Siraba Dembélé-Pavlovic : « L’équipe de France a de beaux jours devant elle »
HANDBALL – Siraba Dembélé-Pavlovic tire sa révérence en fin de saison à l’âge de 37 ans. L’ailière gauche a connu tous les succès avec l’équipe de France. Elle revient sur sa carrière, ses moments forts et comment elle a géré sa rupture du tendon d’Achille. Une blessure à 35 ans dont elle a su se relever. Siraba Dembélé-Pavlovic évoque également sa fin de saison, avec l’objectif de la Ligue des Champions, compétition qu’elle n’a jamais gagnée. Puis son après-carrière, où elle va se reconvertir dans l’accompagnement des jeunes joueurs.
Siraba Dembélé-Pavlovic : « La façon dont on surmonte les difficultés est encore plus importante que le titre »
Quand on a joué au plus haut niveau pendant près de 20 ans, ce n’est pas particulier de se dire que c’est terminé dans trois mois ?
Siraba Dembélé-Pavlovic : Évidemment. J’ai commencé le handball à 11 ans et je suis professionnelle depuis mes 19 ans. Je vais raccrocher à 37 ans, c’est plus de 15 ans au plus haut niveau. Dans un rythme particulier. Ce sont des challenges, des défis. Quand tu te dis que cela s’arrête, c’est presque flippant. Même si je sais ce que je vais faire derrière, avec une reconversion en route. Cela n’empêche pas que je serais dans un autre rythme de vie et on ne sait pas à quoi s’attendre.
Si vous deviez choisir un moment fort dans votre carrière ?
(Elle rigole et réfléchit) C’est difficile à choisir, car il y en a eu plusieurs. Je dirais quand même le quart de finale des JO 2016 contre l’Espagne. On a fait une grosse remontée. Je crois qu’on avait marqué cinq buts en première mi-temps, on a été mené de sept buts et on a réussi à l’emporter. J’ai l’impression que ce match a été le début de quelque chose. À partir de cette compétition, on a tout gagné. Cela a été le déclic pour cette génération.
Vous placez ce match au-dessus du titre mondial de 2017 ?
Je ne regarde pas vraiment le titre en lui-même. Évidemment que le titre est important et qu’il est génial. Mais je garde surtout les moments vécus ensemble, la difficulté et comment on a su inverser la tendance. C’est ce qui me marque.
#EDF 🇨🇵
🥲 L’ancienne capitaine des Bleues 🇫🇷, Siraba Dembele, a annoncé aujourd’hui à Montbéliard qu’elle prendrait sa retraite sportive à la fin de la saison avec le @csm_bucharest
😮
👉 https://t.co/ns2dOWc50q pic.twitter.com/t5TUx4eJ5h— HandNews (@HandNewsfr) March 5, 2023
« La rupture du tendon d’Achille a été une grosse claque »
Avez-vous un regret ?
Franchement, j’en ai aucun. Vraiment aucun. Tout n’a pas été top oui, mais les moments les moins bons ont servi à ce que je rebondisse. Cela m’a servi de leçon et cela m’a apporté. Aujourd’hui, si je devais refaire ma carrière, je referai exactement les mêmes choix, la même chose.
À 35 ans, vous vous rompez le tendon d’Achille. Comment on garde la motivation à cet âge-là, pour revenir au top ?
Il faut dire que cela a été une grosse claque. C’est la première blessure de toute ma carrière et cela a été très difficile à gérer. Mais au fond de moi, je savais que j’avais encore des choses à faire et que je pouvais apporter et performer. La motivation, tu vas la chercher là-dedans. Évidemment, il y a des doutes. Je me blesse à 35 ans et on peut se poser la question du retour à cet âge-là. Mais j’étais tellement convaincue de pouvoir revenir et j’ai mis tellement d’investissement qu’au bout de six mois, j’étais prête à jouer. Même à cinq mois, mais on me l’a interdit (rires). J’ai fait mon premier match, en Champions League. J’ai joué 30 minutes et tout allait bien.
