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Athlétisme

Corentin Le Clezio : « Je n’avais jamais été aussi fort physiquement »

Etienne Goursaud

Publié le

Corentin Le Clezio « Je n'avais jamais été aussi fort physiquement »
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ATHLÉTISME – Entretien avec Corentin Le Clezio, finaliste européen sur 800 m. Sa meilleure performance dans un grand championnat.

Corentin Le Clezio : « Je n’avais jamais été aussi fort physiquement »

Quel bilan fais-tu de ces Championnats d’Europe ?

Corentin Le Clezio : À chaud, j’étais déçu. J’étais frustré, car j’ai senti au fil de la semaine qu’il y avait quelque chose de grand à aller chercher. Mais à froid, avec le débrief fait avec les entraîneurs, c’est un très bon championnat pour moi. J’étais assez loin dans la TopList, en faisant deux fois les minima B, mais ric-rac. En étant un peu sur la sellette après ma 4e place aux France. Finalement, je me qualifie en demie, puis je bats mon record pour me qualifier en finale.

Cela reste un très bon championnat, c’est la première fois que je passe des tours. C’est hyper intéressant. Je pense avoir passé des caps au niveau mental, sur la gestion de cette compétition, la gestion d’un 800 m même quand cela part vite. Mais comme tout compétiteur, au départ d’une course, on ne vient pas pour faire dernier. Peu importe si c’est une série, une demie ou un meeting.

Quand un athlète bat son record en championnat, cela en dit beaucoup sur lui, non ?

Physiquement, je n’avais jamais été aussi fort. Les dernières séances montraient que j’étais en forme. Après mon premier bloc du mois de juin, où je fais une première fois les minima à Cergy, on a décidé d’assurer le coup et de faire une 2e fois les minima.

On est redescendus à Nancy sans avoir totalement eu le temps de faire un vrai stage en altitude. Mais au moins, c’était fait et on a eu le temps de préparer les Élites. Avoir refait un bloc de trois semaines en altitude m’a permis de travailler et de faire monter ma forme. Les dix derniers jours entre les Élites et les Europe, on est allés à Zurich. On a pu ressortir une grosse séance, mais celle qu’il fallait. Pour arriver frais à Birmingham. J’étais au top de ma forme là-bas.

Corentin Le Clezio : « Je cherchais la barrière des 1:44 depuis deux ans »

Le fait de voir 1:43 s’afficher, cela procure un sentiment spécial ?

Pendant la course, je ne me suis pas focalisé sur le chrono. J’ai fait la course pour finir dans les trois premiers. Mais je savais qu’au vu de la configuration, du fait qu’on soit dans la deuxième demi-finale, avec une grosse demie, je devais courir très vite si je voulais me qualifier en finale. Je me doutais qu’il fallait faire moins de 1:44.5, voire 1:44.0. Et je ne m’étais pas trompé, car Yanis Meziane est le premier non pris en 1:44.02.

Je ne calcule pas, je fais ma course. Quand Mohamed (Attaoui, NDLR) me passe, je lui emboîte le pas, en espérant qu’il me ramène vers la tête. Puis je déboîte dans les 100 derniers mètres, je sens que j’en ai encore dans les jambes, mais qu’il y a encore beaucoup de monde. C’est sûr que, quand je vois 1:43 pour Mark (English, NDLR), je me dis que j’ai peut-être fait 1:43. Mohamed vient et me saute dans les bras en disant qu’on était qualifiés pour la finale. Il a été hyper lucide et a tout de suite vu qu’on allait faire un chrono de fou, au contraire de moi.





Quand je vois le chrono s’afficher, je me dis que j’ai cassé la barrière des 1:44. Cela fait du bien de l’avoir, car je la cherchais depuis deux ans. Je n’avais pas battu mon record cette année, je ne m’en étais pas rapproché non plus.

Corentin Le Clezio : « L’objectif serait peut-être d’arriver un chouïa moins frais au 600 m, mais d’être davantage au contact »

Tu as pu faire parler ta giclette de fin de course, sur une course très rapide. C’est intéressant d’avoir su le faire ?

Le fait que ce soit rapide, cela m’aide. Une course lente, tout le monde a de la réserve et peut finir vite. Je fais moins de différence que dans une course rapide où tout le monde commence à sauter. C’est en maintenant l’allure qu’on voit les grandes différences, par rapport à quelqu’un qui décélère.

