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Endurance

24 Heures du Mans : Peugeot, quand le Lion a la rage de vaincre

Antoine Ancien

Publié le

24 Heures du Mans Peugeot, quand le Lion a la rage de vaincre
Photo Icon Sport

24 HEURES DU MANS – Alors que la classique mancelle se tient ce week-end et fête cette année son Centenaire, Dicodusport vous fait découvrir chaque jour une marque qui a participé à la légende de l’épreuve sarthoise. On poursuit notre série avec Peugeot. Le constructeur français, trois fois victorieux dans la Sarthe, souhaite renouer avec son glorieux passé. Récit.

Créées en 1923, les 24 Heures du Mans sont plus qu’une simple course d’endurance. Véritable laboratoire technique, l’épreuve née des intentions de Georges Durand, secrétaire général de l’ACO (Automobile Club de l’Ouest) et de Charles Faroux, patron du journal l’Auto, a toujours été pionnière en termes d’innovations. Des innovations qui, après avoir été testées en course, se sont retrouvées sur des voitures de séries destinées à la route, les nôtres.

Naissance du constructeur

Elle est la plus vieille marque automobile au monde. Peugeot est né en 1810, lancé par une famille d’industriels. Au début, l’activité de l’entreprise se concentre sur la production de moulins à café et la fabrication de pièces pour horlogerie. Ce n’est qu’à partir de 1889, sous l’égide d’Armand Peugeot, que des premiers cycles sont produits. En 1896, l’ingénieur français crée la Société Anonyme des automobiles Peugeot. Le premier véhicule sorti des ateliers est un tricycle à vapeur qui ne sera pas commercialisé.

Débuts en compétition et premières participations aux 24H du Mans

La compétition a toujours représenté pour Peugeot une caisse de résonance importante pour prouver la rapidité et la fiabilité de ses autos. La marque au Lion s’est illustrée dans de nombreux championnats, aussi bien en endurance qu’en rallye et rallye-raid, sans oublier la Formule 1 (en tant que motoriste).

L’histoire avec les 24 Heures du Mans débute quant à elle en 1926, lors de la quatrième édition de l’épreuve. Deux Peugeot, des 174S participent au double tour d’horloge mais abandonnent. La #3 de Wagner-Dauvergne après 76 tours sur problème de démarreur et la #2 du duo Boillot-Rigal après 82 tours suite à un montant de pare-brise cassé.

À cette époque-là, André Boillot est l’un des grands représentants de la marque en compétition. Il remporte en 1919 la Targa Florio, une course italienne alors très prestigieuse ainsi que le Grand Prix de l’ACF Tourisme en 1922 et 1925. En 1926, le pilote français ajoute à son palmarès les 24 Heures de Spa.





Peugeot revient dans la Sarthe en 1937. Avec Emile Darl’mat, un carrossier et concessionnaire Peugeot qui personnalise ses propres autos. Les trois Darl’mat DS qu’il engage terminent toutes aux 7ème, 8ème et 10ème rang. L’année suivante, une seule voiture est à l’arrivée. Mais Charles de Cortanze et Marcel Contet finissent 5èmes. Surtout, ils s’adjugent la victoire dans leur classe des plus de 1500 cm3.

La 905, une machine de guerre aux nombreux succès

A l’exception des années 1980, où Peugeot est un « simple » motoriste de l’écurie WM (devenu WR en 1990 pour Welter Racing) et où la WM P88 pilotée par Roger Dorchy pulvérisera le record de vitesse dans la ligne droite des Hunaudières (405 km/h) en 1988, l’année 1991 marque l’engagement officiel de Peugeot en endurance.

Dès 1988, huit ans après l’arrêt de sa carrière de copilote de rallye et sept ans après avoir pris les règnes de la direction sportive de Peugeot, Jean Todt lance le projet 905. Un projet censé ramener le Lion en endurance trois ans plus tard. Objectif affiché : la victoire aux 24 Heures du Mans. Le Championnat du monde des voitures de sport (ancêtre du WEC) attire à la fin des années 1980 de plus en plus de marques. Les courses ont aussi été réduites au format court de 500 km pour susciter l’intérêt médiatique.

