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Rugby à XV

Nicolas Martins : « Cela va être à moi de prouver »

Etienne Goursaud

Publié le

Nicolas Martins La coupe du monde va rester marquée à vie en moi
Photo Icon Sport

RUGBY À XV – Entretien avec le 3e ligne international portugais Nicolas Martins, qui évolue au club de Soyaux-Angoulême en Pro D2. Le joueur, qui devrait découvrir l’élite du rugby français la saison prochaine, se confie sur la saison en cours avec le club charentais, 14e et qui lutte pour son maintien en Pro D2. Il revient également sur la campagne exceptionnelle du Portugal, lors de la dernière Coupe du monde, avec un match nul contre la Géorgie (18-18) et une victoire historique contre les Fidji (24-23).

Nicolas Martins : « Tous les points vont être importants »

Sauf catastrophe, tu devrais découvrir le Top 14 l’an prochain, est-ce qu’il y a un peu d’excitation ?

Nicolas Martins (3e ligne du SA XV Charente Rugby) : Totalement. C’est mon rêve depuis que je suis petit. J’ai déjà réussi à être professionnel et je ne m’attendais pas à être aussi vite en Pro D2. Cela va être à moi de prouver. Car c’est bien beau d’y être, mais il va falloir jouer. Sinon, quel intérêt.

En attendant, il y a ce maintien à aller chercher avec Soyaux-Angoulême, un combat à tous les matchs.

C’est ça et on l’a vu la semaine dernière. On fait nul contre Vannes (22-22) et on n’était pas loin de gagner. Tous les points vont être importants. On a les cartes en main comptablement. Si on assure à domicile et qu’on fait un coup… Il faut qu’on joue toutes nos cartes. La situation ressemble à l’année dernière (le SA XV s’était maintenu à la dernière journée contre Oyonnax). Mais on a moins de pression que l’année dernière. Il y a l’acces-game entre la Nationale et le 15e de Pro D2. Cela reste une saison compliquée, mais il faut se donner à fond. C’est à nous de le faire.

De ton côté, tes performances individuelles sont saluées par les observateurs. Est-ce qu’il n’y a pas de frustration que ça ne bascule pas davantage collectivement ?

Il faut savoir où l’on se situe. On est 13èles. Une équipe comme Grenoble (le SA XV s’est incliné avec le bonus défensif là-bas) devrait être dans le top 6 depuis un moment, sans les points en moins. On joue Vannes, qui a été longtemps premier. On reste malgré tout une petite équipe. Mais cela prouve qu’on a des choses à faire valoir. On n’est pas loin de basculer sur des grosses équipes. La pièce ne tombe pas forcément de notre côté.

Contre Grenoble, on a les cartes en main, on n’est pas loin d’y arriver. On a la dernière balle, on se fait enterrer un maul. Pareil contre Vannes, on a la dernière balle, on fait une faute de main. C’est dommage. Mais on sent que, par rapport au début de saison, la pièce n’est pas loin de tomber du bon côté. On a fait des progrès en attaque et collectivement, on se sent bien. Si ce n’est pas cette année, l’année prochaine, si l’équipe continue sur sa lancée, elle sera encore meilleure.

Nicolas Martins : « La Coupe du monde va rester marquée à vie en moi »

C’est vrai qu’on a le sentiment que vous vous êtes rapprochés, par rapport à la saison passée.

Le socle de cette équipe est basé sur la défense. On s’engage à fond là-dessus. Peut-être que l’année dernière, on jouait beaucoup plus. Là, on travaille différemment. On ne peut pas changer de staff, changer de joueurs, car il y a eu pas mal de turnovers et d’un coup, être hyper bons. On vient d’assimiler le projet et petit à petit, on est en train de basculer sur quelque chose de cool.





On voulait revenir sur ta Coupe du monde. Est-ce que, six mois après, les souvenirs sont encore forts ?

Clairement. Et le match contre Vannes, m’y a totalement fait penser. On était avec Inaki (Ayarza, ailier chilien, arrière du SA XV) et le beau temps, le public, le gros match, cela nous a fait penser à la coupe du monde. Cela a fait remonter des souvenirs. Mais c’est quelque chose qui va rester marqué à vie en moi.

Cette Coupe du monde t’a changé en tant que personne ?

Je pense que ça m’a changé en tant que joueur. Cela m’a fait prendre conscience de l’écart qu’il y avait entre des mecs qui sont au haut-niveau depuis des années et moi qui essaie d’arriver à leur niveau. On voit que j’ai du chemin à faire et que je continue à travailler dur. Clairement, c’est une source d’inspiration. N’importe quel joueur ayant joué cette Coupe du monde, pour eux c’était un rêve de la jouer, et cela a été une source d’ambition et des ressources en plus pour progresser.

