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Beach-Volley : Youssef Krou et Arnaud Gauthier-Rat motivés pour Paris 2024

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Beach-Volley Youssef Krou et Arnaud Gauthier-Rat motivés pour Paris 2024
Photo via FF Volley

BEACH-VOLLEY – Alors que le compte à rebours olympique vient de passer le J-365 jours, les qualifications battent leur plein dans toutes les disciplines. En volley de plage, assez méconnu en France, une paire française est en passe de réussir sa mission d’être à Paris en juillet prochain. Rencontre avec Youssef Krou et Arnaud Gauthier-Rat.

C’est en marge du tournoi du Beach Pro Tour de Montréal que nous avons échangé avec Youssef Krou, 34 ans, 1,94 m, né à Agadir (Maroc), et Arnaud Gauthier-Rat, 26 ans, 1,95 m, né à Saint-Maurice dans le Val-de-Marne. Comme un symbole, nous étions à pile à J-366 de Paris 2024. Actuellement 13ème mondiaux et bien placés pour se qualifier directement aux Jeux Olympiques, les Bleus étaient exempts de qualification dans la métropole canadienne. La blessure de Youssef Krou les a malheureusement empêchés de terminer le tournoi mais ils avaient fait le nécessaire pour aller en barrage et marquer de gros points dans leur quête olympique. Rencontre.

On vient rarement au beach-volley par hasard. Pouvez-vous nous raconter votre parcours ?

Arnaud : On a un parcours similaire de passer de la salle à la plage. J’ai commencé à faire de la salle pendant quelques années, je suis passé par le Centre National du Volley-Ball à Montpellier (CNVB) où j’ai joué avec pas mal de joueurs qui ont été champions olympiques à Tokyo. J’ai pu côtoyer Barthélémy Chinenyeze, Jean Patry, Stéphane Boyer ou encore Daryl Bultor. Ce sont des mecs avec qui j’ai joué en indoor et qui m’ont transmis leur expérience et un niveau de jeu très élevé. Cela m’a beaucoup apporté. Et puis, j’ai décidé de passer au beach-volley car c’est un sport qui me ressemble un peu plus. Il est plus individuel, plus autonome avec plus de responsabilités, et d’organisation.

En effet, il ne s’agit pas que du beach-volley. On doit aussi gérer toute une saison : les transports, les tournois, le décalage horaire, la fatigue et surtout une relation de binôme. En plus de cela, il y a aussi le fait d’être face à ses responsabilités et de ses performances. Par exemple, on n’a pas de remplaçant dans le volley sur plage, donc on fait attention pour deux pour permettre à l’équipe de performer. On ne peut pas se cacher et on n’a pas le droit à l’erreur, pas d’échappatoires sur le terrain.

Youssef : Un peu pareil pour moi sauf que j’ai joué des années en professionnel avant de passer au beach. J’ai fait 5 ans en pro à Cannes. Et comme Arnaud, il y a eu une génération de 89 à 96-98 de joueurs qui ont été champions olympiques. Et moi, c’est mon ancien partenaire, Édouard Rowlandson, qui m’a proposé de venir tenter l’aventure dans le sable. C’est avec qui j’avais fait la course à la qualification olympique pour Rio de 2014 à 2016. Et comme à l’époque en salle, ça se passait mi-figue mi-raisin. J’ai dit pourquoi pas et je me suis lancé.

Vous êtes sur le circuit mondial depuis plusieurs années maintenant avec des expériences diverses. Pouvez-vous nous en parler ?

Arnaud : Pour ma part, j’ai pu participer aux Jeux Olympiques de la Jeunesse en 2014 à Nanjing, mais ça ne compte pas. J’étais avec mon partenaire de l’époque, Arnaud Loiseau, mais ça reste une expérience intéressante. Et puis, Youssef et moi, on a aussi fait les Jeux Méditerranéens plusieurs fois mais avec des partenaires différents. Et on espère en rajouter une bientôt, surtout à domicile.





Youssef : J’ai fait une course olympique en 2016 avec Édouard Rowlandson où on était dans les 17. Et on est sorti du classement juste à la fin, donc c’était rageant. Et comme dit Arnaud, je veux aussi vivre les Jeux à la maison.

Vous avez donc eu plusieurs partenaires différents. Comment vous êtes-vous rencontrés ?

Arnaud : Un peu par hasard en fait. En France, le beach-volley est un sport qui n’est pas très connu. Et comme il est peu connu, il n’est pas trop pratiqué et le pool de joueurs n’est pas très gros. On avait chacun fait le tour des différents joueurs qui étaient actifs et on s’est associé un peu comme ça, d’autant qu’il manquait encore une paire à la Fédération (NDLA : Française de Volleyball) pour le cycle de Paris 2024. Donc, on est ensemble depuis bientôt 2 ans. Et cela marche pas trop mal pour le moment.

