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Cyclisme

Giro 2015 : Quand Astana bridait Mikel Landa

Etienne Goursaud

Publié le

Giro : Quand Astana a bridé Mikel Landa en 2015
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GIRO – Mikel Landa, 3e du Giro en 2015, n’a pas eu les coudées franches dans cette épreuve, avec une équipe qui avait misé sur Fabio Aru, la star montante du cyclisme italien à l’époque.

Fabio Aru leader désigné d’Astana

Si on ne peut pas prédire l’avenir, on ne peut pas non plus refaire le passé. On ne saura jamais ce qu’il se serait passé en 2015, sur les routes du Giro, si Mikel Landa avait été le leader unique d’Astana. Une course qui servira de grande révélation pour l’Espagnol, qui terminera 3e du classement général. Avec deux victoires consécutives en haute-montagne. Mais il n’était pas le coureur destiné à prendre le leadership avant la course. Le leader désigné était l’Italien Fabio Aru. Troisième de la course en 2014 et cinquième de la Vuelta la même année, le coureur, bien qu’âgé de 24 ans au départ de la course, offre de belles garanties, même si son début de saison est plutôt moyen, avec une 39e place sur Paris-Nice et une 6e place du Tour de Catalogne.

Mikel Landa est encore loin de tout ça. Réputé bon grimpeur, il n’a remporté « que » deux succès professionnels avant de s’élancer sur le Giro. La 4e étape du Tour de Trentin en 2014 et la 5e étape du Tour du Pays Basque en 2015. Et n’a jamais terminé dans le top 20 d’un Grand Tour. Léger pour une formation alors composée de grands noms, comme Vincenzo Nibali, tenant du titre sur le Tour de France et qui a vu passer d’illustres coureurs comme Alberto Contador, Andreas Klöden ou Alexandre Vinokourov. Et loin d’être la formation moribonde qui traîne sa misère sur les courses World Tour en 2023.

Le Giro 2015 comporte de grands favoris. Dont fait partie Fabio Aru. Au même titre qu’Alberto Contador (Tinkoff-Saxo), vainqueur ici en 2008 et tenant du titre sur la Vuelta 2014. On parle beaucoup de Richie Porte, surpuissant coéquipier de Christopher Froome chez Sky. Et qui vient s’essayer pour la toute première fois en tant que leader en Grand Tour. Auréolé d’un succès sur Paris-Nice. On évoque Rigoberto Uran (Etixx-Quick Step), deux fois 2e du Giro, en 2013 et 2014. Une belle bataille en prévision.

Mikel Landa au service du collectif en début de Giro, mais qui s’affirme

Et effectivement, Mikel Landa se met au service de son leader en début de course. Dès la 4e étape, qui voit l’avènement du jeune Davide Formolo, qui remporte l’étape, l’Espagnol termine en retrait par rapport à l’Italien et perd 42 secondes. Fabio Aru, Richie Porte et Alberto Contador terminent dans le même groupe, alors que Rigoberto Uran montre déjà des faiblesses annonciatrices d’un Tour d’Italie très compliqué pour lui.

Dès l’étape suivante et la première arrivée au sommet d’Abetone, on s’aperçoit que l’actuel coureur de la Bahrain-Victorious a de bonnes jambes. Alors qu’il roule fort pour son leader. Alberto Contador dégaîne ! Fabio Aru, puis Richie Porte reviennent à hauteur du double vainqueur du Tour de France. Et termineront ensemble, alors que Jan Polanc l’emporte. Mais alors qu’il a roulé fort pendant quelques kilomètres, Landa ne termine qu’à 13 secondes. Mais on est déjà à 55 secondes de débours sur Fabio Aru. On rappelle que seulement 1:02 sépareront les deux hommes à Milan.





Et le Basque continue de s’affirmer. Cette fois-ci, sur les pentes de Campitello Matese, Astana, au lieu de le faire rouler, l’envoie à l’attaque. Pas vu comme une réelle menace, il ne sera pas revu et terminera 2e, derrière Benat Intxausti. Reprenant 15 secondes à Contador, Aru et Porte qui terminent encore ensemble. Le lendemain, sur une étape escarpée, il est le seul à tenir la roue du trio, ne perdant que 4 secondes dans le final. Mais creusant un gros trou. Il est alors 4e du général à 46 secondes d’Alberto Contador. Il sera 3e le lendemain. Richie Porte écopant de 2 minutes de pénalité pour s’être fait dépanner une roue par Simon Clarke, un adversaire, alors il venait de crever sur les routes de Forli. L’Australien, dégoûté, quittera les routes du Giro avant son terme.

