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Athlétisme

Félix Bour : « Rattraper des gens comme Joshua Cheptegei, c’est incroyable »

Etienne Goursaud

Publié le

Felix Bour - "Tu rattrapes des coureurs comme Joshua Cheptegei, c'est incroyable"
Photo Icon Sport

ATHLÉTISME – Entretien avec Félix Bour, qui a explosé son record personnel en décembre dernier, lors du Marathon de Valence. Le Français a bouclé sa course en 2h06:45, réalisant la 5e performance française de tous les temps. Il revient sur cette course, pour ce qui était seulement son second marathon. Il parle de son objectif des JO, même si, à l’heure actuelle, il n’y est pas encore officiellement sélectionné. Plongez avec Félix Bour, dans l’univers du marathon et de ses spécificités. Le Français confie qu’il peut y avoir des surprises sur l’exigent parcours du marathon des JO.

Félix Bour : « Du 35e au 42e kilomètre, je suis à 2:50 au kilo en moyenne »

Un mois après ton record à Valence, est-ce que tu es redescendu de ton nuage ?

Félix Bour : « Il faut prendre le temps de récupérer. La préparation a été assez longue et cela reste un effort assez violent, en dents de scie. J’ai pris le temps de couper quelques semaines, pour me remettre de mes émotions et physiquement aussi. Pour repartir et refaire toutes les fondations. Le travail de musculation, mais aussi beaucoup de vélo. J’ai couru au cross le week-end dernier, mais je n’avais fait que quelques footings avant. Je voulais le prendre tranquillement

Ton dernier 10 km a été impressionnant à Valence, c’était l’objectif de finir fort ?

C’est mon deuxième marathon et il fallait absolument que je parte sur les bases des minima, si je voulais espérer être pris pour les JO. Je pars avec le groupe calé sur 2h08, sans être sûr de tenir. Je n’avais fait que 2h10:43 sur mon premier marathon, où cela s’était compliqué sur la fin de course. Mais aussi avec une préparation un peu compliquée physiquement. Cette année, c’était l’opposé, aucun pépin physique. Je suis arrivé avec plus de confiance. Mais le marathon reste une distance compliquée à apprivoiser et c’est difficile de dire comment cela va se passer à l’avance. Je voulais rester sur les allures des minima jusqu’au 35e et si cela allait, accélérer par la suite.

Finalement, ce n’est même pas moi qui porte l’accélération. C’est le champion d’Europe allemand Richard Ringer qui part d’un coup comme une balle au 35e. Il fait un kilomètre en 2:50. Tu n’as qu’une fraction de seconde pour prendre ta décision et j’ai suivi. Car une fois parti, tu ne peux pas le rattraper. On se relaie, mais à un moment, il me dit qu’il ne peut plus suivre et me dit de partir. Du 35e au 42e, je fais à peu près 2:50 de moyenne.

Félix Bour : « Rattraper des gens comme Joshua Cheptegei, c’est incroyable »

Le fait de remonter des concurrents, ça doit être une sensation incroyable.

C’est incroyable, tu rattrapes des gens comme Joshua Cheptegei (NDLR : Le recordman du monde du 10 000 m piste), comme Samuel Barata, qui a fait moins de l’heure sur semi-marathon. Des pointures de l’athlétisme. Mentalement, c’est bien mieux que d’être en perdition, car parti trop vite. Mentalement, cela m’a fait du bien. J’ai vraiment voulu finir fort et rattraper un maximum de monde. Et c’est souvent la tactique qui fonctionne le mieux. On voit que tous les records du monde, 5 000 m, 10 000 m même 3 000 m, ont été faits en négative split. Et c’est vrai que c’était un peu la tendance inverse en marathon où on partait plus vite et on avait un peu plus de mal à terminer.

Cela commence à s’inverser. On voit Kelvin Kiptum (NDLR : le recordman du monde du marathon) qui va beaucoup plus vite sur son second semi. C’est peut-être facilité avec l’apport de la chaussure carbone. Mais on retrouve de plus en plus ce genre de schéma de course sur marathon.





