Clémence Latimier : « Je suis plutôt surprise par mon évolution » avant le Tour de France Femmes 2026
CYCLISME SUR ROUTE – Entretien avec Clémence Latimier (Ma Petite Entreprise), une des coureuses françaises en devenir. À 22 ans, elle va participer à son 2e Tour de France, riche de plusieurs résultats de référence cette saison.
Clémence Latimier : « Je suis plutôt surprise par mon évolution »
Vous allez participer à votre deuxième Tour de France. Comment abordez-vous ce grand rendez-vous ?
Clémence Latimier : « C’est mon deuxième Tour, mais j’ai toujours l’impression d’être aussi nouvelle dans le vélo. Il y a encore beaucoup de choses que je découvre aujourd’hui, même si j’ai déjà l’expérience d’un Tour de France. Chaque Tour est unique et je le considère vraiment comme quelque chose de spécial. Je connais un peu mieux l’organisation autour de la course et son importance sur le plan du public et de la médiatisation.
Beaucoup de choses ont changé par rapport à 2025. Vos progrès sont énormes. Ce niveau était-il attendu de votre part lors de cette première moitié de saison ?
C’est toujours difficile de savoir où on va se situer, car on a beau bien travailler chez soi, en course, on est confrontée aux autres filles du peloton. Des filles avec qui on ne s’entraîne pas. On a beau être bien préparée, on ne sait jamais vraiment où l’on va se situer.
J’avais envie de faire une belle deuxième partie de saison. Je sais que le mois de juin me correspondait bien. Avec mon entraîneur, on voulait monter en puissance à partir du mois de juin. C’est vrai que je me surprends toujours sur certaines performances et qu’il me manque peut-être encore de la confiance en moi. Quand j’obtiens des résultats, je suis très heureuse et cela m’apporte un peu plus de confiance pour les échéances suivantes.
Je suis plutôt surprise par mon évolution, mais je vois qu’autour de moi, les gens ne le sont pas tant que cela. Je ne suis peut-être pas encore habituée à me voir progresser de cette façon-là.
Clémence Latimier : « Je suis dans une équipe dans laquelle je ne ressens aucune pression liée aux résultats »
Vous évoquez le mois de juin. Est-ce que cela a été un déclic ?
J’ai la chance d’être dans une équipe dans laquelle je ne ressens aucune pression liée à la performance et aux résultats. C’est quelque chose qui est très important dans cette saison de transition pour moi, où j’occupe une place un peu plus importante qu’en 2025, lorsque je termine la saison avec Arkéa B&B Hôtels. On m’a enlevé cette pression des épaules en me demandant simplement de donner le maximum.
J’ai senti que l’équipe me faisait vraiment confiance et croyait en moi. Cela m’a donné des ailes sur certaines courses, notamment dans leurs moments décisifs. Cela m’a permis de décrocher de beaux résultats.
J’ai appris à repousser davantage mes limites sur le plan mental. Physiquement, j’ai encore une marge de progression et je continue d’évoluer. Mais mentalement, je me mettais des limites trop rapidement et j’avais du mal à me sentir à ma place dans certains finals face aux autres coureuses présentes avec moi. Je me suis peu à peu débarrassée de cette limite et j’essaie de la repousser à chaque course. Cela donne parfois de beaux résultats à l’arrivée.

Clémence Latimier : « C’était incroyable de monter le Tourmalet en course »
On pense forcément à l’ascension du Tourmalet lors du Tour des Pyrénées. Que ressentez-vous lorsque vous êtes avec des championnes comme Dominika Włodarczyk et Juliette Berthet ?
Sur le coup, je ne me suis pas trop posé cette question. Au pied du Tourmalet, j’étais dans la roue de mon équipière Océane Mahé et je me concentrais uniquement sur sa roue. Quand il y a eu les attaques, je me suis concentrée sur le fait de tenir le plus longtemps possible. J’avais des sensations incroyables et j’étais dans une sorte d’euphorie. Je regardais les paysages et je trouvais cela juste dingue de pouvoir monter le Tourmalet en course.
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J’ai pris énormément de plaisir et c’est ce qui a vraiment fait la différence dans cette montée. C’est aussi un effort qui me correspond bien. Il y avait des filles très fortes autour de moi. Mais je sais aussi que c’était sans doute une journée où j’étais au sommet de ma forme. Les autres coureuses n’étaient peut-être pas toutes dans le même état de forme. Je ne dirais pas que je me considère meilleure que Juliette Berthet. Mais comme j’avais de super sensations, j’ai voulu pousser au maximum. C’est vrai qu’être dans la roue de Włodarczyk lorsqu’elle attaque, c’est incroyable.
