Rétro Vélo #2 : Tour de France 2001 à Pontarlier, le peloton hors délais
Ce 15 juillet 2001, sur une étape promise à un sprint massif entre Colmar et Pontarlier, la réalité va dépasser la fiction avec la constitution d’une échappée fleuve. Sous le déluge, Erik Dekker (Rabobank) remporte une bataille de forçats de la route digne d’un autre temps.
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Au départ de Colmar ce dimanche matin, on peut apercevoir un Jens Voigt (Crédit Agricole) tout sourire. Second de l’étape remportée la veille par Laurent Jalabert (CSC Tiscali), il vient d’endosser le maillot jaune et possède une marge confortable de 2:34 sur le Tarnais au Classement Général. L’Allemand s’attend à passer une journée tranquille sur une étape promise aux grosses cuisses, en dépit de sa longueur (223 km).
Des guerriers surgissent sous les trombes d’eau
Dans la préfecture du Haut-Rhin, sur les coups de 10 heures, une pluie battante et une température à sortir les manteaux d’hiver. Pour preuve, la grande majorité des coureurs dévoilent leggings et manches longues. La route risque bien d’être plus longue que prévu. Dès les premiers kilomètres, quelques courageux montrent l’envie d’en découdre. On retrouve les éternels baroudeurs du début des années 2000. Les Eric Dekker, Marc Wauters, le regretté Ludo Dierckxsens, mais aussi Jacky Durand ou encore Bram de Groot sont tous de la partie. Ils ignorent alors qu’ils viennent d’intégrer une échappée devenue mythique dans la mémoire collective.
Et dire que, sans la crevaison d’Alexandre Vinokourov, qui avait aussi montré des velléités offensives, on aurait sans doute assisté à un tout autre scénario, personne ne voulant laisser filer le coureur kazakh jugé trop dangereux.
Pontarlier receives Le Tour today after a trek across the scenic Jura and Doubs region of France; Eric Dekker won here in 2001 and Stuart O’Grady became race-leader that same day… pic.twitter.com/sNDlWBKFar
— Graham Watson (@grahamwatson10) July 26, 2025
« Le Coup de Pontarlier » : 14 coureurs et… 36 minutes !
A l’avant, les hommes rugueux voient leurs efforts rapidement récompensés. L’écart avec le peloton prend des proportions d’une autre dimension : 11 minutes après 60 km, puis 15 après 70 km jusqu’à atteindre 32 minutes au sommet de la Côte de Sainte-Hippolyte au kilomètre 156. Le peloton transi de froid se révèle apathique et laisse une marge inouïe aux hommes de tête. Le Crédit Agricole du maillot jaune Voigt règle un petit tempo, alors que Stuart O’Grady, membre de la formation de Roger Legeay, est présent à l’avant et va s’emparer de la tunique de leader.
À l’arrivée à Pontarlier, les Rabobank se jouent de leurs camarades d’échappée et Erik Dekker remporte une étape de légende, sa quatrième sur le Tour de France. Le Néerlandais, dur au mal, inscrit son nom pour l’éternité dans le panthéon du cyclisme grâce à ce succès de prestige. Aitor Gonzalez (Kelme Costa Blanca) et Servais Knaven (Domo Farn Frites) complètent le podium, juste devant l’équipier de Dekker, Marc Wauters.
Le bon coup de François Simon et Andrei Kivilev
Outre ses gros rouleurs, l’échappée de Pontarlier a pu compter sur de véritables locomotives qui poursuivaient divers objectifs. Ainsi, Stuart O’Grady a largement contribué à sa réussite dans l’optique du maillot jaune. Et la présence de François Simon, qui voyait là une occasion en or de le porter plus tard, et du regretté Andrei Kivilev, coureur réputé de courses par étapes, ont permis un investissement sans arrière-pensée. On roule, on donne tout et on compte après.
La combinaison de tous ces enjeux et du mauvais temps a fait de l’étape de Pontarlier un cas unique. Le peloton, pointé à 36 minutes à l’arrivée, est hors délai et repêché dans son intégralité, ce qui déplaira à certains suiveurs dans la mesure où un membre de ce peloton gagnera probablement le Tour de France. Quant à Kivilev et Simon, ils finiront respectivement 4 et 6 à Paris, et ce dernier aura porté le maillot jaune pendant trois jours.
Ce jour-là, les courageux qui ont bravé le froid, dompté la pluie et donné jusqu’à leur dernier souffle, ont bien été récompensés. La valeur d’une épopée ne se mesure pas toujours au nom du vainqueur et les 14 héros du jour sont non seulement sortis grandis de cette aventure, mais aussi quelque part tous un peu vainqueurs.



