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Championnats du monde d'athlétisme 2023

« Des athlètes ne se sont pas transcendés » : Romain Barras a-t-il raison ?

Etienne Goursaud

Publié le

Des athlètes ne se sont pas transcendés Romain Barras a-t-il raison
Photo Icon Sport

CHAMPIONNATS DU MONDE D’ATHLÉTISME 2023 – Romain Barras a admis que deux tiers des athlètes français n’avaient pas élevé leur rang mondial à Budapest. Le Directeur de la haute performance français est-il dans le vrai ? D’un point de vue brut, pourquoi pas. Avec de la contextualisation, le Directeur de la haute performance de l’athlétisme français a pris une donnée qui lui était favorable.

S’il se base sur un chiffre brut, pourquoi pas

2/3 des athlètes de la sélection n’ont pas réussi à élever leur rang mondial par rapport à celui avec lequel ils sont arrivés.

Romain Barras a avancé ce chiffre au moment de faire le bilan de l’équipe de France, à la fin des Mondiaux de Budapest, qui se sont achevés ce dimanche. Qu’en est-il réellement ? Lorsque l’on raisonne sur la capacité d’un athlète à répondre présent lors d’un grand championnat, on parle de sa capacité à réaliser sa meilleure performance de la saison le jour J, voire tout simplement de battre son record.

Dans le détail, 37 % de season best ou record personnel

De ce point de vue, qui entre dans les critères du Directeur de la haute performance de l’athlétisme français ? Si on se penche sur les Français qui ont battu leur record personnel, durant l’évènement, collectivement et individuellement, ce sont sept marques qui sont tombées, mobilisant au total onze athlètes. Gabriel Bordier sur le 20 kilomètres marche, Gilles Biron, Louise Maraval, Amandine Brossier et Téo Andant ont battu le record de France du jeune relais 4×400 m mixte. Auriana Lazraq-Khlass a battu son record à l’heptathlon, Sasha Zhoya a fait tomber le sien en demies du 110 m haies. Thibaut Collet a repoussé sa marque lors de la finale de la perche. Enfin, le dernier jour, Alice Finot a battu son record de France du 3 000 m steeple et le record de France du 4×400 m a également été battu par Gilles Biron et Teo Andant, qui étaient déjà du 4×400 m mixte, mais aussi Ludvy Vaillant et David Sombé.

Auxquels on peut ajouter Yanis Meziane, qui a égalé le sien, lors de la demi-finale du 800 m. Soit près de 16 % d’athlètes concernés par un record personnel. Et si on est de mauvaise foi, on peut même ajouter Ryan Zézé, qui a couru son 200 m plus vite que son record, mais disqualifié. Car son faux-départ ne concerne pas sa course bouclée. Si on ajoute les « season best », cela concerne encore plus de monde. Le 4×100 m féminin et masculin (Gémina Joseph, Carolle Zahi, Hélène Parisot, Mallory Leconte et Mickaël-Méba Zézé, Pablo Mateo, Ryan Zézé, Mouhamadou Fall), Amandine Brossier, Ninon Chapelle, Léonie Cambours, le relais 4×400 m femmes (Amandine Brossier, Louise Maraval, Sounkamba Sylla, Camille Seri), Yann Schrub, Hassan Chahdi, Mehdi Frère, et Kévin Campion ont réalisé leur meilleure performance de la saison. Soit un total de 29 athlètes sur 78 engagés. Soit 37 %. Un peu plus que le tiers évoqué par Romain Barras.

Romain Barras a pris ce qui l’arrangeait

Parmi les 78 Tricolores engagés, certains n’ont pas couru à Budapest

Ce qu’oublie de dire Romain Barras, c’est que si la délégation française était composée de 78 athlètes, certains n’ont pas couru dans la capitale hongroise. Cela peut paraître paradoxal. Mais chaque relais avait ses remplaçants et tous n’ont pas eu la chance d’être alignés, dans un contexte ou aucun relais tricolore n’avait de la marge pour entrer en finale. Cela concerne ainsi Thomas Jordier et Simon Boypa, sur le relais 4×400 m hommes, Aymeric Priam et Jeff Erius sur le relais 4×100 m hommes, Estelle Raffai et Diana Iscaye sur le relais 4×400 m femmes, Cynthia Leduc et Marie-Ange Rimlinger sur le relais 4×100 femmes.  78-8 = 70 athlètes qui ont réellement foulé le tartan, route ou concours à Budapest. On monte déjà à 41.5 % de Season Best ou Personnal Best. On s’éloigne déjà du tiers.

Les courses tactiques

Romain Barras omet (volontairement ou involontairement) de dire qu’il y a énormément de courses où les records et même les season-best ne vont que difficilement tomber. C’est particulièrement le cas du 800 m et du 1500 m, qui sont souvent des courses tactiques, avec une première moitié de course lente et un emballage. Et des courses sans lièvres, contrairement aux meetings. Cela a concerné Agnès Raharolahy, Rénelle Lamote, Léna Kandissounon, Yanis Meziane, Benjamin Robert, Gabriel Tual sur 800 m et Azeddine Habz, Julian Ranc et Agathe Guillemot sur 1500 m. Yanis Meziane a égalé son record et on s’aperçoit que, hormis Julian Ranc, tout le monde a couru des chronos plus que respectables, par rapport à leur record personnel et dans des configurations peu favorables.

Les blessures

Dans la mesure où Romain Barras, dans une interview accordée à nos confrères de RMC Sport, a utilisé le terme « transcendé », il convient de rappeler que certains athlètes ne sont pas arrivés en Hongrie, avec toutes leurs armes. Inutile de trop remuer le couteau dans la plaie sur le tendon d’Achille de Kevin Mayer, qui l’a contraint à abandonner son décathlon, après deux épreuves. Hilary Kpatcha n’a pas pu défendre ses chances à la longueur, tandis que Felise Vahai Sosaia est arrivé diminué, au moment de s’élancer au javelot. Benjamin Robert a connu une fin de mois de juillet très délicate, avec une déchirure qui l’a éloigné près de trois semaines des pistes. Pour ces athlètes, difficile de se « transcender ».

Et peut-on dire de Pauline Stey, qui a marché à trois secondes de son record de France Espoirs, dans la fournaise du 20 km marche, qu’elle ne s’est pas transcendée ? Idem pour Clémence Beretta, à 23 secondes de son record de France sur la même distance. Ou encore de Baptiste Thiery, qui a bondi à deux centimètres de son record à la perche, avant d’échouer de peu sur son record personnel. Tout cela mis bout à bout, éloigne considérablement le chiffre avancé par le Directeur de la haute performance. Qui, pour un ancien athlète de haut niveau, a quelque peu manqué de contextualisation ?

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Journaliste et amoureux de sport. Ancien footballeur reconverti athlète quand ses muscles le laissent tranquille. Elevé à la sauce des exploits de Thomas Voeckler en 2004, du dernier essai de légende de Eunice Barber à la longueur lors des championnats du monde d'athlétisme de 2003 mais aussi Zidane, Omeyer et Titou Lamaison.

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