Vous êtes deux sur le terrain mais vous devez agir comme un. Votre relation a-t-elle bien fonctionné tout de suite ?

Arnaud : On a une manière de travailler assez similaire. On est tous les deux des bosseurs, avec une motivation intrinsèque, c’est-à-dire qu’on n’a pas besoin de quelqu’un pour nous pousser. On est très proactif dans la performance. Cela crée une émulation qui fait qu’on s’est retrouvé assez vite dans la manière de travailler et dans nos entraînements. On n’avait pas toujours eu cette relation avec nos différents partenaires dans le passé et donc ça a matché assez vite entre nous. Et le fait d’avoir rapidement des bons résultats nous a bien aidés également et nous a permis de nous qualifier aux championnats du monde (NDLA : éliminés en 16ème de finale par une paire italienne). À partir de là, on est monté crescendo, avec notamment la victoire à Torquay en Australie, en décembre dernier. Avec ces bons résultats, nous sommes à présent dans l’élite mondiale et on est qualifié dans les tableaux principaux. À nous de nous y maintenir pour aller aux Jeux Olympiques. On a certes mis 6-8 mois pour gagner un gros tournoi mais le plus dur est à venir.

Youssef : Et puis, ce qui fait que ça matche entre nous, au-delà des motivations intrinsèques, on veut progresser quoi qu’il arrive et performer. Ce qui est difficile dans ce sport, comme l’a dit Arnaud, c’est qu’on ne peut pas se cacher. Dans les moments durs, il faut réussir à lâcher un peu de pression et à la donner à son partenaire et vice-versa et on arrive à switcher ces moments au fur et à mesure de notre association. Et c’est pour cela qu’on a perfé jusqu’à maintenant et il faut continuer comme cela.

Le beach-volley n’est pas forcément populaire et suivi en France. Comment se passe votre saison ? Avez-vous le soutien de la Fédération ou devez-vous trouver des partenaires pour ce bel objectif olympique ?

Youssef : On a de la chance que la Fédération prenne en charge tous nos voyages ainsi que ceux de notre coach, Victor Christophe, donc ça, c’est top. Après, il y a des situations qui sont différentes selon les joueurs. Moi, j’ai une petite enveloppe de la Fédération et l’idée est de trouver un club qui puisse nous salarier. J’ai réussi à faire cela avec l’AS Cannes. Je suis salarié là-bas pour la période des qualifications.

Arnaud : Effectivement, la Fédération nous aide bien, mais on cherche aussi des sponsors à côté. On a de la chance d’avoir ce club de Cannes qui nous soutient. Et on a des entreprises qui nous suivent, bien aidées par l’approche des JO. Avec tout cela, on arrive à subvenir à nos besoins. Et oui, il y aura une saveur particulière car ce sont les Jeux à Paris donc c’est encore plus fort. On veut tous les deux y participer, notre objectif depuis notre rencontre.

C’est une bonne nouvelle car cela vous permet d’être sportifs à temps plein.

Arnaud : Oui, en effet, surtout que cela n’avait pas toujours été le cas sur les olympiades précédentes. C’est dommage de se retrouver dans la situation de devoir être en recherche de financements alors qu’on préférerait se concentrer à 100 % sur la recherche de la performance sportive. En tout, sur cette olympiade, avec la perspective des Jeux de Paris, il y a une mise en avant des sports olympiques, notamment le nôtre. Il est très attractif avec les matchs devant la Tour Eiffel et cela, ça a attiré les partenaires.

Et pour l’entraînement, comment cela s’organise-t-il ? Vous êtes seuls avec votre coach ou il y a d’autres paires avec vous ?

Arnaud : La Fédération a réuni tout le monde au centre d’entraînement du CREPS (Centre de Ressources, d’Expertises et de Performances) de Toulouse. Hormis la paire Arthur Canet et Téo Rotar qui est dans une structure privée, toutes les autres équipes masculines (NDLA : Julien Lyneel et Rémi Bassereau ainsi que les frères Quincy et Calvin Aye) ou féminine (Lézana Placette et Alexia Richard) se retrouvent là-bas. Ainsi, on partage les lieux d’entraînements, les coachs, trouver des partenaires pour des sessions ou des matchs. Cela nous arrive même de les croiser dans des tournois. Par exemple, lors de notre victoire à Torquay, on a joué toutes les autres paires françaises à la suite.

Vous êtes pour le moment dans les clous des qualifiés directs pour les Jeux Olympiques à Paris. Et vous êtes les numéros 1 français. Est-ce que cela vous donne encore plus de motivation ?