C’est votre seule blessure. Il y a une part de chance ou c’est l’hygiène de vie qui l’explique ?
Une part de chance, où génétiquement, je pense avoir le corps pour, avec des capacités athlétiques et une résistance à la douleur et le rythme du haut-niveau. Mais je ne suis pas quelqu’un qui est dans l’excès. Je ne fume pas, je ne bois pas, je ne suis pas fêtarde. Cela joue. Mais je dirais quand même qu’il y a cette part de chance.
Siraba Dembélé-Pavlovic : « Quand tu pars à l’étranger, tu sors de ta zone de confort »
Vous êtes partie assez tôt à l’étranger. Si une jeune joueuse venait vous demander conseil, vous lui diriez d’aller tôt à l’étranger ?
Je lui dirais que ce n’est pas une question de tôt ou tard, mais du bon moment pour soi. Il n’y a pas de bon moment et c’est personnel à chacun. Cette expérience à l’étranger, pour un joueur ou une joueuse, c’est hyper intéressant à faire. C’est une autre culture, ça vous met aussi dans un inconfort. Mais c’est propre à chacun. Certains seront jamais prêts à y aller.
Qu’est-ce que cela vous a apporté de votre côté ?
J’étais quelqu’un de très introvertie quand j’étais jeune. Autant vous dire que ça m’a sortie de ma zone de confort. Il a fallu que j’aille vers les gens, que je m’intègre. Sur l’extra-handball, cela m’a énormément apporté. C’est aussi s’intégrer dans des cultures sportives et sociales qui sont différentes de la mienne. Sur le plan du handball, cela m’a apporté aussi. Tu pars à l’étranger pour être bonne et il n’y a pas d’autres alternatives. Quand un club étranger te prend, c’est pour que tu performes. Tu n’as pas d’autres choix. L’exigence monte et le niveau monte automatiquement.
Et cela vous a aussi permis de rencontrer votre compagnon.
Exactement (rires).
« La Champions League est très serrée cette année »
D’ici la fin de saison, il reste de belles choses à jouer avec le CSM Bucarest. Gagner la Ligue des Champions avant la retraite, ce serait l’aboutissement ?
Clairement ! Pour l’anecdote, je devais arrêter la saison dernière. Mais comme je n’avais fait qu’une demi-saison, je me suis dit que je ne pouvais pas arrêter comme cela. Et c’est clairement la Ligue des Champions qui maintient ma motivation de continuer à cet âge-là. J’ai vraiment envie de la gagner et finir sur ça ce serait clairement l’idéal.
D’autant que vous ne l’avez jamais gagnée.
Effectivement.
Ce serait incroyable d’aller la chercher à 37 ans, avec le palmarès que vous avez déjà.
C’est clair. C’est un moteur.
Il n’y a pas une équipe qui domine vraiment la compétition. C’est très ouvert cette année et votre équipe semble n’avoir jamais été aussi forte que cette année.
Cela fait trois ans que je suis ici et on fait une des meilleures saisons collectivement. Et la Champions League est très serrée. Il n’y a pas une équipe invaincue. Même Györ a perdu. Cela prouve le niveau resserré et on est incapable de dire qui va gagner.
Le jeu reposait beaucoup sur Cristina Neagu, mais on a l’impression que votre équipe a plus d’armes cette année.
Exactement. C’est pour cela qu’on fait une bonne saison. Le danger vient de partout et c’est plus difficile à défendre pour les adversaires.
Siraba Dembélé-Pavlovic : « Je veux apporter mon expérience aux jeunes joueurs »
Vous avez évoqué un projet de reconversion. Est-ce que vous pouvez nous en dire plus ?