Cette période faste pour l’endurance cache pourtant des côtés plus sombres. Les voitures participantes au championnat du monde des voitures de sport sont certes très abouties. Leur moteur est sensiblement proche de celui des F1, ce qui ne pose pas problème pour des courtes courses. Mais pas aux 24 Heures du Mans.

Peugeot en fait l’amère expérience. La 905, développée à partir d’un moteur V10 et d’un châssis léger est conçu en collaboration avec Dassault Aviation. Elle obtient sa première victoire au Japon, à Suzuka. Au Mans, alignées en première ligne au départ les Peugeot réalisent un bon début de course. Mais à 18h30, la #5 avec Jabouille alors aux commandes abandonne. En cause ? Le moteur qui n’a pas résisté. Peu avant 22h, la #6 abandonne également sur boîte de vitesse. Peugeot se rattrapera en fin de saison, en l’emportant à Magny-Cours et à Mexico et termine deuxième du championnat.

1992. Peugeot Talbot Sport prend sa revanche. Cette fois, rien ne semble perturber le Lion qui remporte les 24 Heures du Mans. À bord de leur prototype #1, Warwick-Dalmas-Blundell devancent la Toyota #33 et une autre 905, la #3 de Baldi-Alliot-Jabouille. Le pari de Jean Todt est gagné. En fin d’année, Peugeot est sacré en WSC après avoir remporté 5 des 6 courses de la saison.

Mais le championnat du monde des voitures de sport disparaît en 1993, suite au faible nombre de concurrents. Ne reste plus que Le Mans, une épreuve également menacée (seules 28 autos étaient au départ lors de l’édition 1992). Du côté de la firme sochalienne, rien ne change. C’est une razzia dans la Sarthe les 19 et 20 juin 1993. Les trois 905 Evo 1 signent un retentissant triplé, la victoire revenant cette année-là au trio Bouchut-Hélary-Brabham.

Si Peugeot avait prévu d’aligner en WSC une évolution de sa 905, l’Evolution 2 dite aussi « Supercopter » et adaptée aux courses sprints, elle ne verra le jour que suite à la disparition du championnat. Mais son moteur V10 servira au développement du moteur Peugeot en F1.

Retour triomphant entre 2007 et 2011

À l’occasion des 24h du Mans 2005, Peugeot annonce son retour en terre mancelle pour 2007 et décide alors d’arrêter son programme en WRC couronné de succès (trois titres constructeurs entre 2000 et 2002 et deux titres pilotes en 2000 et 2002 avec Marcus Grönholm). Elle annonce le futur nom de son prototype : la 908 HDI FAP.

Côté hommes forts, on retrouve pour l’édition 2007 des 24h du Mans un line up solide : sur la #7, nous retrouvons Nicolas Minassian, Marc Gene et Jacques Villeneuve. Sur la #8, Pedro Lamy, Stéphane Sarrazin et Sébastien Bourdais. Après s’être élancé en pole position, cette dernière auto terminera la course deuxième derrière l’Audi R10 TDI de Biela-Pirro-Werner. La voiture sœur est contrainte à un abandon à 1h30 de l’arrivée.

À cette occasion, 2007 marque l’utilisation du diesel comme carburant. Il est utilisé par Peugeot et Audi qui se disputent seuls la victoire. 2008. Nouvelle pole position pour la #8, dont Alexander Wurz qui remplace Bourdais. Mais Peugeot s’incline de nouveau face à l’ogre Audi, la #7 et la #9 terminant en deuxième et troisième position.

Tandis que Peugeot se montre véloce et continue d’améliorer ses prototypes, les Audi évoluent toujours avec des autos ouvertes. En 2009, la marque française domine le constructeur allemand, dont l’épreuve du Mans était devenue son jardin ou presque depuis l’an 2000. A ce titre, Peugeot signe un doublé. La #9 de Brabham-Gené-Wurz l’emporte devant la #8 de Montagny-Sarrazin-Bourdais.

