24 Heures du Mans : L’épopée de Ford, un géant venu d’Amérique
24 HEURES DU MANS – Alors que la mythique course d’endurance se tient le week-end prochain, Dicodusport vous fait découvrir chaque jour une marque qui a participé à la légende de l’épreuve sarthoise. Aujourd’hui, place à Ford. Le constructeur venu d’Amérique a connu deux périodes importantes, celle des années 1960 et des années 2010. Passage en revue d’un parcours historique.
Créées en 1923, les 24 Heures du Mans sont plus qu’une simple course d’endurance. Véritable laboratoire technique, l’épreuve née des intentions de Georges Durand, secrétaire général de l’ACO (Automobile Club de l’Ouest) et de Charles Faroux, patron du journal l’Auto, a toujours été pionnière en termes d’innovations. Des innovations qui, après avoir été testées en course, se sont retrouvées sur des voitures de séries destinées à la route, les nôtres.
Ford, des débuts difficiles jusqu’à son apogée
Lorsque l’état-major de Ford, Henry Ford II, décide à l’aube des années 1960 de faire construire des voitures de sport qui viendraient aux 24h du Mans battre Ferrari, peu de monde le croit crédible. En effet, à cette époque-là, le constructeur américain ne fabrique pas d’autos destinées à la compétition.
Si son futur adversaire en piste règne sans partage ou presque depuis 1958 au Mans, ainsi qu’en Championnat du monde des voitures de sport, il n’empêche qu’il doit faire face à des difficultés économiques. Tant et si bien que Ford lui fait des avances en proposant son rachat en 1963, avec une délégation qui fait le déplacement à Maranello, le siège de Ferrari.
Alors qu’un accord initial avait été trouvé, le PDG de la marque au cheval cabré finit par se rétracter. Dès lors, une guerre sans merci est déclarée entre Ford et Ferrari. Désireux de s’implanter en Europe et de gagner sur les circuits les plus mythiques, le petit-fils d’Henry Ford harangue ses ingénieurs pour accélérer la production d’une toute nouvelle voiture qui deviendra un grand succès dans le futur.
L’aventure de Ford dans la Sarthe débute en 1964. Mais elle tourne court. À défaut d’être les plus rapides en piste, en atteste le meilleur tour en course de Phil Hill en 3:49.200 à 211,429 km/h, la fiabilité n’est pas au rendez-vous et les trois GT 40, lâchées notamment par leur boîte de vitesse, abandonnent. L’ogre Ferrari réalise un triplé, avec la Ferrari 275 P de Jean Guichet et Nino Vaccarella qui devance deux Ferrari 330 P.
1965. Après son échec de l’année précédente, tout semble indiquer que Ford a appris de son échec. La firme de Détroit a confié le développement de ses autos à Caroll Shelby, vainqueur au Mans en 1959 sur Aston Martin et fondateur de Cobra, marque anglo-américaine. Fort de sa victoire lors des 24h de Daytona et une deuxième place à Sebring, le constructeur à l’ovale bleu arrive en confiance. Pour se donner toutes les chances, ce sont 6 Ford qui sont alignées. De nouveau trahi par des soucis d’embrayage et de boîtes de vitesses, aucune ne voit le drapeau à damiers. Ferrari s’adjuge un nouveau triplé.
L’attente commence à devenir longue. Mais le patron de Ford et ses équipes continuent d’investir dans un programme faramineux, il est donc hors de question de renoncer. L’évolution de la GT 40, qui devient la GT 40 MK II, porte ses fruits. Avec un moteur plus puissant et surtout, une meilleure tenue de route, Ford écrase la concurrence et dompte son rival italien en plaçant trois autos sur le podium. En étant rapidement hors-course, la firme d’Enzo Ferrari ne fait pas le poids et le seul suspense, dès la mi-course est de connaître l’identité de l’équipage qui triomphera. Désireux de voir les trois Ford franchir la ligne d’arrivée ensemble, Léo Beebe (directeur du programme course) ordonne à Caroll Shelby de faire ralentir Ken Miles, alors largement en tête de l’épreuve.
Les GT 40 #2, #1 et #5 passent la ligne, groupées, mais c’est bien la #2 de Bruce McLaren – Denis Hulme qui sera déclarée vainqueur. L’ACO (organisateur de l’épreuve) déjoue la stratégie de Ford. Au Mans, il ne peut y avoir qu’un seul gagnant. Un crève-cœur pour Ken Miles, pilote de la #1 qui ne pourra pas retenter sa chance dans le futur. Il décède sur le circuit de Riverside deux mois plus tard, alors qu’il était chargé de faire de nouveaux tests avec la GT 40.
