XV de la Rose : Un avenir difficile à pronostiquer pour Eddie Jones
RUGBY – Après deux mauvais Tournois des 6 Nations pour le XV de la Rose, le sélectionneur, Eddie Jones, se trouve plus que jamais dans la tourmente. Vivement critiqué par la presse outre-Manche, il ne peut plus compter que sur le soutien de sa fédération pour rester à la tête de la sélection anglaise. Quel avenir pour le finaliste de la Coupe du monde 2019 ?
Eddie Jones est un personnage du rugby mondial. À la tête de l’une des sélections les plus prestigieuses de la planète, il est reconnu pour ses talents de tacticiens, son brillant CV, ainsi que pour sa verve et ses provocations, qui lui valent souvent des critiques. Sélectionneur du XV de la Rose depuis 2016, il vit actuellement le passage le plus compliqué de son mandat. Ayant fait énormément progresser l’Angleterre en quelques années, son équipe semble désormais en voie de régression, ce qui lui vaut une salve de critiques outre-Manche.
Un CV qui parle pour lui
Avant de devenir le patron de la XV de la Rose, l’Australien Eddie Jones a eu un beau parcours. Champion du Super Rugby avec les Brumbies en 2001, il arrive en finale de la Coupe du monde 2003 avec les Wallabies. En 2007, il fait partie du staff de Jake White, qui participe à la victoire des Springboks en Coupe du monde. En 2015, alors aux manettes de la sélection japonaise, il réalise un exploit retentissant en terrassant les Sud-Africains lors de la phase de poule du Mondial en Angleterre.
Quand il arrive à la tête du XV de la Rose en 2016, il ne perd pas de temps et gagne, dès sa première année, le Grand Chelem. L’année d’après, il remporte le Tournoi des 6 Nations, sans invincibilité cette fois-ci. En 2018, année bien plus compliquée pour sa sélection, il sera contesté, avant de remettre les pendules à l’heure en 2019. En effet, toute la planète rugby se souvient de la masterclass réalisée par l’équipe d’Angleterre lors de la demi-finale face aux All Blacks, sur les terres nippones. Une performance se rapprochant de la perfection pour faire tomber l’ogre du rugby mondial. Néanmoins, il ne gagnera pas la finale, la semaine suivante, face à l’Afrique du Sud. Et puis, en 2020, il ajoute un troisième Tournoi des 6 Nations à son palmarès, sans la manière.
Une deuxième partie de mandat compliquée
Cette finale perdue en 2019 a certainement marqué un coup d’arrêt. En effet, depuis cette désillusion, l’Angleterre n’est jamais revenue à son meilleur niveau, même si elle gagne le tournoi l’année qui suit le mondial. Cela s’est clairement confirmé sur les années qui ont suivi. En 2021, le XV de la Rose arrive à une piteuse cinquième place au terme du tournoi des 6 Nations. Ce résultat indigne du standing de la sélection commence à faire grincer des dents outre-Manche.
Avec la tournée d’automne, Eddie Jones s’offre un léger répit grâce, notamment, à la victoire face aux champions du monde sud-africains, ce qui lui offre une rampe de lancement parfaite pour 2022. Néanmoins, la dynamique ne s’est pas poursuivie en ce début d’année. Lors du tournoi 2022 qui vient de s’achever, si l’Angleterre finit troisième, elle ne gagne que deux matchs, dont un face à l’Italie et un autre contre un Pays de Galles complètement hors-sujet durant la compétition. La défaite en Écosse lors du match inaugural fait mal, d’autant que les locaux ne sortent pas forcément une prestation très aboutie. Et face à l’Irlande et à la France, l’Angleterre souffre clairement de la comparaison de niveau et on ressent que ces deux équipes ont pris de l’avance sur le vice-champion du monde.
Choix et plan de jeu incompris
Les statistiques et les analyses font mal. Si on ne compte pas le match contre l’Italie, l’Angleterre n’aura inscrit que trois essais au cours des quatre autres rencontres. C’est le plus faible total par rapport aux autres concourants. En comparaison, la France et l’Irlande sont respectivement à douze et quinze essais marqués. Ceci s’explique, notamment, par un plan de jeu et un ADN en attaque qui ne sont pas du tout identifiés. « Malgré toutes les qualités individuelles, l’Angleterre n’a pas le plan de jeu ni les ambitions offensives pour battre les meilleurs. » Ces propos ont été tenus dans le Daily Mail, par l’ancien sélectionneur Clive Woodward. Si on sait que le champion du monde de 2003 ne porte pas spécialement son homologue entraineur dans son cœur, ses paroles reflètent tout de même l’opinion globale des observateurs outre-Manche.
Ses choix sont également incompréhensibles. Évidemment, les forfaits, comme ceux d’Owen Farrell ou de Jonny May, pénalisent le groupe. Cependant, pourquoi le sélectionneur s’est-il entêté à faire jouer un arrière comme Max Malins à l’aile ou un centre comme Joe Marchant sur l’aile également, alors qu’il y a de très bons spécialistes à ce poste en Premiership ?
