Anthony Perez : « Gagner en solitaire, c’était un objectif dans ma carrière »
CYCLISME – Entretien avec le coureur cycliste de la Cofidis, Anthony Perez, avant son début de saison, entamé le week-end dernier. À 31 ans, il a réalisé la meilleure saison de sa carrière en 2023, avec une victoire en solitaire sur la Drôme Classic. Il revient sur son programme de début de saison, évoque aussi sa fibre de baroudeur, qui l’anime depuis le début de sa carrière. Mais aussi l’évolution du cyclisme.
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Anthony Perez : « Mon déménagement m’a fait du bien »
Cette participation aux courses espagnoles, c’était pour enchaîner et arriver en forme pour les courses de février ?
Anthony Perez : « Je suis en stage ici, donc autant faire des courses, car c’est toujours ça de pris. Ce sont des courses vallonnées et je pouvais donner un coup de main à Bryan (Coquard).
Tu vas enchaîner par les courses dans le Sud-Est ?
Je vais courir sur le Tour des Alpes-Maritimes, l’enchaînement Ardèche et Drôme, avant d’aller sur Paris-Nice.
Tu sors sans doute de ta meilleure saison en 2023. L’expérience et la caisse accumulée au fil des années te servent ?
C’est un peu un tout. Comme j’ai dit dans différentes interviews, j’ai déménagé dans le Tarn-et-Garonne. J’ai pu bénéficier de routes d’entraînement plus favorables pour que je progresse. Des routes plus favorables qu’à Toulouse pour m’entraîner plus dur.
Ce changement a influé sur ta capacité à briller en course ?
Cela m’a sorti du quotidien et éviter de faire les mêmes sorties assez plates. On se retrouve dans des endroits super vallonnés et donc très durs. Cela m’a permis de progresser et j’ai encore progressé cette année.
À 31 ans, cela te surprend ces progrès ?
Surpris, non. Le jour où tu ne progresses plus, c’est que tu es fini. On peut progresser jusqu’à la fin de sa carrière.
Anthony Perez : « Un excellent souvenir dans le Ventoux »
Tu es un baroudeur-puncheur. Qu’est-ce qui te plaît le plus quand tu es à l’avant de la course ?
C’est cette adrénaline, notamment dans les finals de course. Il y a cette montée en pression et plus, tu es proche de l’arrivée, plus elle est là. C’est toujours plaisant dans le vélo.
Est-ce que cela permet de rompre une certaine monotonie ?
Oui, c’est vrai. C’est vrai que, quand je peux, je pars en échappée matinale, notamment sur des courses comme le Tour de France. Cela fait plaisir d’être à l’avant sur des courses comme cela. Maintenant, il y a des courses où je ne le ferai plus. Dans une course comme l’Étoile de Bessèges, cela m’étonnerait que je sois dans l’échappée matinale. Il y a des moments dans ta carrière pour faire des choses comme cela. Dans ce genre de courses, l’objectif premier est d’aller faire des résultats. En revanche, sur les très grandes courses, le but sera toujours de se montrer à l’avant en échappée. Mais pas sur toutes les courses du calendrier.
Est-ce que tu as un souvenir précis d’une échappée qui t’a marquée ?
Celles sur le Tour de France. Car cela reste vraiment les meilleurs souvenirs à l’avant. Je me souviens de celle dans l’étape du double Ventoux (2021). C’était super, même si je me fais lâcher dans la dernière montée. J’étais échappé avec de grands coureurs. Et c’est toujours appréciable.
Anthony Perez : « Se fixer des objectifs intermédiaires, quand on est seul en tête »
On parle du côté baroudeur, mais l’an passé, tu gagnes la Faun Drôme Classic après un numéro de 40 kilomètres en solitaire. Est-ce que ce genre de victoires a davantage de saveur ?
La joie est plus puissante quand tu gagnes au sprint, car il y a ce côté inattendu. Mais c’est plus savoureux de gagner tout seul. C’était un objectif dans ma carrière. On va dire que j’ai réussi. Je crois que je ne l’avais même pas fait chez les amateurs. Le faire chez les pros, c’est cool.

Ce sentiment de résister à tout le monde doit être incroyable ?
Sur le coup, quand tu pars, tu commences par te fixer des objectifs intermédiaires. Tu te dis : « Allez, tu passes la prochaine bosse, allez, tu fais bien la descente ». Tu ne te dis pas que tu vas faire 40 kilomètres en solitaire. Je me mettais des points de passage. Et plus je me rapprochais de la ligne et plus, je commençais à me dire : « Allez, jusqu’à la ligne ». C’était très dur, car j’avais mal partout.