C’est quelque chose d’inné chez toi ? Ou tu le travailles ?

Je ne sais pas trop. Quand j’ai commencé l’athlétisme à 17 ans, j’ai toujours eu ce truc de finir vite. Mais sans trop savoir pourquoi. Au final, avec mon entraînement depuis trois ans, cela fait sens. J’arrive un peu plus frais au 600 m, avec des séances de long. Mais l’objectif serait peut-être d’arriver un chouïa moins frais, mais d’être davantage au contact avec les mecs. Si je fais une partie de mon effort juste pour recoller, je me tire une balle dans le pied. Là, on a vu que j’accélère pour faire la différence et non pour combler un premier écart.

On a longtemps dit que pour avoir un gros finish sur 800 m, il faut avoir une grosse base sur 400 m, ce n’est pas vraiment ton cas. Penses-tu que c’est une légende urbaine ?

Un peu, je pense. Si tu es fort sur 400 m, cela permet d’avoir un relâchement plutôt sur le premier 400 m, même en partant sur des allures rapides. Je pense que je suis capable de passer relâché en 50 au 400 m, mais à quel prix ? Je vois que certains, cela ne leur fait pas peur. Ils sont même à l’aise sur ces allures, là où cela va me demander un peu plus de jus. Au final, faire deux fois le même tour, voire un petit negative split, ne me fait pas peur. J’ai fait plusieurs courses comme cela.

Corentin Le Clezio : « Tu ne sais jamais comment peut se courir une finale »

Le 800 m français est très dense. Pour toi, est-ce plus dur de faire un podium aux Élites ou une finale européenne ?

Au final, ce n’est pas loin d’être la même course. J’ai envie de dire que c’est biaisé, car j’étais en confiance. En séries des Europe, j’ai eu l’impression de maîtriser mon sujet. Alors qu’aux Championnats de France, tu as toujours ce truc de te dire que se faire sortir en séries, après avoir réalisé les minima, c’est chaud.

Puis tu ne sais jamais comment va se courir une finale. Aux France, cela s’est couru hyper vite et je ne m’attendais pas trop à cela. Enchaîner deux courses en deux jours, puis avec d’autres facteurs. À Albi, il y avait énormément de vent. À aucun moment tu te dis que cela va passer en 50 au 400 m. Au bout de 120 mètres, je comprends qu’on part sur une course de malade. Je suis trop derrière, trop décollé. Je cours mal en retombant dans mes travers. Ce travers, j’ai su le corriger aux Europe. Cela fait que cela change totalement la donne.

On a vu qu’il te manquait un peu de jus en finale. C’était la première fois que tu enchaînais trois tours. C’est ton prochain axe de travail, cette 3e course ?

Je pense que cette 3e course était un apprentissage à tous les niveaux. Une première finale internationale n’est jamais quelque chose de simple. Enchaîner trois courses, ça l’est encore moins. Surtout quand, la veille, tu bats ton record, avec tout ce qui va avec. J’ai vraiment essayé de rester calme, de me dire que le plus dur arrivait. Mais cela a peut-être joué inconsciemment sur mon corps. Je passe la ligne d’arrivée de la finale en n’ayant plus rien dans les jambes. Comme j’ai dit, je finis plus fort qu’en demie. Mais on était sur des allures plus lentes, donc tout le monde est capable de finir fort.

Corentin Le Clezio : « Mes sensations sont rarement trompeuses »

Tu évoques l’apprentissage. Ta trajectoire ressemble à celle de Clara Liberman. Qu’est-ce qui a pu te manquer avant pour franchir ce cap ?

J’apprenais. Je commençais l’athlé, la première année, je fais 1:54, puis 1:50, puis 1:49, 1:48 avant de me blesser. En 2023, je fais 1:45, les Mondiaux universitaires et cela change tout. Mais il faut du temps. Est-ce que cela m’aurait aidé de faire une sélection au bout de trois ans d’athlétisme ? Je n’étais pas du tout construit en tant qu’athlète. Je viens du handball et je n’avais pas le bagage nécessaire pour être plus fort.

C’était ma construction. Ne pas avoir de sélection avant et chez les jeunes, je ne l’ai jamais vu comme un problème ou un frein. Après, quand je commence l’athlétisme, je ne me dis pas que je vais faire les JO, des sélections en équipe de France et des finales. J’ai commencé l’athlé car cela me faisait kiffer. J’arrivais dans une nouvelle ville pour mes études et j’ai commencé comme cela, en voulant faire du 10 km. Au final, je me retrouve sur 800 m (rires).