Nicolas Martins : « On jouait sans complexes »

Tu parles d’écart, mais d’un autre côté, tous les matchs du Portugal ont été des matchs accrochés. T’attendais-tu à ce que ta sélection soit autant dans le jeu dans cette poule ?

Pour être honnête, on voulait être performants, mais on ne savait pas à quel point. J’ai été étonné, plusieurs joueurs ont été étonnés. Les coachs étaient à fond sur nous, pour nous pousser. C’est ce qui a marché. On ne savait pas si on allait gagner un match, mais on voulait faire bonne figure et cela nous a souri, avec cette victoire contre les Fidji. On jouait sans complexes et c’est ce qui nous a réussi. J’ai entendu dire qu’on était une des équipes les plus plaisantes à voir jouer. Il y a des mecs qui me disaient qui ne regardaient que les matchs du Portugal, car c’était intéressant, avec du jeu total. Cela fait plaisir à entendre.

On a parlé du sportif, mais le Portugal a gagné le cœur d’un peu tout le monde dans cette Coupe du monde.

Je crois que c’est l’entraîneur gallois (le sélectionneur, Warren Gatland, NDLR) qui disait qu’on était les Fidji européens. C’est valorisant, cela prouve que notre jeu plaît et est respecté. Les Fidji sont une équipe un peu chouchou du public. Une équipe qui joue, qui a un rugby plaisant et décomplexé. De lire et entendre tout ce soutien, cela est très valorisant et cela fait très plaisir.

Quel a été le moteur de cette équipe, pour atteindre un tel niveau ?

Le jeu est l’essence du rugby portugais. Dans le championnat portugais, tout est basé sur le jeu et la conquête est un peu plus anecdotique. Mais les clubs sont en train de comprendre que c’est un élément important du rugby. Nos trois-quarts évoluent pour la plupart au Portugal. Et ils adorent jouer au ballon. Quand on s’entraîne, c’est toujours un ballon à la main, ils tentent des trucs. Cela reste un jeu et on adore ce jeu. Patrice Lagisquet a été un coach penché sur le jeu et sa philosophie et les qualités de notre équipe ont parfaitement matché.

Nicolas Martins : « Il ne faut pas se mettre de limites »

Et être entrainé par une légende du rugby, c’est quelque chose de spécial ?

Je n’ai pas connu son époque de joueur. Et je me suis mis au rugby assez tard. Mais tu sens qu’il avait une expertise. C’est vraiment un génie dans tout ce qui est combinaisons. On analysait les équipes pendant une heure. Chaque mouvement était fait parce qu’il disait que tel joueur défendait de telle façon et que si on faisait cela, il y avait danger. C’est pour ça que, sur des actions en première main, on n’était pas loin de breaker. C’est l’essence même de Patrice. Cela ne peut que nous rendre meilleur.

Tu dis que tu as commencé tard, qu’est-ce qui t’a amené vers ce sport ?

J’ai fait du foot, du basket et du judo, avant de me lancer dans le rugby. Je me suis retrouvé sans sport, car je venais de déménager. Mon cousin était à Colomiers et c’est lui qui m’a mis à ce sport. Au début, j’en faisais sans vraiment de prétention. C’était par plaisir. Petit à petit, j’ai basculé vers quelque chose de plus compétitif, avec plus d’ambition, plus d’intérêt. Puis, tu te dis que c’est ça que tu as envie de faire, plus qu’autre chose. J’ai travaillé avant d’être rugbyman pro. Le fait d’avoir commencé « tard » à 8 ans, contrairement à des mecs qui ont commencé à 5 ans, je suis arrivé, des gamins savaient faire une passe. Moi, j’ai commencé, j’allais tout droit (rires). Petit à petit, j’ai appréhendé le sport d’une autre manière et c’est ça qui fait que j’en suis là actuellement.

Est-ce que tu te fixes des limites et est-ce que le Portugal se fixe des limites ?

Il ne faut pas se mettre des limites. Si tu t’en mets, c’est que tu n’as rien compris. Le but est de se mesurer aux plus grands et d’atteindre le plus haut niveau possible. C’est pour cela que cet automne, on va jouer l’Écosse à Murrayfield. Cet été, on va en Afrique du Sud, pour jouer la Namibie, une équipe que l’on ne joue jamais. Qui est proche de nous au classement World Rugby. Mais aussi l’Afrique du Sud. C’est quelque chose de nouveau, l’Afrique du Sud.

Cela prouve qu’on ne se fixe pas de limites et se mesurer aux plus grands, car l’Afrique du Sud est la plus grande équipe actuellement. Sur le plan personnel, se mettre des limites, c’est se réduire à se cantonner à des cases, de se dire : « on fait ça, je suis comme cela ». Il faut ouvrir son champ de vision, pour créer des opportunités.

