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Christophe Bernelle : « La peur de gagner, c’est plus la peur de perdre alors qu’on est proche de gagner »

Killian Tanguy

Publié le

Christophe Bernelle « La peur de gagner, c'est plus la peur de perdre alors qu'on est proche de gagner »
Photo Icon Sport

MASTERS 1000 DE PARIS-BERCYRichard Gasquet lundi. Gaël Monfils mardi. Et Ugo Humbert mercredi soir. La semaine passée, les trois Français ont été éliminés du Masters 1000 parisien alors qu’ils étaient proches de remporter leur match. Une défaillance qui n’arrive pas qu’à eux, mais qui est récurrente dans le tennis français. Explications avec Christophe Bernelle, ancien joueur, devenu responsable du pôle « mental » pour les 12-20 ans au sein de la Fédération Française de tennis (FFT) et auteur du livre « Nadal, Federer, Djokovic : 21 matchs pour entrer dans la tête de ces champions et booster votre mental » (Solar).

La semaine passée à Bercy, trois joueurs français ont perdu à quelques points de la victoire. Comment expliquer cette défaillance quand on est si proche de l’objectif ?

Quand on joue au tennis, il y a un perdant et un gagnant, et cela, il faut l’accepter. Le plus important, c’est surtout le niveau de jeu. Donc si le joueur réussit à bien jouer, il n’a rien à se reprocher. Ce qui est plus gênant, c’est quand un joueur rate complètement son match à cause d’une mauvaise préparation psychologique, parce qu’il se met trop de pression, ou pour toute autre raison.

Mais quand on perd après avoir obtenu une ou plusieurs balles de match, peut-on parler d’une peur de gagner ?

Oui, bien sûr. Mais en fait, la peur de gagner, c’est plus la peur de perdre alors qu’on est proche de gagner. Quelque part, tout tennisman se sentirait honteux d’avoir perdu un match en ayant eu des balles de match. Comme s’il était interdit de perdre à partir du moment où on avait des balles. C’est idiot parce que toutes les balles sont indépendantes. Pour s’enlever de la pression, il faut justement se donner le droit de perdre une balle de match. Il faut plutôt se dire que c’est une balle comme une autre. Évidemment, ça demande un travail. Monica Seles (ndlr : n°1 mondial dans les années 1990) était l’exemple type de la personne qui arrivait à jouer chaque balle de la même façon, que ce soit le premier point du match, une balle de match pour elle, ou une balle de match contre elle. Elle ne se posait pas de questions.

Pourquoi cette peur de perdre alors qu’on pouvait gagner est-elle symptomatique du tennis français ?

En tant que Français, on ne se focalise que sur les Français. Évidemment, ça n’arrive pas qu’aux Français. En revanche, en France, notre cerveau est plus endommagé par le classement. On est le seul pays avec autant de classements. Très jeune, le tennisman français va se dire qu’il n’a pas le droit de perdre contre celui qui est moins bien classé. En France, on est un peu trop polarisé sur les classements et le résultat. Plus on est polarisé là-dessus, plus on risque de souffrir de cette peur de perdre en étant aussi près de gagner.

Au contraire, Nadal, Federer et Djokovic parvenaient, et parviennent toujours à le faire pour le Serbe. Comment expliquez-vous cela ?

Djokovic travaille énormément la question. Depuis au moins dix ans, il fait très gros travail sur le fait d’être dans l’instant présent, avec le yoga et la méditation. Sur le court, le tennisman est constamment envahi de pensées, comme le fait que passer au prochain tour va lui permettre de gagner plus d’argent ou d’être sélectionné pour un autre tournoi. Mais il est important qu’elles n’envahissent pas le cerveau. Il faut arriver à les faire partir et à revenir au basique : l’instant présent. Björn Borg disait que la chose la plus importante était le point qui arrivait.

Que faut-il faire pour que le mental soit mieux pris en considération par la Fédération Française de Tennis ?

Le tennis est un sport très difficile, car c’est un sport individuel, avec des voyages incessants. Donc il faut que le joueur ou la joueuse s’épanouisse dans ce milieu-là. En France, ce n’est pas simple. Par exemple, Kristina Mladenovic, qui est quand même une super joueuse, on sent qu’elle ne prend pas suffisamment de plaisir à être sur le circuit avec beaucoup de moments de galère. Caroline Garcia en a aussi bien parlé avec ses problèmes de boulimie. J’ai été le premier médecin-psychiatre à temps plein à la Fédération. Avant, il n’y avait que des prestataires, donc ils ne venaient que quand il y avait besoin. Et malheureusement, ils ont repris des prestataires après moi. Il faut se donner les moyens humains avec des personnes compétentes.





Pierre Cherret (ndlr : un ancien DTN) qui m’avait embauché l’avait compris, car il avait plein d’entraîneurs de tennis et de préparateurs physiques, mais que des prestataires au niveau de la psychologie. Ce n’est pas normal. Tout le monde dit que le psychologique et le mental sont importants, mais derrière, il faut se donner les moyens. Aujourd’hui, le département de la DTN ne s’en donne pas les moyens. Dans son staff, Ugo Humbert a désormais une psychologue et ça a l’air de bien se passer avec elle. Ça a été un point important dans son retour. C’est aujourd’hui indispensable.

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