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Sports d'hiver

Léna Brocard (Combiné nordique) : « Je fais le meilleur sport du monde »

Sébastien Gente

Publié le

Léna Brocard Je fais le meilleur sport du monde
Photo Icon Sport

COMBINÉ NORDIQUE FRANÇAIS – Au sortir de sa meilleure saison en carrière, Léna Brocard revient sur ses performances, l’évolution de sa discipline, sans oublier son propre statut et l’avenir olympique. 

Bonjour Léna. La saison de Coupe du monde est terminée. Tu as réussi à remplir tes objectifs ?

On va dire que c’était une bonne saison. Mais le début a été compliqué au tremplin. J’ai réussi à remonter la pente, mais la fin a, elle aussi, été difficile. Après, je fais ma meilleure saison jusqu’à présent, donc c’est vraiment positif. Ce n’était vraiment pas de tout repos (rires).

Comment travailler pour élever son niveau au tremplin ?

Le saut, c’est réellement un travail de long terme. Cet été, j’avais très bien sauté, notamment en Grand Prix. Arrivée à l’automne, j’étais assez fatiguée, et avec le stress de début de saison, je pense que je me suis un peu perdue. Après, il a fallu reconstruire ça avec les coachs. C’est un travail d’équipe, dans le sens où je suis accompagnée par des gens qui me connaissent. C’est comme construire un mur, il faut construire brique par brique.

Justement, comment faire évoluer son saut sans entamer ses qualités en ski de fond ? C’est un peu l’essence même du combiné nordique…

C’est vrai que je n’ai pas choisi le sport le plus simple, ce sont deux disciplines complètement antagonistes (rires). Le plus dur, c’est de trouver la limite. Si on s’entraîne trop au tremplin et qu’on délaisse le ski, le ski va en pâtir. Le risque, c’est vraiment de faire trop d’aérobie et de perdre les sensations au tremplin. Avec les coachs, j’essaye de travailler en m’écoutant au maximum et apprendre d’années en années.

Tu as ressenti de la pression cette saison ? Notamment sur le fameux concours de Seefeld où tu fais troisième du saut ?

Ça fait deux ans que je tourne réellement autour du podium, que j’en ai très envie. Dans ces moments-là, c’est très dur de rester dans sa bulle et de faire sa course. À Seefeld, je n’ai pas forcément réussi à faire le job de ce côté-là pour le ski de fond. Je pense que c’était une de mes pires courses de fond de l’année. Mais c’est aussi comme ça qu’on apprend. Tout va quand même dans la bonne direction pour espérer être sur le podium un jour.

Tu penses que la saison prochaine, si tu te retrouves dans une position favorable après le saut, tu sauras mieux gérer ?

Je pense qu’on apprend de ses erreurs, oui. L’objectif de l’hiver prochain sera de continuer d’être à la « baston » le plus possible pour le podium. Mais pas forcément « chercher » à tout prix le podium, c’est le meilleur moyen de rater. C’est en enchaînant des courses et des sauts à mon niveau qu’un jour, ça basculera.

Tes Championnats du monde n’ont pas nécessairement été réussis. C’étaient tes deuxièmes Mondiaux après 2023. En deux ans, tu mesures vraiment ta progression ?

Au niveau de la discipline, le niveau général n’a rien à voir avec 2023, et l’année prochaine, il continuera à augmenter. C’est ce qui est le plus dur. Tout le monde a une marge de progression énorme, donc non seulement je dois progresser, mais je dois progresser plus vite que tout le monde.





Malgré l’absence de podium, au moment de te retourner sur ta saison, tu es satisfaite ?

Je suis vraiment contente de ma sixième place au classement général de la Coupe du monde. Je pense que c’est une belle finalité pour la saison. J’ai également trouvé de la régularité à skis, contrairement aux autres saisons. Là, j’ai toujours tourné autour du huitième temps de ski. Mais j’aurais aimé trouver cette régularité au tremplin, c’est ce qui m’a manqué et c’est ce qui me frustre un peu.

La reprise de l’entraînement est déjà fixée ?

On va reprendre début mai, afin d’avoir un bon mois de coupure. Au début, on va surtout faire des choses pour s’entraîner et se faire plaisir, mettre les skis de randonnée et aller faire de grandes sorties par exemple, pour trouver de la fraîcheur.

