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Athlétisme

Méline Rollin : « Partir sur les bases des minima olympiques »

Etienne Goursaud

Publié le

Méline Rollin : "Partir sur les base des minima olympiques"
Photo Icon Sport

ATHLÉTISME – Interview avec Méline Rollin, qui va s’aligner sur le Marathon d’Amsterdam ce dimanche. Pour ses débuts sur la distance, elle a réalisé 2h30:27 en décembre dernier, lors du Marathon de Valence. La Française de 25 ans arrive aux Pays-Bas avec de la confiance. Elle a battu son record personnel sur semi-marathon à Riga, lors des Mondiaux de course sur route. Avec un chrono de 1h10:35. Elle se confie avant son grand rendez-vous. État d’esprit, objectifs à Amsterdam, Méline Rollin évoque aussi son passage sur la distance mythique.

Méline Rollin : « Le but est de partir sur les bases des minima olympiques »

Tu es dans quel état d’esprit à quelques jours d’Amsterdam ?

Méline Rollin (6ᵉ française de l’histoire sur semi-marathon) : Je suis impatiente. La dernière compétition s’est bien passée et m’a mis en confiance. On verra bien comment cela va se passer. Un marathon n’est pas la même chose qu’un semi. J’ai hâte d’être sur la ligne de départ.

Quel va être l’objectif ?

Je vais partir sur l’allure des minima pour les Jeux Olympiques. Voir ce que cela donne, voir si cela passe ou casse. Et si cela casse, voir ce qui me manque. J’ai vraiment les jambes pour être sous les 2h30. Après, 2h26:50, on verra bien.

À Valence, tu avais eu un schéma de course, on va dire prudent. Tu es tentée de reproduire ce schéma ?

J’étais complètement régulière à Valence, avec mes deux semis courus à la même allure. Je vais prendre plus de risques, en partant sur ce rythme des minima. Le but sera de maintenir l’allure, notamment sur la deuxième partie de la course.

Méline Rollin : « Après l’arrivée de Valence, j’étais sur mon nuage »

Ton 1h10:35 à Riga et ta 18ᵉ place doivent te donner de la confiance.

Je ne m’attendais pas à entrer dans le top 20. Après, je me doutais que je pouvais battre mon record. Mais je n’avais pas préparé cette course à fond. Amsterdam reste mon objectif principal et j’ai levé le pied plus tard, avant mon semi. Il fallait que les jambes soient là à Riga. Battre mon record et faire une bonne place, c’est parfait. Surtout que je finis bien la course, sans être cassée le lendemain. Ce qui est encourageant.

Cela te rassure sur le fait de passer en 1h13 à Amsterdam ?

C’est ça ! Quand je fais 1h11 au mois de mai, c’était déjà bien. Mais retrancher près de 30 secondes à mon record, c’est encore plus rassurant sur le fait de devoir passer plus facilement en 1h13, 1h13:15.





Pour tes débuts sur marathon, tu avais créé une belle surprise.

J’étais sur mon nuage après la course. Dans ma tête, faire 2h32 aurait déjà été très bien. C’était l’inconnu. Il y a ce mur dont tout le monde parle et qui me faisait un peu peur. Mon entraîneur était plus confiant que moi. Il me disait que, au vu de mes entraînements, je pouvais faire 2h31. Je suis partie sur cette allure et je me suis surprise à ne pas avoir de coup de mou. Pour un premier marathon, c’était une belle expérience. Cela m’a donné encore plus envie de continuer.

Méline Rollin : « Depuis trois ou quatre ans, je sais que je veux monter sur du long »

Cet été, tu es revenue sur piste, avec des records sur 1 500 m et 3 000 m. C’était une volonté de progresser sur du court ?

Oui. Mais c’était aussi une façon de changer de la route. J’aime bien faire le cross et de la piste. Je n’ai pas pu aller aux cross cet hiver, à cause d’une petite blessure. J’avais envie de varier les plaisirs. Faire une saison estivale sans prise de tête. Si je bats mes records, c’est bien, sinon, cela me fera quand même travailler d’autres secteurs. J’ai commencé sur le 1500 m, pour aider mon club aux Interclubs. Je bats mon record lors du premier tour. Je sortais d’une intoxication alimentaire. Les séances rapides passaient mieux, mais c’était une surprise tout de même.

Sur 3 000 m, je ne le bats pas énormément. Mais j’étais en solitaire. Cela m’a permis tout de même de travailler. Ensuite, j’ai voulu recourir sur 1 500 m dans de meilleures conditions. Il y en avait un avec de la densité à côté de chez moi. Il y avait peut-être mieux à faire, mais ce n’était pas un objectif de base. C’était vraiment sans me prendre la tête. Ce n’est pas pareil que la préparation d’un marathon, où il y a beaucoup de rigueur

Tu passes sur marathon en étant assez jeune. Une envie que tu as toujours eue ?

