Le Placard à Balais #11 : « le quidditch aurait beaucoup à gagner à se développer en milieu scolaire »


Dimanche 30 septembre s’est tenu le premier entraînement des Nagas, le quidditch club de Montcornet. Sa particularité ? Ce club est le premier club français né dans la continuité d’une section junior, alors que, généralement, les clubs attendent d’être suffisamment développés avant de créer leur section junior. Clément Rendu et Emmanuel Del Canto, membres fondateurs, nous parlent du développement du quidditch… chez les petits comme les grands ! 

Bonjour Emmanuel et Clément ! Habituellement, les clubs s’installent avant de créer une section jeune. À Montcornet, c’est le contraire qui se produit. Pouvez-vous nous en dire plus sur la manière dont le quidditch s’est développé au collège ?

Disons, en optant pour la version courte[1], que tout est parti d’un vaste canular que nous avons mené auprès de nos élèves de 6ème lors de la rentrée 2014/2015. Nous avons été tellement dépassés par l’ampleur des évènements et par l’enthousiasme des élèves, mais aussi des familles, que nous avons décidé de construire, à 4 collègues (Marlène, Benjamin, Emmanuel & Clément) un projet pédagogique autour du quidditch et du « Monde Magique ». Le Cercle Magus était né. 40 élèves répartis en 4 maisons s’affrontant à coup de matchs et d’ateliers pédagogiques chaque semaine pour arracher la « Coupe des quatre maisons » à la fin de l’année. Ouvert à la rentrée 2015/2016, nous venons d’entamer sa 3ème session. Entre temps les élèves ont rencontré régulièrement une partie des joueurs des Bayards de Reims et ils ont pu se rendre à la Coupe de France 2017 où les Crocs-de-Nuit, la maison victorieuse en 2016, a pu jouer contre les Paris-Titans[2]. Parallèlement plusieurs médias se sont penchés, directement ou indirectement, sur le projet : les journaux locaux comme La Thiérache, Le Courrier ou l’Aisne’Mag, mais aussi Le Figaro, France 3 Picardie, l’émission  »C

dans l’air » sur France 5, les services de communication du rectorat de Picardie et la Gazette du sorcier. C’est vraiment une expérience très enrichissante pour les élèves comme pour nous.

Maintenant, le quidditch à Montcornet se développe également sous la forme d’un club ouvert à tous. Comment cela s’est-il construit ?

La lassitude d’être sur le banc de touche ? Plus sérieusement, nous avons été sollicités par une partie des élèves sortant du projet qui souhaitaient continuer l’aventure une fois en troisième ou au lycée. Les différentes portes-ouvertes du Cercle-Magus ont aussi amené vers nous des proches des élèves : amis, cousins/cousines, frères & sœurs et mêmes des parents ainsi que des personnes complétement extérieures. Nous avons réalisé une petite enquête au printemps dernier pour voir si l’ouverture d’un club serait envisageable et les résultats furent très positifs. C’est à partir de là que la machine s’est mise en marche.

Pourquoi avoir choisi le nom des Nagas ?

L’idée est venue durant la phase de création. Nous cherchions quelque chose de graphique et qui n’était pas encore utilisée dans la communauté. L’idée d’une créature serpentine et reptilienne s’est imposée. Restait à choisir un nom. Nous avons pensé aux gorgones, aux chimères, ou aux méduses mais « nagas » sonne terriblement mieux. Nous avons alors opté pour une interprétation libre à la croisée des mythes grecs et indiens. Nous sommes aussi partis sur une référence mythologique pour se détacher d’Harry Potter. Ce lien reste très fort pour le Cercle Magus car il nous offre de nombreuses opportunités pédagogiques, mais pour les Nagas nous souhaitions nous en affranchir et se concentrer sur l’aspect sportif. Pour le logo, le symbole d’une créature pétrifiant ses victimes a plu au reste du bureau de l’association. Espérons que cela fonctionnera.

Clément Rendu – © Emmanuel Del Canto
Contrairement à la plupart des clubs -accessibles dès 16 ans- les Nagas accepte les adhérents dès 14 ans, soit l’âge à partir duquel les collégiens ne bénéficient plus de l’activité du Cercle Magus. Avez-vous des « graines de champions » qui ont manifesté un intérêt pour poursuivre vers le quidditch adulte ?