Et voir que tu maintenais l’écart, cela aide moralement.
C’est ça. Tu te fixes ton objectif à chaque endroit et tu vois si c’est jouable. Il ne faut pas se dire que c’est dans 40 bornes, parce qu’il y a moyen de se décourager. Et le but, c’est de se transcender. C’est ma façon de faire.
Anthony Perez : « Un raid à la Jacky Durand, c’est quasi impossible »
On est dans une période où quelques coureurs peuvent gagner sur plusieurs terrains, est-ce que le baroudeur peut être menacé dans ce cyclisme ?
(Il hésite). Disons qu’on a moins de champ. Mais on a quand même des chances de réussite. Le peloton laisse moins de temps, mais les vélos sont tellement aérodynamiques et poussés, que même un mec qui n’a que deux minutes d’avance, peut résister. Donc oui et non finalement. Le rapport de force n’est pas totalement pour le peloton.
Cofidis l’a prouvé, notamment sur le Tour, avec deux victoires pleine d’audace.
Oui. Cela illustre aussi les avancées technologiques. On a un vélo super rapide (Cofidis est passé chez Look en 2023). On a eu la chance que cela profite sur les grandes courses du calendrier.
Un raid à la Jacky Durand sur le Tour des Flandres 1992, c’est possible aujourd’hui ?
J’aimerais dire que rien n’est impossible, mais pour moi ça l’est. De toute façon, il y a trop d’enjeu aujourd’hui. N’importe quelle course en a un. Même faire ça sur une épreuve de coupe de France, c’est quasiment impossible. Cela peut arriver une fois et encore. Les courses se courent différemment.
Tu commences à avoir pas mal d’expérience. Quel regard portes-tu sur ton sport ?
J’arrive toujours à me régaler avec toutes les évolutions. J’ai réussi à m’adapter. J’aime bien ce côté avec davantage de suivi, mais je laisse aussi parler mon intuition. Mon équipe me laisse faire. Toutes ces avancées technologiques me servent pour mon entraînement. J’ai un entraînement cadré et carré qui me donne une tranquillité d’esprit. Mais, à la fois, sur les courses, je fais davantage parler mon intuition, plutôt que de me focaliser à fond sur le planning et le parcours. Je fonctionne un peu à l’ancienne de ce côté-là.

Anthony Perez : « Tu peux résoudre les problèmes de ta vie à vélo »
Le cyclisme est un des sports où l’entraînement est le plus long. Est-ce que, pendant ces séances, tu arrives à t’évader mentalement, penser à autre chose, regarder les paysages ?
Bien sûr. Parfois, ton cerveau se déconnecte. Tu penses à ta vie, des choses du quotidien. Cela n’empêche pas de bien travailler. Mais sur une sortie endurance de six heures, une fois que tu as pris ton rythme et que tu sais quel parcours tu fais, tu n’as plus grand-chose à penser et c’est là que tu peux t’évader. Et même résoudre des problèmes de la vie, faire des projets. C’est du temps qu’on n’a plus trop avec notre vie moderne. On est beaucoup sur les écrans. Le vélo permet aussi une évasion de ce côté-là.
Il y a des coins dans lesquels tu vas prendre encore plus de plaisir à rouler.
J’avoue qu’en ce moment, en Espagne, c’est cool, car on a des températures plus agréables. Chez moi, en hiver, il fait bien froid. En ce qui concerne mon entraînement perso, j’ai la chance de rouler dans les bastides, des villages fortifiés et médiévaux. C’est magnifique, c’est vraiment un truc de fou. J’ai la chance de pouvoir rouler là-bas. Quand tu roules dans ces coins-là, à Bruniquel, Saint-Antonin-Noble-Val, c’est à couper le souffle. À chaque sortie, tu te dis : « Qu’est-ce que c’est beau ». En plus c’est difficile. Donc, tu allies plaisir et difficulté pour aller en haut.
Tu as participé à cinq Tour de France, c’est la course qui te fait le plus vibrer ?
Le Tour reste ma course favorite. À une époque, je m’étais très attaché à Liège-Bastogne-Liège, mais je ne sais pas pourquoi, la flamme s’est un peu éteinte avec les années. J’avais vécu une très belle première année, mais au fil des années, je ne m’y suis pas retrouvé. J’espère que je referai un bon Liège-Bastogne-Liège cette année. Et retrouver la flamme. Et faire un bon Tour aussi.
Et si tu ne devais te souhaiter qu’une seule chose en 2024 ?
Il y a un truc que je ne peux pas te dire, donc je vais souhaiter une bonne santé à mon fils né il y a deux mois.