Il y a eu aussi beaucoup de rotation, ce qui n’a pas permis de créer de la continuité dans son groupe. On pense, par exemple, au choix non tranché entre Harry Randall et Ben Youngs à la mêlée. On pense, aussi, au duel pour le poste de troisième ligne centre entre Alex Dombrandt et Sam Simmonds, qui furent boudés par le sélectionneur durant plusieurs saisons. Pour le reste, on évoquera également un pack anglais qui n’a pas fait le poids sur les points de rencontre, face aux meilleures nations, alors que c’est pourtant dans l’ADN du XV de la Rose d’être dominant là-dessus.
La RFU soutient Jones…
Malgré des mauvais résultats et un fond de jeu qui laisse à désirer, Eddie Jones s’est défendu après la défaite en France. « Je pense avoir fait un travail raisonnable pour l’Angleterre. Nous avançons en reconstruisant l’équipe et cela prend du temps. » S’il évoque légitimement une reconstruction de l’équipe depuis un an qui traine, les propos qui ont le plus interpellé sont les suivants. « Je pense que les progrès sont positifs. » Des progrès peu évidents pour le plus grand nombre…
Évidemment, sous le feu des critiques, Eddie Jones a adopté une posture défensive. Alors qu’on imaginait que la fédération anglaise, la RFU (Rugby Football Union), tape du poing sur la table et mette la pression sur Jones, elle est allée dans la même direction que son sélectionneur. Parlant aussi de « progrès », elle a confirmé Eddie Jones dans son rôle en évoquant un « soutien total ». On rappelle que l’Australien a un contrat qui coure jusqu’en 2025.
England rugby squad ‘believe in Eddie Jones and that he’s taking them in the right direction,’ insists Bill Sweeney https://t.co/bETL73SX6t
— MailOnline Sport (@MailSport) March 24, 2022
… et se retrouve elle aussi sous le feu des critiques
Après s’est attaquée au bilan du sélectionneur, la presse et bon nombre d’observateurs ont critiqué la RFU pour sa prise de position. Au sein d’un podcast de la BBC, Ugo Monye, ancien international anglais, n’a pas mâché ses mots à l’encontre de la fédération. « Qui, à la RFU, pense vraiment qu’il y a des progrès significatifs ? C’est de la malhonnêteté, il n’y a aucun progrès. » Même son de cloche du côté de l’ancien capitaine gallois Sam Warburton, qui a délivré une hypothèse intéressante. « C’est une manière d’enlever la pression à Eddie Jones ».
The RFU claims England made progress during the Six Nations, Ugo Monye has a different view…
— BBC Sport (@BBCSport) March 21, 2022
Les tabloïds anglais ont aussi rebondi sur le communiqué de la RFU pour mettre en avant un Eddie Jones qui semble bien protégé par sa fédération. Cependant, pour l’heure, les journalistes ne semblent pas identifier clairement les personnes qui protègent le sélectionneur. D’une part, on évoque l’influence et le lobbying de l’Australien en interne. Il est vrai qu’Eddie Jones est sélectionneur depuis six ans maintenant. D’autre part, Bill Sweeney, président de la fédération, peut représenter une cible logique, de même que Conor O’Shea, directeur de la performance au sein de la RFU .
Une tournée en Australie très chaude pour Eddie Jones
Critiqué, mais soutenu par les individus qui ont la main sur son avenir à la tête de l’Angleterre, Eddie Jones peut-il vraiment tenir jusqu’en 2023 ? Le temps presse. Si l’on en croit la détermination de la fédération à laisser Jones en place, il se pourrait bien qu’il effectue, au moins, la tournée en Australie, l’été prochain. Face à une équipe qui a réalisé une saison 2021 très mitigée, l’entraineur charismatique n’aura pas d’autres choix que de gagner la tournée. Après une tournée gagnée de peu contre l’équipe de France B, l’Australie a agréablement surpris lors du Rugby Championship, avant de sombrer sur la tournée en Europe. Malgré une dynamique compliquée, les Wallabies auront l’avantage d’être en début de saison, donc en forme, et d’évoluer à domicile. Le test sera donc réel pour Eddie Jones.
Ce que l’on peut noter, aussi, c’est que les joueurs semblent soutenir leur sélectionneur. « C’est la bonne personne pour ce job » a rétorqué le talonneur Jamie George à la presse après le récent tournoi des 6 Nations. Si les résultats s’améliorent en Australie et se confirment lors de la tournée d’automne, on ne voit pas comment Eddie Jones pourrait sauter. Après cela, il restera le Tournoi 2023, mais on sera beaucoup trop proche du Mondial pour bouleverser la sélection. L’avenir du sélectionneur semble donc, pour l’heure, difficile à pronostiquer.