C’est pire que cela. On s’approche du harcèlement pour obtenir les bulletins d’adhésions. Heureusement l’attente touche à sa fin. Pour l’ouverture du club « les champions » devraient représenter une grosse moitié de l’effectif, soit une petite dizaine environ. Nous pensons, ou plutôt nous espérons, que cela s’étoffera par la suite en recueillant les fruits du Cercle Magus. S’il faut citer des noms, on peut le faire : Alexia, Thibault, Kimberley, Mathis, Tiphanie, Mathilde, Kilian, Léane, Chloë …

Quels sont les objectifs de chacun des clubs pour la saison 2018-2019 ?

Pour le Cercle Magus, cette année est une année charnière. Nos élèves historiques, qui formaient le gros de nos troupes, sont sortis du projet après 3 ans de service (même s’ils ne restent jamais bien loin et que nous en formons certains à devenir arbitre). Nos effectifs ont donc connu un profond renouvellement. Il nous faut former une nouvelle génération, trouver le bon poste pour chacun et récréer des collectifs au sein de chaque maison. Bien entendu le but est de mener à bien la 3ème édition de la « Coupe des quatre maisons ». Enfin, les Cryophoenix de la maison Mortarion, victorieux en juin dernier, ont été invités par la FQF pour jouer à leur tour contre les Titans lors de la prochaine Coupe de France. Les modalités de cette manifestation étant en train de changer, nous attendons impatiemment de savoir où et quand il se tiendra, pour étudier la faisabilité de notre venue.

Pour les Nagas, l’objectif n°1 à court terme est de former un groupe pérenne avec des habitudes de jeu et si, les occasions se présentent, de faire quelques rencontres avec les équipes proches géographiquement. Pour commencer, nous sommes plutôt dans l’optique de faire connaître le sport, de passer de bons moments, de transpirer à grosses gouttes et de progresser tranquillement. Pour les plus jeunes du club, le but est de les maintenir dans la pratique du quidditch pour qu’ils puissent ensuite s’investir dans le club ou en rejoindre un autre lorsqu’ils partiront faire leurs études supérieures. Si tout fonctionne correctement, on espère rentrer dans une dimension plus compétitive d’ici 1 à 2 ans quand la grande majorité des membres du club aura plus de 16 ans.

Jusque-là, les élèves du Cercle Magus se sont affrontés entre eux et ont fait face aux Titans Paris lors de la Coupe de France 2017. Des matchs contre les autres sections juniors (à Nantes ou à Paris) sont-ils au programme ?

Sur le principe nous sommes pour mais cela demande une certaine planification. Le cadre scolaire n’est pas le plus souple. Il faut convaincre, obtenir les autorisations du CA dans les bons délais, et surtout trouver des financements. Notre isolement géographique est aussi un frein. Jusqu’à présent nous avons toujours réussi à faire avancer le projet donc nous attendons la bonne occasion. Il se murmure qu’une Coupe de France Juniors serait dans les cartons de la Fédération du Quidditch Français. Ce serait assez génial d’y participer. Plus proche de nous, des collègues d’un collège voisin, à Vervins, sont en train de se lancer dans l’expérience du Quidditch. Une délégation est venue participer au grand tournoi, ouvert à tous, qui a clôturé la saison de la « Coupe des quatre maisons » 2017/2018. Nous espérons bien les rencontrer à nouveau cette année et pourquoi pas contaminer d’autres établissements.

Nous avons parlé des deux clubs de Montcornet. Peut-on en savoir plus sur vous, éléments moteurs de ces projets ?

Clément Rendu, 32 ans, professeur d’Histoire-Géographie et d’EMC. Dans le cadre du Cercle Magus, je « dirige » la maison Mortarion (championne en titre, il faut le dire, VIS POTENTIA EST), comme mes 3 collègues j’ai la charge d’un atelier. Des journaux en réalité augmentée façon « Daily Prophet » furent réalisés l’année dernière. Cette année il s’agit d’une campagne d’affichage contre les discriminations. Je gère aussi les aspects graphiques du Cercle Magus (affiches, vidéos, logos, maillots) et une bonne partie des relations avec la FQF. Pour les Nagas j’occupe la fonction de joueur, probablement gardien ou poursuiveur, et de trésorier.