Clémence Latimier : « La fin d’Arkéa B&B Hôtels, cela a été compliqué mentalement pour moi »
Vous avez participé à Liège-Bastogne-Liège puis au Tour de Suisse, une des plus grandes classiques et la course à étapes de référence hors Grand Tour. Était-ce important pour vous de vous confronter aux meilleures cyclistes du monde ?
Mon mois de juin a été progressif en termes de niveau et d’objectifs. J’ai commencé avec la Grésivaudan Classic, une 1.1 (où je prends la 2e place, NDLR), à domicile, près de chez moi. C’est une course sur laquelle j’ai répondu présente. Ensuite, je suis montée d’un échelon avec une course à étapes dans les Pyrénées. J’y ai réalisé deux très belles courses.
J’arrive au Tour de Suisse en étant détachée de tout résultat, avec l’envie de me faire plaisir et de me tester face à des coureuses World Tour, d’un niveau supérieur. Jour après jour, j’ai vu que je pouvais jouer le classement général. C’est venu un peu tout seul et j’ai eu envie de mettre un point d’honneur à bien conclure ce mois de juin. C’était une course très bien organisée, avec des étapes vraiment intéressantes, aussi bien pour les puncheuses que pour les grimpeuses grâce à cette dernière étape très difficile. C’était une épreuve qui me correspondait parfaitement.
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Vous étiez chez Arkéa B&B Hôtels en 2025, une équipe qui a disparu. Vous veniez de passer professionnelle. Est-ce que vous avez eu peur pour votre avenir ?
Je suis très bien entourée par un agent qui m’a tout de suite rassurée en me disant que j’allais rebondir. J’étais en contact avec plusieurs équipes. Mais c’était une situation compliquée mentalement et je ne m’en suis vraiment rendu compte qu’à la fin de la saison. Je termine au mois de septembre, puis il y avait les championnats d’Europe avec l’équipe de France, et j’étais fatiguée mentalement. Une pression était présente depuis plusieurs semaines. Même si j’essayais de m’en détacher, elle était toujours là.
C’était difficile de voir une équipe avec une telle histoire dans le cyclisme s’arrêter alors que je venais tout juste d’y arriver. C’était un petit deuil, même si je suis heureuse d’avoir pu faire partie de cette équipe pendant quelques mois.
Clémence Latimier : « J’ai senti qu’il y avait des personnes qui mettaient l’humain au centre du projet dans Ma Petite Entreprise »
On a l’impression que cela a tout de suite matché avec Ma Petite Entreprise, et pas seulement en termes de résultats.
J’ai eu de très bons contacts avec eux à la fin de l’année 2025 et j’ai senti qu’il y avait des personnes qui mettaient l’humain au centre du projet. C’est quelque chose de vraiment important pour moi, car j’ai toujours pris mes décisions de cette manière dans le vélo et cela m’a toujours réussi.
C’était une transition importante pour moi, afin d’endosser davantage un rôle de leader, mais sans avoir trop de pression sur les épaules. C’est une équipe qui s’est construite près de chez moi et je trouvais qu’il y avait beaucoup de sens à rejoindre ce projet et à participer à sa naissance. Je trouvais cela très chouette et je suis contente de contribuer au développement de cette équipe.

Vous êtes une grimpeuse, un profil bien particulier. Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans ce type d’effort ?
Le fait que ce soit difficile, physiquement comme mentalement, et pendant longtemps. Je pense que, par rapport à d’autres coureuses, j’arrive davantage à repousser mes limites, à me faire mal et à rester lucide mentalement durant un long effort.
Il y a aussi une part physiologique : cela correspond davantage à mes capacités, notamment à mes fibres musculaires. C’est aussi un effort où l’on est confrontée à soi-même pendant longtemps. Quand on arrive au sommet d’une étape avec de telles difficultés, peu importe ce que l’on a fait auparavant, on est forcément à sa place. On a tout donné et on ne peut pas tricher, car on est face à ses propres capacités. J’aime cette sensation de donner le maximum.
Clémence Latimier : « Le Tour de France sera difficile de A à Z »
Arrive-t-on à prendre du plaisir au plus fort de l’effort ?
Parfois, c’est difficile. Mais pouvoir gravir des cols hors catégorie en course, c’est vraiment magique. Rouler sur des routes entièrement fermées est une sensation unique. Dans le col du Tourmalet, c’était vraiment impressionnant et j’étais très heureuse d’être en course. Ce sera la même chose dans le Mont Ventoux, avec encore plus de spectateurs, qui nous feront oublier la difficulté de l’effort et nous aideront à nous transcender.
Que vous inspire cette montée du Ventoux ?
Je l’ai gravi pour la première fois à l’entraînement, lors d’une reconnaissance, il y a deux mois. J’étais émerveillée par son caractère unique. Que ce soit la végétation ou l’ambiance dans les derniers kilomètres, aucun autre col ne ressemble au Mont Ventoux. Il dégage quelque chose de majestueux. On se retrouve face à cette montagne avec son petit vélo et devant des pentes vertigineuses. Cela nous remet à notre place lorsque l’on est au pied d’une montagne d’une telle importance.