Et si on l’avait laissé libre dans le Mortirolo…

Le problème, c’est qu’il va passer totalement au travers du long contre-la-montre de 60 kilomètres, pourtant vallonné, entre Trévise et Valdobbiadene. Il concède 4 minutes à Alberto Contador et 1:13 sur son coéquipier Fabio Aru. Il est alors rejeté à la 7e place à 4:55 de l’Espagnol et à 2:27 de son coéquipier, alors deuxième du général. Et c’est sans doute là que cela va trotter dans la tête des dirigeants d’Astana. Qui voient un Italien bien placé sur les routes du Tour d’Italie. Comment ne pas lui donner le leadership ? Surtout, comment imaginer que Mikel Landa puisse reprendre près de 5 minutes à Alberto Contador, réputé meilleur grimpeur du monde et qui a littéralement écœuré Chris Froome sur les routes de la Vuelta 2014 ? Le grand Alberto était, on le pensait, intouchable.

Vainqueur à Madonna di Campiglio

Sauf que le Madrilène, on ne le sait pas encore, est en fait loin de survoler les débats. En particulier en montagne. Et Astana va enchaîner les mauvaises décisions. Facile à dire avec le recul. Mais dès le lendemain, sur les routes mythiques de Madonna di Campiglio, Mikel Landa contre Alberto Contador, pour aller chercher sa plus grande victoire de sa jeune carrière. Dans un mouchoir de poche, car Contador est à 5 secondes et Aru à 6.

Mais c’est surtout le lendemain que va s’opérer un des tournants du Giro 2015. Le leader du général crève au pied du terrible Mortirolo. Astana embraye – chacun se fera une idée sur cette tactique – et Contador se retrouve seul. Mikel Landa prend le relais. Mais Fabio Aru ne peut suivre son coéquipier. Qui doit temporiser. Et alors que Contador était à une minute, il recolle. Sans doute vexé, El Pistolero contre pour se débarrasser de l’Italien. Et après un temps d’hésitation, Mikel Landa abandonne Fabio Aru et revient avec une facilité exceptionnel sur son compatriote. Et sur les pentes, pourtant peu sévères, d’Aprica, il va se débarrasser de tout le monde pour l’emporter avec 38 secondes d’avance.

Mikel Landa vainqueur de la 16ème étape du Giro 2015, à Aprica

Mikel Landa vainqueur de la 16ème étape du Giro 2015, à Aprica – Photo Icon Sport

Que se serait-il passé, si on avait laissé libre Mikel Landa, alors qu’Alberto Contador était à une minute et seul ? Landa était indéniablement plus fort et à près de 40 kilomètres de l’arrivée, il aurait pu creuser des écarts énormes. Et reprendre une grosse partie de ses cinq minutes de retard. On ne le saura jamais, mais Astana commettait là sa première erreur majeure. Mais Mikel Landa est alors 2e du général.

Encore des choix douteux en défaveur de Mikel Landa vers Sestrières

Et la seconde interviendra lors de la 20e étape et la dernière de montagne vers Sestrières. Il faut dire que la veille à Cervinia, Fabio Aru, qui lui est moins obéissant que son coéquipier, a encore bouleversé les cartes, en allant s’imposer. Et reprenant la 2e place du général à Mikel Landa. Et ce dernier avait lui-même perdu du temps auparavant sur Contador, à cause d’une crevaison et d’une attaque dans la foulée du maillot rose.

La défaillance de Contador

Lors de cette 20e étape, Mikel Landa attaque dans les pentes terribles du Colle del Finestre. Alberto Contador tente de prendre la roue, mais doit renoncer. Et le maillot rose va connaître une terrible défaillance un peu plus loin. Même un Fabio Aru plutôt moribond se défait de Contador. Qui bascule à près de 2 minutes d’Ilnur Zakarin et Mikel Landa. Alors qu’un groupe avec Fabio Aru bascule à près d’une minute. La situation est périlleuse, car il y a un peu de vallée, avant de chercher la montée de Sestrières. Et clairement, c’est la configuration où on peut perdre un Giro, même avec une confortable avance.

Mais, coup de théâtre. Mikel Landa doit attendre Fabio Aru à l’arrière. Ce qui favorise Alberto Contador, d’autant que le groupe devant ne collabore pas très bien. L’Espagnol aborde la montée finale avec 50 secondes de retard. Et la montée est trop courte pour qu’il soit renversé. Il sauve son maillot et préserve l’essentiel. Comble de l’ironie, Fabio Aru remportera l’étape où Mikel Landa aura eu les pieds et poings liés. Là-aussi, qu’aurait-il bien pu se passer, s’il avait pu faire les 40 derniers kilomètres à bloc, avec des concurrents très fatigués  ?

Peut-être que Mikel Landa n’aurait pas gagné le Giro. Mais il aurait pu lutter avec toutes les armes pour y arriver. On ne le saura jamais.

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