Emmanuel Del Canto, 29 ans pour encore quelques précieux jours, professeur-documentaliste au collège Charles de Gaulle. Dans le Cercle Magus, je suis responsable de la maison Crocs-de-Nuit, qui a remporté la première édition de la Coupe des 4 Maisons. Depuis, on partage, parce qu’on est bons joueurs. A l’image de mes collègues, j’encadre un atelier en lien avec l’univers de la magie. L’année dernière, les élèves ont confectionné leur baguette magique et ont imaginé un sortilège propre à leur maison, sous forme de chorégraphie. Cette année, ils vont être amenés à créer un livre audio pour raconter l’histoire de leur Fondateur. Concernant les Nagas, j’occupe la fonction de président de l’association. Et en jeu, mon poste de prédilection est celui de batteur !

Emmanuel Del Canto – © Clément Rendu
Comment avez-vous découvert le quidditch ?

C.R. : Ayant grandi avec Harry Potter depuis l’adolescence, je connaissais le quidditch comme un aspect de cet univers. Concernant sa transposition sportive, je savais depuis quelques années que des règles existaient pour le quidditch moldu depuis qu’un ami avait pratiqué au Canada dans le cadre d’un voyage universitaire. Je ne pensais pas qu’il existait une fédération structurée au niveau national et international. Finalement c’est en préparant le projet « Cercle Magus » que j’ai véritablement découvert le quidditch comme sport.

E. D. C. : Pendant très longtemps, ma vision du quidditch s’est limitée aux élèves de Poudlard qui s’affrontaient sur des balais volants à quinze mètres de hauteur. J’ai d’ailleurs pratiqué le sport durant de longues heures sur ma vieille Playstation 2 ! Concernant le quidditch moldu, j’avais déjà reçu quelques échos extérieurs et vu défiler quelques images sur Internet, mais je ne me doutais pas que le phénomène avait pris une telle ampleur. J’ai commencé à réellement m’y intéresser lorsque Clément et moi nous sommes penchés sur le Cercle Magus, et nous avons très vite attrapé le virus !

Qu’est-ce qui vous inspire ?

C.R. : Euh … la réponse D. Sinon on dira que tout peut être source d’inspiration. J’aime l’idée d’aller de découverte en découverte, de digérer le tout et d’en faire des projets, de se fixer de nouveaux défis.

E. D. C. : C’est une question difficile. Au départ, j’avais simplement envie de partager ma passion pour l’univers de J.K. Rowling, qui est une formidable ouverture à la littérature. A l’heure actuelle, je dirais que ce sont nos élèves qui constituent ma plus grande source d’inspiration. S’ils n’avaient pas adhéré au projet, nous n’en serions pas là. Par leur engouement, ils stimulent notre créativité et nous poussent à aller toujours plus loin pour les surprendre.

Quels conseils donneriez-vous pour créer sa section jeune (ou sa section adulte !) ?

Installez-vous dans un collège ! Au-delà de la plaisanterie je pense que le quidditch aurait beaucoup à gagner à se développer en milieu scolaire (D’ailleurs on a reçu de nombreuses demandes, questions de la part de professeurs de toute la France sur la page Facebook du Cercle Magus). En termes de visibilité et de normalisation, il y a quelque chose à faire. En dehors de ça, que dire si ce n’est des platitudes ? Garantir une pratique régulière ? Favoriser les sessions de jeu pour être attractif ? Ne pas se lancer avant d’être certain d’avoir un effectif minimal garantissant le bon fonctionnement du club sous peine d’abandon et de découragement ? Mais bon, au regard de notre jeune expérience, est-ce que nous sommes vraiment bien placés pour répondre à cette question ?

Où voyez-vous le quidditch français dans 5 ans ?

Il est encore un peu tôt pour nous pour se prononcer sur cette question. Jusqu’à présent nous avons surtout eu, du fait de la place particulière du Cercle Magus, un rôle d’observateur distant lors des Congrès Fédéraux ou sur les différents groupes de discussion. Nous n’avons sans doute pas encore tous les éléments pour se projeter. Une partie des problématiques nous dépasse complétement. On espère que d’ici là, il continuera à se développer et à se structurer un peu partout, qu’il parviendra à stabiliser ses instances dirigeantes et ses grands rendez-vous, enfin, qu’il se maintiendra dans le groupe de tête des grandes nations du quidditch.

Propos recueillis par Armand Cosseron

[1] La version longue de la création du Cercle-Magus est sur le site du collège Charles de Gaulle de Montcornet.

[2] Ce match des Crocs-de-Nuit face aux Titans Paris est justement l’un des 7 points mémorables de la Coupe de France 2017, selon le média Catch is Good (29/01/2018, consulté le 01/10/2018).

Poster un Commentaire

avatar
  S'abonner  
Me notifier des