Je pars sur un accompagnement des joueurs et joueuses. Un joueur qui veut atteindre ses objectifs, je vais l’accompagner durant sa carrière, pour faire les bons choix et performer. Mettre tous les ingrédients pour. C’est un accompagnement à tous les niveaux. Le travail, le physique, l’alimentation sont des clés de la performance. Mais c’est aussi le mental. J’ai passé mon diplôme d’agent de joueur au mois d’avril dernier. Je l’ai eu. Il y a le métier d’agent de joueur pur. Mais j’englobe plusieurs choses dans ma fonction.
Évidemment que j’ai un rôle de trouver un club pour les joueurs. Mais je vais apporter mon conseil. Je ne vais pas lancer un joueur dans un club où il ne jouera pas et où il n’évoluera pas. Cela dépend de ton âge, de ta situation actuelle. J’apporte vraiment ce conseil global.
En dix ans, le handball féminin s’est professionnalisé à vitesse grand V. C’est aussi le moment de conseiller les jeunes joueuses.
C’est exactement cela. Une carrière peut parfois tenir à rien, un mauvais choix, une mauvaise attitude et ta carrière peut prendre une tournure totalement différente. Je veux vraiment conseiller le joueur sur sa carrière et tous les aspects qui mènent à la performance.
Vous êtes focus sur les joueuses ou sur les joueurs aussi ?
Je serais aussi avec les joueurs.
On parle de petite mort pour le sportif, mais on peut dire que vous avez anticipé.
Bien sûr. Surtout, ce que je veux proposer, c’est ce que j’aurais aimé avoir quand j’ai commencé le sport de haut niveau. Souvent, on est seul pour prendre des décisions. Dieu merci je pense avoir pris les meilleures décisions. Mais tout le monde n’est pas dans ce cas-là. Je veux apporter toute mon expérience pour que les joueurs n’aient aucun regret à la fin de leur carrière.
Siraba Dembélé-Pavlovic : « Le travail de détection en France est remarquable »
Donc vous n’allez pas souffler après votre carrière ?
(Elle rigole) C’est exactement ça. Cela aurait été dommage que je ne mette pas au profit des autres mon expérience. J’ai appris plein de choses à travers ce que j’ai fait. Je ne dis pas que tout était parfait et que j’ai fait toujours les bons choix. Mais avec mon vécu, j’ai l’expérience pour conseiller ces jeunes.
Vous êtes une ancienne cadre de l’équipe de France, quel regard portez-vous sur cette équipe en 2023 ?
C’est une équipe nouvelle, avec des jeunes très talentueuses. Elles ont besoin de trouver une identité et leur groupe. Mais l’équipe de France de handball a de beaux jours devant elle. J’en suis sûre et certaine. Il y a des jeunes de très bon talent. Je dirais même plus talentueuses qu’on pouvait l’être. Elles doivent juste se trouver.
Est-ce qu’on peut dire que les Bleues ont atteint le même niveau de régularité que les Experts ?
Franchement, oui. Je trouve que les gars ont tiré le handball pendant des années, avec cette génération. Mais je suis contente que les femmes soient au même niveau et qu’on arrive à tirer le handball vers le haut.
Qu’est-ce qui a fait que les Bleues sont devenues une équipe aussi régulière ?
Le travail derrière. Aujourd’hui, on a un système de détection qui est hyper intéressant. Qui est incomparable aux pays étrangers. Ce qui nous permet de former et sortir les meilleurs jeunes. Pour avoir les meilleures joueuses de handball. Quand tu arrives en équipe de France, ton équipe est hyper intéressante. Cela permet de jouer à minima des demi-finales. On arrive à sortir des pépites.
Championne du monde 2017 & d’Europe 2018 🥇🥇, capitaine de 2012 à 2021, Siraba Dembélé met un terme à sa carrière internationale après 291 sélections et 848 buts (3e joueuse la plus capée).
C’est un monument qui se retire🥲
MERCI SIRABA !
📷 @ffhandball_officiel#BleuetFier pic.twitter.com/Ce0GJi0uUC
— Equipes de France de Handball (@FRAHandball) November 20, 2021


