Philippe Diallo : « Nous sommes vraiment au début d’une grande aventure pour le football féminin français »
FOOTBALL – À l’occasion de la conférence de rentrée de la Ligue féminine de football professionnel (LFFP), Philippe Diallo, le président de la Fédération française de football (FFF) a fait un point d’étape sur le développement du football féminin en France.
La Ligue féminine de football entre dans sa troisième année. Quelle place occupe le football féminin dans la stratégie de la fédération ?
C’est un enjeu stratégique pour la fédération, à la fois sportif, mais aussi sociétal. Il s’agit de donner une place aux femmes au sein de notre fédération et au sein de notre football. Pour cela, nous avons évidemment besoin de partenaires.
C’est pour cela qu’aujourd’hui nous accueillons deux nouveaux partenaires à la LFFP, MGEN et Butagaz Éco-énergie, qui montrent que la dynamique enclenchée par la création de la Ligue en 2024 commence à porter ses fruits à tous les niveaux. Les indicateurs sont bons et je crois que nous sommes vraiment au début d’une grande aventure pour le football féminin français.
Quels sont les avantages de l’Arkema Première Ligue, par rapport à la Ligue 1, et qui permettraient d’en faire un véritable axe de développement pour la FFF ?
Je ne suis pas dans la comparaison entre le football masculin et le football féminin. Je suis là pour essayer de créer toute une filière, de la base jusqu’au plus haut niveau. Il faut avoir beaucoup de licenciées féminines, des centres de formation, parce que c’est quelque chose qui marque le football français : sa qualité de formation.
Et puis il faut avoir une élite qui permette d’être la locomotive, d’un côté avec l’Arkema Première Ligue et, de l’autre, avec l’équipe de France. C’est toute cette filière que nous mettons en place maintenant, méthodiquement et professionnellement, avec évidemment l’espoir d’avoir des résultats.
L’arbitrage vidéo fait son arrivée en Arkema Première League cette saison. Va-t-il permettre au championnat de se rapprocher encore davantage des standards du football masculin ?
Dans tout ce que nous essayons de faire, nous voulons mettre le football féminin à égalité avec le football masculin. Jean-Michel Aulas (le président de la Ligue féminine de football professionnel) a beaucoup poussé pour me convaincre de faire cet investissement dans l’arbitrage vidéo.
Nous l’avons fait et je m’en réjouis car c’est une autre marque de l’attention portée au football féminin, en mettant en place ce qui existe déjà dans la Ligue 1 masculine. Pour le jeu, c’est davantage d’équité et c’est aussi une marque de reconnaissance de l’Arkema Première Ligue comme grand championnat d’élite professionnel féminin.
Quels sont les prochains axes de développement pour le championnat et, plus largement, pour le football féminin ?
Ce qui est important, en tout cas cette saison, c’est d’abord de confirmer qu’il y a du public dans nos clubs féminins professionnels. Je pense que le football doit être partagé. Il faut donc que les gens viennent dans nos stades voir les filles jouer. Il faut aussi que nos clubs performent en Coupe d’Europe, comme ils l’ont fait ces dernières saisons, parce que c’est aussi une grande vitrine internationale.
Et puis il y aura la fin de saison avec la Coupe du monde au Brésil. L’équipe de France, c’est la vitrine de notre football féminin. C’est elle qui doit accélérer la dynamique que nous avons mise en place, donc j’attends évidemment de cette équipe qu’elle réalise une grande performance au Brésil. Une grande performance, cela veut dire atteindre au minimum le dernier carré et, si possible, aller jusqu’au bout de l’aventure, c’est-à-dire ramener enfin un trophée au football féminin français.
Sandrine Soubeyrand est la seule femme à la tête d’une équipe de l’Arkema Première Ligue cette saison. Est-ce que la FFF travaille sur la féminisation des staffs et l’accompagnement des futures entraîneures ?
Absolument. La féminisation doit toucher beaucoup de domaines. Elle doit concerner les joueuses, évidemment, mais aussi les arbitres, les dirigeantes et les coachs. Nous avons des programmes pour former les nouveaux coachs de demain.
Nous avons déjà formé plus de 1 500 jeunes filles. Cette féminisation va donc intervenir, mais cela prend un peu de temps, parce qu’il faut former les jeunes aujourd’hui pour qu’elles deviennent nos futures coachs, nos futures arbitres et nos futures dirigeantes.
Fixez-vous un horizon de développement pour le football féminin ?
Le football féminin est, on le sait assez peu, le premier sport collectif féminin en France. Nous avons autour de 250 000 licenciées. Mais, pour créer une véritable dynamique, il faut se donner des objectifs très ambitieux.
J’avais donc parlé de doubler ce chiffre, c’est-à-dire d’atteindre 500 000 licenciées au sein de la fédération. C’est un objectif, mais je ne peux pas en fixer le terme, parce que cela prend du temps et que cela ne dépend pas que de nous. Il faut des terrains, il faut être accompagnés, il faut des vestiaires pour permettre aux filles de jouer.
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Il faut donc discuter avec les collectivités et réaliser des investissements. Mais je crois que nous devons avoir cette ambition, parce que c’est de cette manière-là que nous développerons le football féminin. Il faut aussi résister à la concurrence. Autour de nous, beaucoup d’autres pays travaillent sur le sujet, notamment les Anglais, qui sont très à la pointe, et les Allemands, qui ont une grande tradition. Donc, si nous voulons que notre football féminin soit à la pointe, il faut nous donner ces ambitions et investir.
Mais en voyant ce qui se fait à la Ligue féminine de football professionnel, on voit que nous sommes sur la bonne voie, avec des chiffres qui sont en très forte croissance. Il faut continuer sur cette dynamique pour faire en sorte que demain, nous puissions marcher sur deux pieds : un football masculin et un football féminin.