Qu’est-ce que tu aimes le plus dans cette distance ?

La partie tactique et le fait, dans le dernier 200 m, d’être capable de jouer et de passer des mecs. Une sensation incroyable pour le coup.

Quand tu es en course, tu le sens quand le dernier 200 m va être bon ?

Je pense que mes sensations sont très rarement trompeuses, que ce soit en compétition ou à l’entraînement. Je marche beaucoup – peut-être trop – aux sensations, peut-être que je me pose trop de questions. Mais je sens rapidement si j’ai les bonnes jambes ou non dans la course. Attention, si je sens que j’ai de mauvaises sensations, cela ne veut pas dire que je ne vais pas me battre.

C’est un style de course qui demande beaucoup énergétiquement. Tu as besoin de tout donner, surtout sur le dernier 200 m, cela pique ! À Nancy, quand je fais une deuxième fois les minima, au bout de 300 m, je me dis que cela va être long. C’était vraiment la bagarre. Au 550 m, c’est quand je vois que je suis encore dans la lumière des minima que je me dis que cela peut peut-être passer. Car je sens que je peux finir fort. C’est passé.

Corentin Le Clezio : « C’est cette régularité et le sérieux qui font la différence »

Depuis ta première sélection, tu es souvent retourné en Bleu. Tu es fier de cette régularité ?

Clairement. Je le disais à Romain Donneux (journaliste à L’Équipe, NDLR) avant les Europe. Depuis Rome 2024, je suis sélectionnable à tous les grands championnats. La FFA fait le choix de m’y envoyer ou non. J’étais 3e Français sur la TopList à Rome, mais ils prennent Paul Anselmini, car Espoir et il y avait un Espoir dans les modalités de sélection. C’était logique au vu des modalités.

Je me qualifie aux JO, puis aux Europe en salle 2025, tout en étant qualifiable aux Championnats du monde en salle et à Tokyo l’été. Je comprends que la fédé ne puisse pas envoyer tout le monde. Mais je suis dans le jeu à chaque fois. Cette régularité, je l’ai aussi à l’entraînement. À part ma blessure en 2022, je ne me suis jamais blessé. J’enchaîne les semaines, les mois et les saisons. Tout se passe très bien, c’est une belle construction.

C’est le fameux « consistency » dont on parle. Je ne me blesse pas et c’est ce qui fait que je suis à ce niveau-là. Vincent (Guyot, un de ses entraîneurs, NDLR) m’a dit après les Europe que, quand il me prend fin 2023, à aucun moment il n’a pensé que potentiellement je serais capable de faire 1:43. Au moment où je fais ces 1:43, les coachs se disent désormais qu’il y a beaucoup mieux à aller chercher. C’est cette régularité et le sérieux qui font la différence. Je me mets dans une routine, je m’entraîne, j’essaie de récupérer, sans faire n’importe quoi. Cela me plaît bien.

Tu évoques Vincent, tu as pris un risque en le rejoignant en 2023. J’imagine que tu ne regrettes pas ce choix ?

Non, clairement pas. Si j’étais resté avec Philippe Favreau, cela aurait aussi pu marcher. On ne saura jamais. Je suis content d’avoir choisi Vincent. On a construit quelque chose. C’était mon pote avant, cela l’est toujours. Il y a une confiance mutuelle, il sait que je ne vais pas faire n’importe quoi. Je sais que ce qu’il me propose, ce sont de bonnes choses.

Comme Agathe Guillemot, tu as choisi un entraîneur assez jeune. Tu penses que cette jeunesse peut apporter à l’athlétisme français ?

Avoir des entraîneurs jeunes peut donner un petit renouveau. Dans tous les sports, un peu de jeunesse ne peut faire que du bien. C’est potentiellement une nouvelle vision, vivre avec son temps, voir comment marche l’athlétisme. Ceux qui sont en place depuis des années ont été jeunes à un moment. Il faut laisser une chance à tout le monde, jeune ou moins jeune, avec la vision des coachs fédéraux ou non. Il n’y a pas un seul coach en France. Cela peut être bénéfique pour tout le monde, dans les échanges. Apporter des réflexions : qu’est-ce qu’on peut faire tous ensemble pour que l’athlétisme français en tire des bénéfices ?

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