Je voulais déjà faire du semi depuis le Covid. J’avais préparé Barcelone, qui est tombé à l’eau, car deux semaines après le confinement. Depuis trois ou quatre ans, je sais que je veux monter sur plus long et je savais que j’allais passer sur marathon. Je ne savais pas encore si cela se ferait en 2022 ou plus tard. Mon premier semi en mars 2022 à Paris, s’est bien passé. On s’est dit pourquoi pas enchaîner avec Valence. Cela me laissait le temps de me préparer et c’était un bon premier test.

Méline Rollin : « Sur marathon, on a le temps de réfléchir à tout et à rien »

Pourquoi ne pas y retourner cette année ?

C’est une question de timing. Je vise les minima. Je cours deux mois plus tôt que Valence. Cela peut me permettre d’en refaire un, avant la fin de la période de qualification. Si j’avais fait Valence, j’aurais dû enchaîner soit en février, soit en avril. Ce qui n’est pas idéal pour Paris. Amsterdam tombait bien, c’était après Riga en plus. Et si cela se passe bien, que la météo est horrible, je peux toujours me rabattre sur Valence.

Le marathon est un long effort, est-ce que tu as le temps de gamberger ?

On a le temps de réfléchir à tout et rien. On pense à l’allure et ses sensations. Je sais que j’essaie de calculer mes temps de passage sur les prochains cinq kilomètres, quelque chose qui m’occupe un peu. On profite quand même de l’ambiance autour de nous, car on n’est jamais seul sur marathon. On peut se perdre dans ses pensées, mais on reste focus sur les sensations et ce qu’il se passe autour de nous.

Des lièvres sont prévus sur la base des minima ?

Je n’ai pas de lièvre personnel. Mais à la veille de la course, on a une présentation des allures auxquelles les différents lièvres vont emmener les coureurs. On peut supposer qu’il y en aura pour les minima. Car ce sont des minima World Athletics. Je vais essayer de me caler sur eux. Mais s’ils sont trop rapides ou trop lents, je sais qu’il y aura des gens autour de moi. À Valence, il n’y en avait pas. Je ne les ai jamais trouvés. Mais j’ai trouvé des personnes qui courraient à mon allure.

Méline Rollin : « Il y a une émulation en France »

Hormis partir trop vite, quels sont les pièges à éviter sur marathon ?

Il faut être bien préparé. On ne peut pas le faire en étant préparé à moitié. Et il faut travailler l’allure. Pendant la course, il faut penser à se ravitailler, prendre des gels. Un semi peut se faire sans gels, cela reste 1h10 d’effort. Sur marathon, il faut s’alimenter, tester cela à l’entraînement et pas être dans l’inconnu le jour de la course et devoir tester des choses en live. Car cela peut mal se passer (rires).

En France, il y a une belle génération qui émerge chez les femmes, cela t’aide à l’entraînement ?

Clairement, cela me motive, car j’ai envie d’être la meilleure. Cela me motive sur cette distance, parce qu’il y a les JO à Paris. Je pense que cela a motivé pas mal de filles à monter sur marathon. J’avais déjà l’objectif du marathon avant de penser aux JO. Mais le fait qu’il y ait les filles, crée une émulation. On est moins seule dans son coin. Comme cela a pu parfois être le cas. À Valence, cela risque d’être des mini-championnats de France (rires). J’ai hâte de voir ce que vont faire les autres. Mélody Julien fait du marathon depuis quelque temps, mais la plupart, hors Mekdes Woldu, n’ont pas couru cette distance.

Méline Rollin : « Le marathon est une épreuve sur laquelle on peut durer dans le temps »

On parle de Paris, mais est-ce que tu as déjà Los Angeles dans la tête ?

C’est sûr. Le marathon est une épreuve sur laquelle on peut durer dans le temps. À Valence, je me fais battre par des femmes bien plus âgées que moi. Je pense être encore plus forte dans quatre ans, mais je veux être prête pour Paris, car des JO en France, cela ne se reproduira pas pour moi. Mais je ne me mets pas trop de pression sur cette qualification. Mais j’aimerais avoir cette première expérience aux JO.

En ce moment, des chronos énormes sont réalisés. Tu n’as pas peur que dans l’esprit du public, on banalise un 2h25 ou 2h30 ?

Pas forcément le grand public, car celui qui court un peu sait qu 2h30, cela reste très fort et réservé à peu de monde. Mais quand je vois un 2h11, cela ne me fait pas forcément rêver et peut-être que, dans le monde de l’athlétisme, faire 2h29 sera banalisé. Mais pour le grand public, je ne pense pas. Sauf ceux qui ne s’y connaissent vraiment pas. Au niveau français, faire 2h30 ne sera jamais banal. Même si des gens peuvent nous dire que cela ne vaut rien et qu’on ne mérite pas d’aller aux JO. Mais chacun juge la performance comme il l’entend. Pour moi, ça ne sera pas banalisé.

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