Mathilde Gros : « Toutes les planètes doivent s’aligner pour être au top »
CYCLISME SUR PISTE – Basketteuse de formation, Mathilde Gros représente l’avenir (et le présent) du cyclisme sur piste tricolore depuis son arrivée en équipe de France, en 2015. Depuis, elle a tout raflé chez les juniors et est devenue double championne d’Europe de keirin. Entretien, à quelques mois de ses premiers JO.
Mathilde, comment allez-vous ? Comment se passe votre préparation en vue des Jeux Olympiques de Tokyo ?
De mon côté, ça va. La préparation se passe bien, les entraînements sont bons et l’envie est là. C’est vrai qu’on n’a pas pu partir en stage à cause de la Covid-19, mais cela se passe bien ici, à Saint-Quentin-en-Yvelines, où on a travaillé tout l’hiver en vue des JO et des prochaines échéances.
Justement, en vue des JO, les championnats d’Europe 2021, prévus du 17 au 21 février, ont finalement été repoussés à fin juin (23 au 27 à Minsk en Biélorussie). Quel sera votre programme avant cette échéance ?
Cette année, les Coupes du monde ont été remplacées par la Coupe des Nations. On sera à Newport (Angleterre) du 22 au 25 avril, puis à Hong-Kong pour la seconde étape (13 au 16 avril). Même si c’est mal parti pour le moment, on doit faire le déplacement pour ces deux manches pour reprendre la compétition afin de se remettre un peu dedans. Et puis on enchaînera ensuite sur les championnats d’Europe fin juin, avant les JO.
Vous êtes double championne d’Europe du keirin à 21 ans et pourtant, on a pu lire ici et là que vous n’arriviez pas à confirmer sur la scène mondiale, et ce malgré une médaille de bronze sur la vitesse individuelle en 2019. Selon vous, que vous manque-t-il désormais pour grimper sur la plus haute marche du podium ?
En réalité, on s’entraîne toutes dur pour faire des résultats. De mon côté, je dois continuer à pousser à l’entraînement, progresser sur la technique et la tactique. Je dois aussi continuer à peaufiner le choix de mon braquet par exemple, ce sont des détails de ce genre qui font que je peux encore progresser. Et puis, comme l’Allemande Emma Hinze qui a tout gagné lors des Mondiaux l’an passé (3 médailles d’or remportées), toutes les planètes doivent s’aligner pour être au top.
Aussi, en 2020, même s’il n’y a pas eu les JO, c’était la première fois que j’étais en compétition sur une année olympique chez les élites. Le niveau était très élevé par rapport à mon arrivée sur le circuit en 2016-2017. À l’époque, jusqu’en 2018, les filles étaient un peu moins fortes, pas encore dans la course pour la qualification olympique. On va dire que 2020 a été une prise de température pour la suite, et donc pour 2021.
Toujours concernant Tokyo, quel sera votre objectif lors de vos premiers JO ?
Mon objectif, ce sera surtout de tout donner, et d’aller le plus loin possible sur le keirin et la vitesse individuelle.
Début janvier, Grégory Baugé a annoncé qu’il mettait un terme à sa carrière. Que représentait-il pour vous au sein de l’équipe de France ?
Lorsque je suis arrivée en équipe de France, il m’a prise sous son aile, comme il peut le faire avec tous les nouveaux qui arrivent dans le groupe. Quand on a un peu plus de mal physiquement et qu’on est un peu moins performants en compétition, c’est le premier à dire « L’important, ce sont les JO, t’inquiète pas ! ». C’est vraiment quelqu’un d’important en équipe de France, toujours de bonne humeur et disponible pour donner des conseils. J’ai la chance, en plus de mon entraîneur (Herman Terryn), de pouvoir compter sur lui. Personnellement, je peux dire que c’est un pilier.
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Autre sujet, vous êtes active sur les réseaux sociaux concernant le sport féminin. À ce propos, quel est votre regard sur la médiatisation de ce dernier en France ?
Je pense que c’est toujours important d’en parler. Au-delà du sport professionnel et du sport amateur, je trouve que c’est important de montrer que l’on peut être sportive, et féminine. Il faut que l’on puisse, à notre niveau, donner envie aux petites filles de faire du sport, sans qu’elles aient peur du regard des autres. Personnellement, quand j’ai fait mes débuts en cyclisme sur piste, il y avait finalement peu de filles sur le sprint, c’était vraiment très masculin. C’est pour ça que j’ai vraiment envie de montrer que c’est possible. Quand une fille vient me voir sur les réseaux sociaux pour me dire qu’elle s’est mise à la piste, je suis vraiment contente, et c’est important à mes yeux.
Parlons cyclisme virtuel. C’est une question que l’on avait posée à d’autres sportifs lors du premier confinement, dont Pierre Le Corre (Triathlon) et Titouan Perrin-Ganier (VTT), à propos des plateformes telles que Zwift ou Rouvy. Est-ce un outil que vous avez, vous aussi, utilisé ces derniers mois ?
Oui tout à fait, personnellement j’ai même pris un abonnement ! C’est vrai que ce sont des plateformes surtout utilisées par les routiers, mais cela nous a permis de travailler durant ces périodes de confinement. On a pu faire un travail de force, s’exercer sur des sprints, mais aussi s’amuser aussi dans les bosses. Je sais qu’en équipe de France, on était tous là-dessus !
Et vous pensez que cela peut vous apporter quelque chose en termes de performance ?
Je pense que le fait d’avoir réalisé un gros cycle d’aérobie lors de cette période mars-avril-mai sur Zwift, avec également un travail de cardio au même moment, ça me permet déjà d’encaisser des efforts plus intenses et plus longs à l’entraînement. Désormais, j’espère tirer encore plus de bénéfices de ce travail réalisé au printemps dernier.
Dernière question : dans le sport français, que ce soit en tant que basketteuse ou, désormais, dans la peau d’une pistarde, quelles étaient vos modèles ?
Quand j’étais basketteuse, je vais faire classique, c’était Céline Dumerc ! Puis quand je suis passée au cyclisme sur piste, ça a été Grégory Baugé et Félicia Ballanger. Ils ont marqué leur sport et comme eux, j’ai vraiment envie de laisser mon empreinte dans le sport.