Après cette troisième victoire décrochée au Mans, Peugeot entend bien confirmer en 2010. Et tout laisse à croire que les équipes de Peugeot Sport vont de nouveau rafler la mise. Les 908 sont bien plus rapides que les R15 + de leur rival allemand et se placent sur les deux premières lignes. La première des trois Audi ne part que 5ème, très loin de la concurrence. Mais si la course s’annonce bien, le constructeur français essuie un échec cuisant. Ces quatre autos ne rallient pas l’arrivée, abandonnant tous sur problème technique. C’est un triplé pour la firme aux anneaux.

2011. Tout sourit à Peugeot. La toute nouvelle 908 s’impose aux 12 Heures de Sebring, aux 1000 km de Spa, aux 6 Heures d’Imola, aux 6 Heures de Silverstone, à Road Atlanta et aux 6 Heures de Zhuhai. Le titre en Intercontinental Le Mans Cup est largement assuré. Mais, et parce qu’il y a un mais, il n’y a pas de quatrième victoire aux 24 Heures du Mans.

Contrairement aux éditions précédentes, Audi arrive avec une nouvelle auto, la R18 avec désormais une carrosserie fermée. Plus performantes, les autos du Dr Wolfgang Ullrich sont cependant victimes de deux effroyables accidents en course. La lutte après la mi-course ne se résume plus qu’à une chasse entre les 908 et la seule R18 rescapée seule aux avant-postes. Le dimanche 12 juin 2011, la Peugeot 908 #9 conduite par Pagenaud-Lamy-Bourdais échoue à la deuxième place pour… 13 secondes seulement à l’avantage de l’Audi #2. Les quatre Peugeot monopolisent donc les autres places sur le podium. Rageant.

Arrêt du programme LMP1 et retour au Mans en 2023

Tandis qu’une bataille à trois se profile pour 2012 (date de la création du WEC) entre Peugeot, Audi et Toyota qui arrive, il n’en est rien. Dans un communiqué du 18 janvier, l’écurie de Vélizy annonce se retirer avec effet immédiat de l’endurance. Les motifs invoqués sont principalement d’ordre économique. Durant quatre années, les 908 noir et bleu auront remporté 20 des 31 courses auxquelles elles ont participées, dont deux fois l’Intercontinental Le Mans Cup en 2010 et 2011.

Fin 2019, Peugeot décide de revenir en endurance à l’horizon 2022. Dans un premier temps associé à Rebellion, le Lion développera finalement seul son prototype dans la nouvelle catégorie Hypercar. Le 10 juillet 2022, à l’occasion de la quatrième manche du FIA WEC, aux 6 Heures de Monza, la nouvelle 9X8 fait ses débuts en compétition. Avec un concept très surprenant puisque beaucoup d’observateurs s’interrogent quant à l’absence d’aileron arrière.

S’il ne s’agissait que de test en cette deuxième partie de saison 2022 avec aucune prétention de bien figurer au classement, le début de campagne 2023 est pour le moment assez délicat. En progrès à Portimao où l’un de ses deux prototypes a obtenu une 5ème place, Peugeot a vécu une première course cauchemardesque du côté de Sebring en Floride. A Spa, le résultat n’était pas là non plus. Le tracé de la Sarthe devrait être un terrain de jeu plus favorable à Peugeot. Mais cette année, décrocher un podium serait déjà un magnifique exploit. Mais nous en sommes encore très loin.

Des 174S en passant aux 905 puis 908, sans oublier les Darl’mat, l’histoire de Peugeot au Mans est riche. Le Lion espère rapidement renouer avec les lauriers de la victoire, là où chacun de ses modèles en course a laissé une empreinte notable. Plus que jamais, l’écurie française est attendue au tournant à domicile devant ses supporters.

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