C’est une distance que tu as découvert à 28 ans, c’était le moment pour toi d’y aller ?

Je ne voulais pas griller les étapes. Par exemple, je voulais au moins faire 1h01 sur semi, avant de me lancer sur marathon. En 2021, j’avais couru 1h01:30 déjà à Valence, sans préparation optimale pour la course. Je m’étais dit que j’aurais peut-être plus de facilités à passer le cap sur marathon. Mais mon corps a eu du mal à accepter le kilométrage, dans la préparation marathon. Cela a été compliqué. Il fallait juste laisser le temps au corps d’assimiler tranquillement la charge de travail.

Félix Bour : « J’ai découvert la prépa mentale, pendant ma prépa marathon »

Malgré tout, tu fais quand même 2h10:43. Cela reste un bon premier marathon.

Oui, c’était prometteur. J’avais fait le pari de partir sur les minima pour les championnats du monde de Budapest (2h09:40). Cela avait tenu jusqu’au 37-38e kilomètre. Mais au 38e, j’ai eu du mal à rallier l’arrivée. Je perds 50 secondes en quatre kilomètres, je te laisse imaginer (rires). Cela a été compliqué physiquement. Mais tu entends tellement parler du mur du marathon, et tu as tendance à l’attendre. Mais si tu es bien prêt, au contraire, tu peux finir très fort. La preuve. Quand le corps est prêt, il n’y a pas de soucis à affronter les 42 kilomètres.

Est-ce que tu as le temps de penser pendant la course. Et si oui, on pense à quoi ?

Il y a toujours des petits moments où on pense à autre chose. Il y a le public. Valence est une course incroyable sur ça. Tu peux te retrouver dans des grandes avenues, avec des rangées, comme sur le Tour de France, avec du public pendant trois bornes. On profite de tout cela. Ensuite, tu n’as pas trop le temps de penser à autre chose, car tous les cinq kilomètres, il y a le ravitaillement, être bien placé pour pouvoir le prendre. Prendre ses gels. J’étais focalisé là-dessus. Une fois le ravitaillement pris, j’essaie de me relâcher un kilomètre ou deux, avant de repenser à prendre le ravitaillement. Il faut être concentré dans son effort. Je suis également passé par un préparateur mental pour la course. J’ai découvert la préparation mentale pendant cette préparation marathon.

Félix Bour : « Au 27e kilomètre, j’ai senti que cela tirait un peu »

Qu’est-ce qui t’a amené à passer par la prépa mentale ?

Ce que je voulais, c’est avoir les clés pour répondre en cas de gros coup de mou sur la course. Pour que ce moment passe mieux. Je suis conscient que c’est normal de passer par des moments difficiles. Mais être capable d’y répondre, de passer à autre chose. Éviter de rentrer dans une phase négative mentalement. Mon préparateur mental m’a appris à ouvrir certaines choses dans mon cerveau. Et le moment passe beaucoup mieux.

Tu as eu des moments de creux dans ta course ?

Justement, je n’en ai pas eu tellement. Il y a toujours des petits moments où c’est plus difficile. Je me rappelle qu’autour du 27e kilomètre, je sentais que cela commençait à tirer au niveau des jambes, avec des douleurs qui apparaissent. Quand cela arrive, tu te dis que ça peut être dur d’aller au 42e kilomètre. Finalement, ces fenêtres pour penser à autre chose, cela permet de s’évader des ondes négatives et de se reconcentrer sur l’essentiel. Efficacité de ton pied au sol, respiration. Les ravitaillements sont pas mal non plus.

Félix Bour : « Ce serait bien de savoir avant le mois d’avril qui est sélectionné »

Tu as fait les minima, mais la concurrence en France est historiquement rude. Est-ce que tu vas recourir pour tenter de faire mieux ?

Pour l’instant, je suis troisième, je n’ai pas de raisons de recourir. Mais Morhad Amdouni doit recourir à Séville (18 février prochain). J’ai juste à attendre pour voir ce qu’il va faire et prendre une décision derrière. D’un autre côté, au niveau fédéral, il faudra qu’ils prennent une décision. Le marathon des JO est hyper vallonné et cela se prépare de longs mois à l’avance. Ils ne peuvent pas nous dire au mois d’avril : « On prend untel ».

