Jean-Michel Aulas, une empreinte de géant à Lyon et dans le foot français
FOOTBALL – Jean-Michel Aulas a quitté son poste de président de l’Olympique Lyonnais après plus de 35 ans de bons et loyaux services. Son empreinte est gigantesque dans son club et immense pour le football français.
Dans un football moderne où tout va toujours plus vite, parfois probablement trop, l’ancien président de l’Olympique Lyonnais était un OVNI. Trente-six ans à la tête d’un club avec des succès majuscules chez les hommes. Comme chez les femmes. Et le sentiment que son apport au football français est inestimable. D’ailleurs, cette partie-là n’est sans doute pas encore achevée. Peut-être même loin de là. Les entraîneurs, les joueurs et les supporters passent, Jean-Michel Aulas semblait lui inamovible. Et pourtant, un rachat plus tard, le voilà déjà dehors. Avec une sortie ratée, comme assurément ses toutes dernières années à la tête de son club.
Les hommages sont unanimes. S’il a pu agacer aux quatre coins de l’Hexagone en raison de sa personnalité, son travail pour son club et son sport sont reconnus de tous. Si les irréductibles supporters marseillais placeront Bernard Tapie devant, l’ancien homme fort de l’Olympique Lyonnais a transformé son club et son sport. Comme personne ne l’a fait avant, et sans même que personne ne puisse se vanter de s’en approcher. Jean-Michel Aulas est le plus grand président que le football français ait connu. Et il devrait le rester pour un petit moment.
Impossible d’oublier cet appel de Bernard Tapie à Jean Michel Aulas ! Magnifique ! 🥺❤️
(🎥 @RMCsport) pic.twitter.com/2EEe8PWaOe
— Footballogue (@Footballogue) May 8, 2023
Précurseur pour son club et son sport
Jean-Michel Aulas a réussi à transformer un club de deuxième division au budget d’un peu plus de deux millions en une multinationale, cotée en bourse. Valorisée à plusieurs centaines de millions d’euros. Et donc récemment, vendue à Eagle Foot, même si JMA garde 9% des parts via sa holding familiale. Précurseur hors du terrain en devenant le premier club français coté en bourse. Puis en étant toujours le premier à se faire construire un stade en fonds propres pour encore franchir une autre dimension. Quelques années plus tard, les dirigeants du PSG veulent aussi devenir propriétaires de leur club. Ces derniers savent que c’est l’une des clés de réussite pour un club de football.
Aulas a aussi été précurseur en termes de résultats, en devenant le premier club français capable de remporter sept titres de champion de France à la suite. À titre de comparaison, le PSG version qatari n’en a gagné que quatre de façon consécutive, entre 2013 et 2016. Le quatre à la suite, ce fut aussi le cas pour l’AS Saint-Étienne entre 1967 et 1970. Alors que l’Olympique de Marseille n’a pu faire mieux que trois entre 1989 et 1991. Avec un modèle économique fort, il a pu garder un niveau d’excellence pendant tant d’années. Donnant le sentiment que son OL était devenu invincible.
Et le football féminin lui doit tant ! En développant très tôt son équipe féminine, il a insufflé un élan énorme au ballon rond féminin en France. Si le Paris Saint-Germain Féminin est à ce niveau, c’est parce que les dirigeants voulaient rivaliser avec l’Olympique Lyonnais. Quinze titres de champion de France et 8 Ligues des Champions pour cette équipe qui, comme les hommes, semblait être imbattable. Jean-Michel Aulas travaille aujourd’hui au développement de la Ligue de Football féminine professionnelle. Il pourrait bien en devenir le président. Plus globalement, la formation lyonnaise est une référence, à l’image du dernier Ballon d’Or, Karim Benzema. C’est aussi ça la patte Aulas.
Karim Benzema rend hommage à Jean-Michel Aulas en story Instagram :
« Jefe🙌🏼 » pic.twitter.com/UR0dmrDzsb
— Instant Foot ⚽️ (@lnstantFoot) May 8, 2023
Un personnage clivant prêt à tout pour son club
S’il est reconnu dans le monde des affaires comme une référence grâce notamment à la création de la CEGID (édition de logiciels de gestion), qui a rendu possible son implication à l’OL, il a aussi été un personnage médiatique clivant. Adulé par les supporters lyonnais, le Jean-Michel Aulas version médias était évidemment détesté des supporters des autres clubs. Toujours prêt à monter en première ligne pour défendre son équipe, il en avait même fait une marque de fabrique. À chaque fois qu’il fallait que la presse oublie les joueurs et le staff après une contre-performance, le président Aulas sortait de sa boîte, une sortie toujours plus décalée, pour que les journalistes n’aient d’yeux que pour lui.
La fin de son mandat est la moins bonne version de JMA, contraint de faire avec des moyens limités, à cause particulièrement de la construction du stade. Il ne faisait plus l’unanimité parmi les supporters lyonnais. Si tous le remercie pour les 30 premières années exceptionnelles, la fin a été un peu ratée, à l’image de cette sortie dans un communiqué insipide alors qu’il méritait un hommage colossal au Groupama Stadium, son stade ! Et quoi de mieux que la fin de match complètement folle entre Lyon et Montpellier (victoire 5-4 de l’OL, pourtant mené 1-4) pour l’honorer ? Une belle occasion manquée de conquérir le public pour John Textor.
Toutes les belles histoires ont une fin, souvent pas à la haute de l’ensemble du scénario d’ailleurs, mais Jean-Michel Aulas peut avoir le sentiment du devoir accompli, même si son grand regret restera de ne jamais avoir conquis cette Ligue des Champions masculine (il y avait penalty sur Nilmar). RESPECT, MONSIEUR LE PRÉSIDENT !