Arnaud : Être directement qualifiés serait une très bonne chose pour plusieurs raisons. Déjà, on pourra planifier notre préparation olympique sereinement. Et cela permettra surtout à une autre paire de se joindre à la fête au Trocadero. La France n’a jamais eu deux équipes en même temps aux Jeux. Et avec le peu de participants depuis le début, cela serait très fort symboliquement. Entre 1996 et 2004, c’étaient les débuts du beach-volley, donc encore un peu artisanal alors que maintenant, cela s’est professionnalisé. En tout cas, on fait tous les efforts pour y être, c’est certain. Et oui, il y aura une saveur particulière car ce sont les Jeux à Paris donc c’est encore plus fort. On veut tous les deux y participer, notre objectif depuis notre rencontre.

Vous êtes donc 13èmes mondiaux pour le moment. Que vous manque-t-il pour monter dans le top 10 et titiller encore plus les meilleurs duos ?

Arnaud : Aujourd’hui, on arrive à gagner quasiment toutes les paires du monde. Les Norvégiens, on va au tie-break contre eux mais ils perdent très peu donc c’est une belle perf’. Mais au-delà de ça, dans cette Élite 16, n’importe quelle équipe peut battre une autre équipe. Maintenant, si on pouvait stabiliser et systématiser un résultat, de sortir de poules et faire les quarts de finale à chaque fois, ça serait bien. Mais le niveau est tellement homogène que les cartes sont tout le temps rebattues. Par exemple, une paire qui fait 3ème au dernier tournoi se fait sortir en qualification ici.

Et pour arriver dans le Top 10 mondial, il ne faut pas « sous-perfer » et on doit avoir des exigences élevées à chaque tournoi. Et c’est très difficile. La saison, dont la qualification olympique, est un véritable marathon, mais cela fait aussi la beauté de ce sport. Et Paris 2024, cela se mérite. Mais avant Paris, il y a aussi la qualification aux championnats du monde.

On parlait tout à l’heure de votre manque d’expérience à très haut niveau, même si vous avez remporté un gros tournoi. Est-ce que vous échangez avec la Team Yavbou, championne olympique à Tokyo, sur les éléments clés pour performer encore plus ?

Arnaud : Ça nous arrive. Je connais personnellement Barthélémy Chinenyeze, le central de l’équipe de France, et c’est un ami. On a fait deux ans ensemble à Montpellier et on est resté en très bons termes. Donc oui, on échange beaucoup. On a pu parler de son expérience olympique et c’est très intéressant d’avoir l’avis d’un joueur de ce niveau-là.

L’Œil du coach, Victor Christophe

Peu après le forfait du duo à Montréal, leur entraîneur depuis leurs débuts, Victor Christophe, nous a accordé quelques minutes.

La qualification contre la paire chilienne fait du bien au moral non ?

Oui, ils ont fait un gros début de saison. Même si c’était un peu moins bien à Gstaad, où ils ne sortent pas des poules, ils ont réussi à s’imposer, malgré la blessure de Youssef. C’était important de gagner ce match.

Justement, que s’est-il passé ?

Victor : Youssef s’est blessé au début du 2ème set. C’est ce qui a changé la donne tactiquement car il ne pouvait plus sauter, donc on a inversé bloqueur et défenseur. Mais c’est une belle victoire au mental. La blessure n’est pas trop grave mais il faudra un peu de repos. On ne pourra pas jouer le championnat d’Europe la semaine prochaine. La prochaine grosse échéance, c’est Paris fin septembre puis le championnat du monde en octobre. On a donc un peu de temps pour récupérer. Et peu d’inquiétudes pour le Mondial, ils devraient être qualifiés, notamment grâce à leur succès en poules à Montréal. Et le processus olympique suit bien son cours.

Ils sont 13ème mondiaux, bien partis pour aller à Paris l’an prochain. Que leur manque-t-il pour être encore plus réguliers dans le top 10 ?

Je pense qu’il faut une petite amélioration sur les services et sur les phases de transitions pour faire la différence. Mais on doit aussi arriver à tuer les matchs quand on le peut. Augmenter les points forts et capitaliser dessus comme l’intelligence tactico-tactique. En effet, ils s’adaptent bien à l’adversaire. Et puis, c’est une équipe qui s’entend bien et qui est bien huilée. Et là, il faut continuer nos performances en allant plus régulièrement en quarts de finale pour acquérir de l’expérience et de la confiance. Et pourquoi pas briller dans un an ?

Vous nous disiez il y a quelques instants que l’étape de Paris est importante. Permettra-t-elle de se jauger pour l’an prochain, notamment vis-à-vis de la pression du public ?

Comme l’an dernier, ils vont jouer sur le Central de Roland-Garros et ils kiffent l’ambiance, cela les motive encore plus et le public français amène vraiment quelque chose. Il faut profiter du home advantage comme on dit, pour aller chercher quelque chose à la maison.

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