 Marathon vallonné, toi qui as brillé sur les cross, cela peut te convenir ?

J’ai surtout prouvé à Marseille-Cassis, que j’étais capable de briller sur ce type de parcours. Un marathon, c’est encore autre chose, car l’effort est plus long. Il faut bosser encore plus, en termes de musculation, sur ce type d’efforts et de casse musculaire. C’est surtout sur les descentes qu’on va prendre cher. Cela se prépare vraiment en amont, avec un énorme travail à faire là-dessus. C’est aussi pour cela, que j’aimerais savoir avant le mois d’avril, si je suis pris. Même si je sais que la limite est au 30 avril.

Félix Bour : « Les JO sont à domicile et les Français sont motivés à y performer »

Comment expliques-tu cet engouement pour le marathon en France ?

Il y a les JO de Paris, cela explique l’augmentation du niveau des Français, qui veulent briller à la maison. Ils se donnent encore plus les moyens, pour faire des chronos en compétition. Le niveau mondial a évolué en fonction de l’évolution technologique. C’est difficile de comparer nos chronos à ceux de nos prédécesseurs. Je pense à Benoît Z qui a fait 2h06 à l’époque. Aujourd’hui, il aurait couru autour des 2h03-04. C’est une augmentation du niveau de quelques athlètes. On a vu Nicolas Navarro progresser et les autres progresser derrière. C’est un ensemble qui fait que cela a explosé cette année

La prépa marathon est rude. Est-ce que, après une course, il y a une période où on a du mal à repartir au combat, ou tu arrives tout de suite à switcher.

C’est intéressant, car je me suis posé cette question après ma course. Mais aussi après mon premier marathon. Pendant quatre mois, tu t’entraînes pour un seul objectif hyper important. C’est vrai qu’après, aller faire les cross, c’est un peu moins excitant pour nous. Et pourtant, comme tu l’as dit, c’est quelque chose qui a été important dans ma carrière. Mais cela me fait moins envie qu’à une époque. Après on est tous différents. Mais j’ai pris énormément de plaisir ces dernières années sur la route. Même la piste, je commence à moins aimer.

Félix Bour : « Il peut y avoir des surprises sur le parcours de Paris »

Focus sur la route ?

Disons que je vais continuer à faire de la piste, car j’ai des objectifs sur la piste. Si je peux me qualifier aux JO sur 10 000 m, je ne vais pas m’en priver. Mais si j’ai un choix à faire, oui je vais privilégier le marathon.

Si tu te qualifies pour les deux, tu feras les deux ?

Non. Je ferai le marathon si j’ai le choix entre les deux. Si je n’ai pas le choix, j’irai sur 10 000 m bien sûr. Mais je trouve le challenge plus excitant sur marathon. Avec un parcours qui peut éventuellement me permettre de briller. Alors que sur 10000 m, c’est très compliqué de rivaliser avec les Africains. Qui sont un cran au-dessus. Ce parcours hyper vallonné peut vraiment peser dans la balance. Et jouer en notre faveur si on est bien préparé à cela. Contrairement à d’autres pays qui peuvent ne pas prendre cela en compte et se préparer de façon classique.

Tu penses que certains, parmi les cadors, peuvent avoir une mauvaise surprise ?

La première chose, c’est qu’en championnat, il n’y a pas de lièvres. Il va faire très chaud au mois d’août, sur un parcours exigeant. Il va y avoir de grosses surprises. Des abandons. Hassan Chahdi a prouvé qu’en gérant suffisamment bien, sur un marathon de championnat et avec de la chaleur, en gérant bien la partie nutrition, tu peux faire finaliste, même si tu es 50e au bilan. Et c’était un parcours plat Budapest, je vous laisse imaginer ce que cela peut donner sur un parcours vallonné. Puis, après le Kenya et l’Éthiopie, la France est le pays avec le plus de densité sur la distance. Et où c’est le plus difficile d’être dans les trois.

 

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