Nicolas Martins : « Cela fait plaisir que des équipes s’intéressent à nous »

On a l’impression que vous avez mis le Portugal sur la carte du rugby mondial.

Les performances nous ont permis cette reconnaissance qui, peut-être que si on ne s’était pas qualifiés, on n’aurait pas eue. Ce qui est sûr même. Cela fait plaisir de voir que des équipes s’intéressent à nous et veulent se mesurer à nous. C’est du gagnant-gagnant, car ce sont des équipes qui n’ont pas l’habitude de rencontrer des équipes comme nous. Certes, on est moins physiques. Et pour nous, ce sont des équipes tout en haut, qui vont certainement nous dominer physiquement. Ce sera à nous de trouver des ressources pour être performants et de répondre au combat proposé.

Au-delà de l’aspect sportif, on a l’impression que l’équipe s’est trouvée une âme.

Oui, on l’a vu. Il n’y a pas si longtemps que cela, on n’était pas télévisés, on n’avait pas autant de public. Je suis revenu directement au club, mais quand les mecs sont rentrés au Portugal, ils sont arrivés à l’aéroport, il y a eu une ferveur. Tout le monde attendait à l’aéroport. C’était comme si on avait gagné la Coupe du monde. Derrière, il y a eu un match de foot du Portugal. La sélection rugby a pu faire le tour du stade, l’équipe a été présentée et notre capitaine a rencontré Cristiano Ronaldo, qui est la légende portugaise.

Il y a de la reconnaissance, on passe à la télé, c’est cool. Pendant le Rugby Europe Championship, des personnes se sont déplacées en Belgique. On a reçu la Pologne, il y avait beaucoup de monde. On est allé en Roumanie, avec du monde. Peut-être que ce n’était pas comme cela avant. Il faut continuer à cultiver cette ferveur. Cela passe par des victoires et continuer à proposer un jeu plaisant. Ce qu’a fait la Belgique contre nous (défaite 10-6 du Portugal), cela a un peu remis les pendules à l’heure. On s’est peut-être vu un peu trop beaux, car on sortait d’une belle Coupe du monde. Mais on est dans une année de transition, avec de nouveaux joueurs, des jeunes. On a perdu du beau monde.

Il faut reconstruire, on a réussi à redresser la barre, terminer 2e face à la Géorgie qui nous a surclassés en finale (36-10). Mais on sent que si on continue à travailler dur, on se rapproche de ce niveau-là. On émerge depuis quelques années, la Géorgie, c’est constant depuis des années. Si on veut faire comme eux à l’avenir, cela passe par du travail, faire émerger des jeunes joueurs. On commence à avoir des joueurs dans le championnat de France, l’élite du rugby. Si tu formes des joueurs qui jouent au plus haut-niveau, petit à petit, le niveau de la sélection va augmenter.

Nicolas Martins : « Il faudra travailler dur pour se faire sa place »

Quand on te voit jouer, on a l’impression d’un joueur sans complexes. Même quand ton équipe est dans le dur, tu es capable de la faire avancer dans le jeu. Ou est-ce que tu puises cette force ?

C’est une bonne question (rires). Tu as dit que je jouais sans complexes. Je sais que je suis 3e ligne et je ne vais pas m’amuser à jouer au pied… Bon si je l’ai fait (rires). Mais si tu te mets la pression, tu vas te cantonner à faire certaines choses. À chaque fois que je me suis mis la pression, je déjouais. Je préfère ne pas me poser de questions et de faire mon job du mieux que je peux et on voit ce que cela donne. Jusqu’à présent, cela me réussit.

Tu as 25 ans, c’est aussi un bon âge pour, si cela se passe bien, découvrir l’élite ?

Je ne pense pas qu’il y ait d’âge. On le voit, certains arrivent plus tôt et d’autres plus tard. Je suis très content d’en être là aujourd’hui. Et je ne crois pas qu’il soit bon de parler d’âge. Chaque chose arrive en son temps. Et si mon temps est arrivé à 25 ans, tant mieux.

Tu as mis le doigt sur le risque de moins jouer. Si c’est le cas, comment tu peux gérer cette situation ?

Il faudra travailler dur, pour faire sa place à ce niveau-là. On ne me déroule pas le tapis rouge, ce serait fou de penser que Nicolas Martins, qui arrive de Pro D2, va jouer tous les matchs et va être le meilleur. Cela va être beaucoup de travail, beaucoup de remise en question. On verra. Si cela passe, tant mieux, si cela casse, il faudra travailler encore plus dur.

 

 

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