Clémence Latimier (à gauche) a franchi un cap en 2026, avec sa 4e place au Tour des Pyrénées et sa 13e place sur le Tour de Suisse – Photo Seb le H/Ma Petite Entreprise
Pour vous, est-ce l’étape la plus difficile du Tour de France ?
Le Tour de France sera difficile de A à Z. Les trois premières étapes, en Suisse, vont être très piégeuses pour les filles du classement général. Cela risque de ne jamais vraiment débrancher et ce seront des étapes très usantes nerveusement.
Le Mont Ventoux sera très rude, mais une fois dans la montée, on n’aura plus qu’à appuyer sur les pédales. Une étape comme celle de Nice, disputée sur un circuit, peut ressembler à un championnat. Il y a les ascensions, mais aussi les descentes et les passages en ville. Ce sera plus tactique que l’ascension du Ventoux. C’est aussi la dernière étape et les filles qui n’auront plus rien à perdre tenteront tout. Ce sera vraiment difficile.
En 2025, il y avait énormément de public sur le Tour de France. A-t-on le temps d’être impressionnée lorsqu’on est coureuse ?
Sur le moment, il y a un tel brouhaha que l’on ne se rend même pas compte de la foule présente. C’est sûr que cela nous porte et, quand on voit les personnes qui nous encouragent avec autant d’enthousiasme, cela nous pousse à appuyer un peu plus sur les pédales. C’est un juste milieu à trouver. Il faut être capable de rester concentrée sur la course et de ne pas dépenser trop d’énergie. Il faut profiter de l’énergie que l’on nous donne tout en étant capable de se canaliser pour rester focalisée sur la suite.
Je vais aussi arriver avec un peu plus d’expérience cette année. Il y a des erreurs que je ne veux pas reproduire : couper mon téléphone et ne pas le rallumer tout de suite après les étapes afin de rester concentrée sur des choses simples. Profiter aussi des moments plus calmes pour vraiment récupérer. Le Tour de France est une véritable lessiveuse, c’est le bon mot. Chez les hommes, cela doit être encore plus intense.
Clémence Latimier : « L’évolution du cyclisme féminin est assez incroyable »
Votre émergence intervient au moment où le cyclisme féminin français est en pleine expansion, avec une génération très prometteuse. Est-ce une motivation supplémentaire pour vous ?
L’évolution du cyclisme féminin est assez incroyable. J’ai commencé sur le tard et je crois que je suis arrivée au bon moment. Je peux profiter d’un professionnalisme toujours plus important, mais aussi d’un public de plus en plus nombreux à suivre et soutenir le cyclisme féminin.
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Le cyclisme français est devenu impressionnant. Avec des filles d’expérience, mais aussi des jeunes comme Célia Gery, encore espoir, qui prouvent déjà énormément de choses sur la route. C’est motivant de voir des filles comme elles évoluer autour de soi. Cela donne envie d’aller encore plus loin et d’atteindre leur niveau. Le fait d’être Française, au sein d’une grande nation du cyclisme, permet aussi de progresser plus discrètement, sans subir une pression excessive. C’est un vrai avantage.
Vous allez recroiser une coureuse comme Pauline Ferrand-Prévot. Qu’est-ce que cela vous inspire ?
C’est une coureuse exceptionnelle. Ce qu’elle a réalisé en 2025, pour son retour sur route, est incroyable. C’est une immense championne. Au-delà d’être une cycliste impressionnante, c’est une sportive hors norme et il n’y en a pas beaucoup comme elle, toutes générations confondues. C’est forcément très motivant.
Mais il y a beaucoup d’autres Françaises qui m’inspirent, comme Juliette Berthet. Il y a énormément de coureuses françaises très intéressantes.
Clémence Latimier : « J’ai envie de continuer à évoluer sur les courses à étapes »
Vous n’avez que 22 ans. Vous êtes-vous fixé des objectifs à moyen terme ?
J’ai un peu de mal avec ce genre de questions, car j’évolue aujourd’hui à un niveau auquel je ne pensais pas arriver aussi vite. J’ai donc du mal à me fixer des objectifs très précis. Mais j’ai envie de continuer à progresser, notamment sur les courses à étapes, qui me correspondent bien. J’ai également envie de progresser en contre-la-montre pour viser les plus belles courses avec des ambitions au classement général. Ce serait vraiment formidable dans les prochaines années.
Il y a aussi des échéances qui me font rêver, comme les championnats du monde en Haute-Savoie, prévus l’an prochain. Je me dis que cela peut être incroyable. Nous avons une équipe de France très solide et nous verrons ce que l’avenir nous réserve. À long terme, c’est un premier grand objectif.