Commission just finished by Le Mans 1966 Acrylic. Steve Jones Artist. #FordvFerrari #LeMans #GT40 #LaSarthe. pic.twitter.com/Kare3IaXu0
— Auto Tradition / Racing Spirit (@AutoTradition) February 13, 2021
En 1967, Ford s’impose de nouveau avec la MK IV et son équipage 100% américain (Dan Gurney – Antony-Joseph Foyt). Deux Ferrari 330 P4 complètent le podium, tandis que la Ford de McLaren termine quatrième. Pas rassasiée, la firme américaine triomphe encore en 1968 grâce à Pedro Rodriguez et Lucien Bianchi qui devancent deux Porsche. Sous l’appui de John Wyer, ingénieur et dirigeant d’écurie depuis cette année-là, Ford gagnera une quatrième et dernière fois consécutive le Mans en 1969 avec son duo Jacky Ickx – Jackie Oliver. Pour 120 mètres seulement (ce qui constitue l’arrivée la plus serrée après l’épisode de 1966), le pilote belge Ickx tient tête à la Porsche 908 d’Hans Herrmann dans le dernier tour, où il double son rival au virage de Mulsanne.
The #GT40 driven by J Ickx and J Oliver heads to the 24h of #LeMans win in 1969 #petroltribe #ford #fordgt #fordgt40 #lemans #24lemans pic.twitter.com/DoDDycyHwI
— Petrol Tribe (@petroltribe) March 13, 2017
50 ans après sa dernière victoire, Ford retourne au Mans
Retiré des courses d’endurance, Ford ne reviendra en tant que marque officielle qu’en 2016. Avec son programme qui s’inscrit dans la classe LM GTE Pro, la marque américaine doit faire face à une concurrence rude qui se compose de Corvette, Aston Martin, Porsche, mais aussi Ferrari. Pour sa première participation depuis son retour au Mans et les 50 ans de sa première victoire au général, Ford, qui s’appuie sur la structure Chip Ganassi Racing s’adjuge la victoire dans sa classe avec la #68 de Sébastien Bourdais, Joey Hand et Dirk Müller. Comme un air de 1967, elle précède une Ferrari, la #82 avec laquelle elle a disputé une bataille serrée tout au long de la course. Une autre Ford, la #69, termine sur la troisième marche du podium.
FORD WINS LE MANS! Yeahhhhhhhh! https://t.co/JujhlsrRCO @MultimaticRace @GanassiChip pic.twitter.com/l7t0tcp1lJ
— Ford GT LM (@Ford__GT) June 19, 2016
2017 doit être l’année de la confirmation. Mais en raison d’une Bop (Balance de Performance) défavorable (celle-ci lui avait été favorable l’année d’avant), une seule Ford est dans le coup pour jouer un podium. Ce sera chose faite avec la #67 d’Andy Priaulx, Pipo Derani et Harry Tincknell qui s’offre la seconde place après les déboires de la Corvette #63 dans le dernier tour, et qui jouait la gagne face à Aston Martin. Mais avec quatre autos engagées, et trois qui finissent aux sixièmes, septièmes et dixièmes places en catégorie, le résultat est décevant. Nouveau podium pour Ford en 2018, avec la #68 conduite par l’équipage vainqueur en 2016 qui s’incline contre les deux Porsche 911 RSR #92 et #91.
Ayant décidé de mettre à terme à son engagement en WEC à l’issue de la saison 2019, Le Mans constitue une dernière occasion de briller. Pour marquer le coup, Ford recrée l’atmosphère de ses quatre victoires consécutives (1966, 1967, 1968, 1969) en décorant ses voitures d’une livrée spéciale. La Ford GT #66 est habillée en noir, rendant hommage à la GT 40 victorieuse en 1966, tout comme la #67 qui se pare de rouge et reprend le thème du succès en 1967. Pas de changement pour la #68 qui arbore les couleurs traditionnelles. Enfin, la #69 s’inspire de la Ford de Ken Miles, qui injustement a terminé deuxième des 24h 1966. La meilleure des autos, la #67, devra se contenter d’une presque anonyme quatrième place.
24h du Mans 2019 (#LeMans24) : Les Ford GT avec leurs couleurs historiques
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Par son mythe, son palmarès et la ferveur procurée chez les fans comme chez les amoureux de l’automobile, la marque à l’ovale bleu a été un grand acteur de l’endurance et des 24h du Mans. Son nom reste gravé dans les livres d’histoire, ceux chargés de nous conter les grandes heures des écuries qui font et qui ont fait la légende de cette course, unique dans le monde.


