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Rugby à XV

XV de France : La défense des Bleus, une force devenue faiblesse 

Louis Bouchardon

Publié le

XV de France La défense des Bleus, une force devenue faiblesse 
Photo Icon Sport

XV DE FRANCE – Ces dernières saisons, les bons résultats du XV de France ont été obtenus, en partie, grâce à une défense particulièrement efficace. Agressif et discipliné, ce modèle du genre établi par Shaun Edwards, l’entraîneur de la défense, a permis à la France de remporter un Grand Chelem en 2022 et de redevenir ambitieuse. Mais lors de cette édition 2024 du Tournoi, le rideau défensif bleu s’est montré bien plus friable et les copies rendues ont été de moins bonne facture. Alors, comment expliquer ces trous d’air ?

Le conseil de classe, la défense bleue en chiffres

En cette époque de datas et de déchiffrage permanent, commençons tout simplement par analyser les chiffres. S’ils n’expliquent pas tout, ce sont tout de même de précieux indicateurs de performance. Lors du dernier Grand Chelem remporté en 2022, la France n’avait encaissé que 73 points (soit une moyenne de 14,6 points par match). Sur cette dernière édition, on grimpe à 122 points concédés (24,4 points de moyenne). Le constat est assez simple : le XV de France a encaissé 10 points de plus par match. Sous un autre angle, ce sont 14 essais concédés contre 7 lors de l’exercice 2022. On vous laisse faire le calcul.

Pourtant, toujours au regard des chiffres, il est difficile sur ce tournoi de juger les prestations défensives : le XV de France est l’équipe qui a manqué le moins de plaquages (79). Mais aussi celle qui en a réalisé le moins (613 plaquages contre 972 pour l’Italie) avec le deuxième meilleur taux de réussite (88,58%). Vous êtes encore là ? Bon, tâchons d’aller à l’essentiel. 

Pour concéder peu de points, il faut être discipliné, mais encore une fois, la France est en haut de ce classement. Avec 37 petites pénalités concédées, aucune équipe n’a fait moins. Paul Willemse et Jonathan Danty doivent se faire tout petits au moment d’évoquer ce bilan statistique élogieux. Et que dire de la mêlée, tout simplement la meilleure du Tournoi. Alors pourquoi la défense bleue à une cible dans le dos et comment le XV de France a-t-il pu encaisser autant de points ? Voici quelques pistes.

Le rugby moderne, quèsaco ? 

La fameuse dépossession, clairement prônée par Fabien Galthié, qui a fait la force de l’équipe de France ces dernières années, a mué vers un jeu de possession, de passes et d’offensives. Durant le Tournoi 2024, les Français ont moins utilisé le jeu au pied (avant-dernière nation avec 141 coups de pied). Promis maintenant, on arrête avec les chiffres. Car forcément, tenir plus le ballon implique de moins défendre. Ce changement tactique éclaire déjà pas mal les statistiques évoquées en amont. 

Les directives arbitrales favorisent désormais l’attaque et les Bleus se sont adaptés en conséquence. Mais c’est toujours l’équipe qui défend le mieux qui gagne, en l’occurrence, l’Irlande. Et l’aspect défensif, les Français l’ont peut-être un peu trop négligé. « Il y a beaucoup d’essais dans le rugby moderne, mais en défense, c’est probablement notre pire performance depuis que je suis là » analysait Shaun Edwards, le coach de la défense des Bleus après la victoire de ses troupes contre l’Angleterre, dans des propos rapportés par Reuters. Qui d’autre que le patron de la défense, au palmarès long comme le bras et grand acteur de la réussite française des dernières années, pour évoquer le rendement défensif du XV de France. Si Shaun Edwards dit que ce n’est pas bien, c’est que ce n’est pas bien. Déçu, l’Anglais pointe du doigt les carences au milieu du terrain, trop souvent troué par les attaques adverses durant le Tournoi. 





Une défaillance au centre du terrain 

Le rideau défensif bleu a été trop facilement transpercé. Il est difficile d’accuser un joueur plus qu’un autre, mais le centre du terrain a été responsable de nombreux essais. Est-ce la fin de l’ère Danty-Fickou (31 et 29 ans) ? Leur complémentarité n’est pas remise en cause, mais force est de constater que des errements défensifs se répètent de plus en plus. 

Et pourtant, Gaël Fickou a su redresser la barre au moment où il était justement orphelin de son fidèle compère du centre, suspendu. Son remplaçant, Nicolas Depoortère, aussi talentueux soit-il, ne peut pas directement apporter toutes les garanties en 12 au niveau international, à un poste qui convient moins à ses caractéristiques. Si le réservoir de talents français est bien garni au poste de 13 (Depoortere, Costes, Gailleton) c’est plus délicat au poste de premier centre, puisqu’il n’y a aucun profil perforateur comme celui de Danty. Un enjeu majeur à résoudre d’ici à la prochaine Coupe du monde, qui nécessite plusieurs réajustements et peut-être une phase d’adaptation pour le Bordelais Nicolas Depoortère, que Fabien Galthié a choisi de lancer dans le grand bain à ce poste. À moins que Fickou glisse au premier centre.

Enfin, on peut aussi mettre en avant une zone faible, la zone du 10, souvent prise pour cible. Il manque au XV de France un ouvreur capable de ne pas reculer sur chaque impact. Et on en connaît tous un qui revient doucement…

Un manque d’agressivité

On a pu constater une baisse de régime au niveau de l’agressivité et de l’unité du bloc défensif. Trop peu de rush défense avec des extérieurs étouffés par une montée rapide et pas assez de caramels distribués. Les absences notables de Anthony Jelonch et Antoine Dupont, maîtres en la matière, n’ont certes pas aidé. Charles Ollivon et Grégory Alldritt n’ont eux pas eu le même rendement exceptionnel que d’habitude, défensivement parlant. Sans doute parce que François Cros n’a laissé aucune miette à ses acolytes de la 3e ligne. 

Mais le constat général reste que la France a été moins efficace qu’à l’accoutumée sur le jeu au sol, avec très peu, trop peu, de ballons grattés. La circulation défensive n’est pas bonne et les bords des rucks sont trop laissés libres. La faute sans doute à une densité physique très importante. Si le fort tonnage du paquet d’avants français se montre très influent offensivement, il montre aussi ses limites sur certaine situation défensive. Les Anglais avaient ciblé cette donnée et souhaitaient faire courir au maximum notre équipe, plus lourde, afin de nous déborder. 

Alors faut-il délester du poids pour être plus endurant ? Non. La force des Bleus, c’est cette puissance, que l’on retrouve également sur le banc des finisseurs, tout aussi épais que les premiers couteaux. Mais il faudra à l’avenir adapter le jeu et surtout retrouver cette agressivité, dans le bon sens du terme. Comme le dit Shaun Edwards, « on va se remettre au travail ». Le chantier reprend, mais avec le sourire, car malgré toutes ces erreurs, les Bleus finissent deuxièmes.

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