Pierre-Étienne Demillier : « Ce n’était pas prévu de faire un match nul pour une première rencontre »
FUTSAL – Cette semaine, l’équipe France féminine a disputé ses deux premiers matchs face à la Finlande. Le 7 novembre, elle a accroché un nul 1-1 avant de se faire battre 2-1 le lendemain par cette même équipe finlandaise. Retour sur cette semaine historique avec le sélectionneur Pierre-Etienne Demillier.
Êtes-vous conscient d’écrire les premières lignes de l’histoire de l’équipe de France féminine de futsal ?
J’ai eu la chance de passer par les sélections de jeunes de futsal en tant qu’adjoint et entraîneur principal. J’avais déjà l’impression de participer à l’essor du futsal, mais là, en effet, ça prend une dimension supplémentaire, parce que c’est la sélection féminine, et parce que c’est une pratique un petit peu nouvelle. Les filles n’ont pas forcément ce recul pour dire qu’elles écrivent l’histoire, mais le staff, nous sommes conscients que nous écrivons les bases de l’histoire de la pratique féminine du futsal en France.
Comment s’est passé le rassemblement ?
Il était intense (rires). C’était la deuxième fois que les joueuses se rassemblaient puisqu’elles avaient fait un stage de quelques jours à Clairefontaine en septembre (du 25 au 28). Nous avions essayé de travailler du mieux que possible la première fois, mais elles étaient 30. C’était une sorte de détection. Cette fois-ci, il fallait entrer dans le vif du sujet avec seulement 15 joueuses sélectionnées.
Les Bleues ont tenu tête à la 12ᵉ nation européenne, surtout mardi. Est-ce que vous vous y attendiez ?
Non, ce n’était pas prévu au programme. La Finlande se situe entre la 6ᵉ et la 12ᵉ place européenne. Dans le futsal, il y a six nations européennes majeures et derrière, il y a six autres nations, dont fait partie la Finlande. Nous voudrions bien intégrer ce groupe dès que possible. Nous nous attendions surtout à souffrir. Lors des 12 premières minutes, nous ne sortons pas de notre camp. On doit le faire deux fois ou trois fois, mais c’est extrêmement long. Nous nous y attendions et nous nous y étions préparés. Mais dès que nous avons eu l’opportunité de se rapprocher du but finlandais et à avoir quelques opportunités, nous nous sommes dits que nous étions sur la bonne voie. Mais ce n’était pas prévu de faire un match nul pour un premier match.
Comment avez-vous trouvé l’équipe pendant les deux matchs ?
Les joueuses ont été irréprochables en termes d’engagement, d’intensité, de volonté et d’agressivité positive. Quand tu as ce socle, tu peux déjà bien voyager. Au niveau du jeu, tactiquement et techniquement, il y a beaucoup de travail, mais il y a des aspects qu’elles ont assimilés très vite. Avec le staff, nous avons été super étonnés. Par exemple, le fait d’aller presser haut et fort dans le camp adverse, dans le deuxième match, ça a été super productif et cela nous a permis de récupérer beaucoup de ballons. Et ça, elles l’ont appris en quelques séances seulement, donc nous sommes très contents.

Que faut-il améliorer ?
L’animation offensive. Que faire avec le ballon pour poser le plus de problèmes possibles à l’adversaire. C’est un aspect où nous avons été en difficulté, mais il n’y a rien d’étonnant. Elles ne se connaissaient pas. Construire un groupe prend du temps et ça n’arrive pas par le fruit du hasard. Il y a également les coups de pied arrêtés offensifs et défensifs. Ce sont des positionnements précis, de la chirurgie. Mais elle ne peut pas se faire en trois séances d’entraînement.
À l’issue du premier match, on a vu les joueuses commémorer avec le public. Comment était l’ambiance au sein du groupe ?
Ce nul, nous l’avons vécu comme une victoire. Comme ce n’était pas prévu, ça a été une très bonne nouvelle. À mon sens, quand je les ai vues célébrer comme ça, j’ai vu la pression retomber : un investissement de plusieurs années pour certaines, le stage à Clairefontaine, beaucoup de monde dans les tribunes, les familles qui étaient présentes, deux heures intenses… Puis, après, le sentiment du devoir accompli : tu relâches tout, tu pleures, tu rigoles, tu chantes. Ce que j’ai aimé, c’est que c’étaient des sentiments naturels et frais. Dans les yeux, dans les sourires… je leur ai dit que j’avais l’impression que c’étaient des enfants. Par exemple, sur le but, elles se sautent dans les bras. C’était de l’émotion, c’était top.
Allez-vous essayer de construire un jeu autour de ce groupe de joueuses, où plutôt élargir la sélection et voir un plus grand nombre de joueuses ?
Les deux ! Nous allons nous appuyer sur une ossature parce que nous avons commencé une aventure. Et puis, bien évidemment, nous nous autorisons à faire appel à de nouvelles joueuses, que nous avons vu en septembre, mais aussi des joueuses que nous n’avons pas encore convoquées et qui vont apparaître au fur et à mesure. C’est la richesse. Nous ne pouvons pas vivre en vase clos à quinze. Nous avons besoin de concurrence pour avancer. La porte est ouverte.
Les prochains matchs amicaux auront lieu les 20 et 21 février face à la Slovénie. Il y aura-t-il des rassemblements avant ?
Non, malheureusement. Le budget est défini sur l’année, avec cinq dates. Là, nous venons de faire le deuxième et il y en aura trois autres sur le premier semestre 2024 : février, mars (un tournoi international) et mai (tour préliminaire de qualification à l’Euro féminin futsal 2025). Chacune repart travailler dans son club. Nous à distance. Nous allons essayer de les voir, de les contacter et d’échanger avec elles. Nous aurions bien aimé une petite date intermédiaire, mais ce n’est pas possible et nous ferons avec, il n’y a pas de soucis.
Vous parlez du premier tournoi officiel en mars, mais l’objectif est de créer quelque chose pour les qualifications pour l’Euro.
Exactement. L’objectif, c’est le mois de mai et le tour préliminaire de l’Euro. Nous allons nous retrouver dans une poule de quatre et il faudra essayer de faire du mieux possible pour atteindre le tour élite, le dernier tour avant l’Euro. L’idée est vraiment d’être prêt au mois de mai.


