel, je travaille pour une société d’agents de joueurs de rugby. Je passe mon diplôme d’agent de joueurs cette année. Je passe mon diplôme d’état d’entraineur, le DEJEPS (Diplôme d’État de la Jeunesse, de l’Éducation Populaire et du Sport) rugby, cette année aussi. Mon activité principale, c’est de travailler dans cette société d’agent de joueurs. Sinon, j’écris des chroniques pour Rugbyrama. Et puis j’ai la préparation de ce livre. Je vais voir l’accueil qu’il a eu et j’aimerai effectivement en réécrire un autre.


Journaliste/Rédacteur depuis octobre 2020 - Bolt qui foudroie le record du monde du 100 mètres, les derniers essais de Dominici, les premières charges dévastatrices de Bastarocket... de beaux souvenirs pour une grande passion, celle du sport. L’histoire du sport aussi. Comprendre le rôle qu’il a eu, celui qu’il a et celui qu’il aura dans notre société. Le sport au passé, au présent, au futur. Le sport tous les jours, matin, midi et soir. A défaut d’être un grand sportif, je suis et je raconte l’actualité et l’histoire des championnes et des champions qui savent se dépasser pour accomplir des merveilles.

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