Qu’en est-il de la progression de la discipline en France ? Tu avais par le passé dû aller en Norvège pour t’entraîner, à l’invitation d’Ida Marie Hagen (lauréate de la Coupe du monde 2023/24, NDLR) notamment…

Les choses ont bien avancé. Ça fait deux ans que je m’entraîne avec l’équipe de France masculine. J’ai accès aux mêmes installations que les garçons, donc je suis à la bonne enseigne (rires). De plus, une équipe de France B féminine a été créée (avec Marion Droz Vincent et Romane Baud, NDLR). Les deux sont venues avec moi à Seefeld, et Marion était à mes côtés aux Mondiaux. C’est en train de pousser derrière, et c’est vraiment une bonne chose d’être plusieurs à s’entraîner ensemble. De plus, je suis considérée en équipe de France, j’ai le statut d’athlète de haut niveau.

En tant que principal visage du combiné féminin en France, tu tentes de contribuer à cet essor ?

Pour moi, plus il y aura de personnes en équipe de France, mieux ça sera. La force d’un groupe, ce n’est pas négligeable. Si je peux contribuer au fait que des jeunes filles se mettent au combiné, ce serait avec plaisir. C’est réellement le message que j’essaye de faire passer. Moi, j’aurais adoré avoir un groupe dès le début. Quand je vois les filles en biathlon, je me dis qu’une concurrence comme ça, ça ne doit pas être simple tous les jours, mais ça doit vraiment tirer vers le haut. Il n’y a qu’une seule équipe de France, le but n’est pas d’être la meilleure Française nécessairement, mais qu’un jour, on soit trois sur les trois marches du podium.

Mais tu as conscience de ce statut de « pionnière » ?

Cela a été mon quotidien depuis que je suis toute petite. C’est quelque chose dont je ne me rends pas forcément compte. Je me suis toujours entraînée avec des garçons, sans avoir de groupe féminin. Mais quand je parle avec d’autres, ça me fait me rendre compte que ce n’est pas la normalité. Partout ailleurs, il y a des groupes féminins.

En parlant des hommes, Laurent Muhlethaler est allé chercher un podium sur la dernière course de la saison. C’est quelque chose qui peut créer une dynamique pour la suite ?

Je suis vraiment contente pour lui, c’est mérité. Ça va réellement faire du bien à l’équipe. Il a sorti un saut incroyable alors qu’il n’avait pas de bonnes conditions. Le voir revenir à ce niveau, ça fait très plaisir, et je pense que ça va relancer toute l’équipe.

Les hommes sont focus sur une possible médaille olympique par équipes ?

Je ne sais pas, mais je pense oui (rires) ! Les compétitions par équipes, c’est vraiment cool à faire. Et gagner par équipes, ça doit être quelque chose. Aux Mondiaux, on a participé pour la première fois à une épreuve par équipes mixtes (la France a terminé 6ème, NDLR), j’espère qu’il y en aura d’autres dans le futur en Coupe du monde.

Tu arrives à vivre de ton sport ?

J’ai la chance d’en vivre grâce à un contrat avec l’Agence Nationale du Sport. Mais je dois amener une partie du budget avec mes sponsors. Cette saison, c’est délicat, il me manque encore un peu de soutien et d’argent pour réussir à valider ce contrat. Mais j’ai déjà de la chance de bénéficier de ce contrat, même si c’est toujours compliqué, comme pour beaucoup de sportifs de haut niveau. Et puis c’est toujours délicat d’aller chercher de l’argent. En termes de visibilité, on peut toujours amener quelque chose, mais on ne fait « que » du combiné nordique. Il faut être réaliste sur ce côté-là. On a de la chance de vivre ce qu’on vit, d’aller dans plein de pays différents, et il y a sans doute d’autres qui ont plus besoin d’argent que nous.

Et tu l’es, toi, réaliste ? Le combiné nordique est souvent considéré comme le parent pauvre des sports d’hiver…

C’est très important d’être réaliste sur la place de notre discipline. Aujourd’hui, le biathlon est encore plus important en France, on est petits à côté. Mais ça ne m’empêchera pas de dire que je fais le meilleur sport du monde, j’ai une diversité incroyable dans mon entraînement. Pour ça, c’est vraiment génial.

Reste le problème des Jeux Olympiques. Le combiné nordique féminin ne sera pas là en 2026. C’est toujours possible pour 2030 en France ?

L’objectif, c’est bien sûr que le combiné nordique féminin soit présent en 2030. Je crois qu’il y a une décision qui sera prise mi-juin pour notre introduction, donc on en saura plus à ce moment-là.

Tu te vois faire du combiné encore longtemps ? L’avenir olympique, justement, pourrait décider du temps que tu passeras dans cette discipline ?

Je prends plutôt année après année. D’un côté, 2030, c’est encore très loin. Mais de l’autre, quand on voit les Jeux Olympiques à Paris, on se dit que ça doit être quelque chose d’incroyable à vivre chez soi, dans son pays. Et en plus, ce pourrait être la première pour ma discipline. Rien n’est certain.

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