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Athlétisme

Sarah Madeleine : « Le maillot de l’équipe de France est un rêve »

Etienne Goursaud

Publié le

Sarah Madeleine : "Le maillot de l'équipe de France est un rêve"
Photo Icon Sport

ATHLÉTISME – Entretien avec Sarah Madeleine, une des Françaises qui a connu une très belle progression cet hiver. Pour sa première expérience sur 10 km, elle a réalisé 31:51, devenant la meilleure débutante française de l’histoire. Elle a également battu son record sur 3000 m en salle, avec 8:53.51. Et surtout, elle a décroché un titre européen avec le relais mixte du cross. Elle revient sur ces performances et se fixe des objectifs pour la saison estivale. Elle se projette sur 5000 m, qu’elle va réellement découvrir cette année. Avec pour ambition d’aller aux championnats d’Europe à Rome. Mais aussi avec les Jeux Olympiques dans un coin de sa tête. Sarah Madeleine a de grandes ambitions. Et fera sa rentrée ce samedi au meeting de Lyon.

Sarah Madeleine : « J’ai senti que j’avais passé un cap sur le long »

Tu sors d’un hiver plus que solide, avec un record sur 10 km et sur 3000 m, tu t’attendais à un tel niveau de performance ?

Sarah Madeleine : « Honnêtement, je n’avais pas de grosses ambitions cet hiver. Je savais que j’avais passé un cap. Mon choix de tenter la qualif aux Europe de cross, s’est faite au dernier moment. Ma saison 2023 s’est terminée très tard, suite à une blessure. J’ai terminé en septembre, avec mon record au 1500 m. J’aurais pu continuer, mais c’était plus mentalement que j’ai senti qu’il fallait faire une pause. C’était long. On a stoppé tard et j’ai repris tard. C’est en stage à Font-Romeu, fin octobre, que je me suis rendu compte que j’étais plutôt bien. Et pourquoi pas faire le cross de sélection (NDLR, d’abord sur cross long), mais sans ambitions marquées. J’ambitionnais de faire un top 5, car l’an passé, je m’étais qualifiée. Je savais que ma préparation n’était pas optimale.

Finalement, je gagne, je me sens super bien. Et on décide d’enchaîner avec le relais. Cela se passe bien, je gagne aussi les sélections. Il a fallu faire un choix. Au vu de la préparation et de ce que j’avais envie de faire, il y avait plus de choses à faire et plus de plaisir avec le relais. Le cross long, dans la boue, ce n’était pas mon truc. Puis, on passe de sept kilomètres aux sélections à neuf, lors du championnat d’Europe. Je me suis focus sur le relais.

Mais j’ai senti que j’avais passé un cap sur le long. Et j’avais envie de retranscrire cela d’une façon chronométrique. Je voulais que cela parle. Car en cross, le chrono ne compte pas, c’est la confrontation avec d’autres athlètes. On s’est dit : « Pourquoi pas préparer un 10 kilomètres« . J’ai fait une préparation de trois semaines sur cette distance que je n’avais jamais faite auparavant. Sans réelles ambitions, si ce n’est que je savais que je pouvais faire 32:30, au vu de ce que je faisais à l’entrainement. Mais, avec mon coach, on ne s’interdisait rien. On savait que j’avais passé un cap, mais je pouvais faire 32, comme 32:30, comme 33 minutes.

Sarah Madeleine : « C’est mon corps qui m’a poussé à faire du 3000 et du 5000 m »

Et finalement, moins de 32 minutes…

Et finalement encore mieux que prévu (rires). Je n’avais pas d’allure fixée. C’était à la sensation, car je sais courir à la sensation. Le coach m’avait dit : « Je ne te donne pas d’allure, tu vas partir, comme si tu faisais un effort de 30 minutes. Il faut que ce soit une allure que tu peux tenir trente minutes« . Je suis partie là-dessus. Et cela a donné ce que cela a donné. Ce qui est cool. Après cette course, on est parti en stage avec la fédération, à Monte Gordo (Portugal). On a fait deux semaines là-bas. Et je me blesse un peu. Avec une lésion au solaire (un muscle du mollet). Je l’ai su à mon retour, avec une IRM. C’était plus important que ce que l’on pensait.

C’est pour cela que mon hiver est super court, avec une seule course. Je voulais faire du 1500 m de base. Finalement, c’est mon corps qui m’a poussé à faire du 3000 m. Et qui fait que je vais me retrouver demain (aujourd’hui) sur 5000 m à Lyon.





Tu cours ton 10 km aux sensations, mais tu dois te rendre compte que tu es en avance à mi-course et encore bien. Cela as-tu donné des ailes ?

C’est vrai que je n’en ai jamais parlé. Mais, quand je passe à la mi-course, je vois 15:55 et je me dis : « Attends, il y a moins de 32 minutes ». Et je sens que je suis super bien. Après, on m’a prévenu que cela pouvait commencer à être difficile à partir du 6 ou 7e kilomètre. Avec un petit mur. Donc, je ne me suis pas trop emballée, mais en me disant que si je restais sur cette allure, ça va être incroyable. Et que, dans tous les cas, au pire, les 32:30, je les fais. Cela pousse mentalement, car tu sais que tu fais un super truc. Et tu t’autorises à avoir mal. Car la performance sera au bout. Cela m’a vraiment boosté.

Sarah Madeleine : « L’option JO sur 5000 m est une porte de plus en plus ouverte »

Ah ! Changement de programme alors.

Il faut savoir que cet hiver, je n’avais pas trop le droit de mettre les pointes, de faire de la vitesse. On a dû tout restreindre. Je n’ai gardé les pointes que sur le 3000 m cet hiver. Cela s’est super bien passé. Mais il a fallu faire un choix pour cet été. L’option Jeux Olympiques sur 5000 m est une porte de plus en plus ouverte et il faut la saisir. C’est pour cela qu’on a orienté, dès mars, toute la préparation pour le 5000 m.

C’est vrai que tu es devenue performante à la fois sur 1500 m, 3000 m et 10 km, cela ouvre forcément des portes au moment de faire ton programme de saison.

Tout à fait. On voyait les chronos et il y a eu de grosses choses qui se sont faites. Sur 3000 m, c’est très fort, sur 10 km, c’est très fort. Donc il n’y a aucune raison que cela ne tourne pas sur 5000 m. Autant saisir sa chance.

Le 1500 m reste dans un coin de ta tête ?

J’adore le 1500 m, mais c’est dans un coin de ma tête oui et non. J’en ferai si tout se passe bien. Pour aller aux JO, je pense passer par le ranking, je n’ambitionne pas de faire 14:52 cette année (les minima olympiques). Il me faut trois courses pour le ranking. J’ai le 3000 m et il me faut deux 5000 m. Il faut valider deux 5000 m avant le 30 juin. J’ai le meeting de Lyon demain, on va voir comment cela va se passer. Selon ce que je fais, je n’aurai pas trop d’opportunités de faire d’autres courses que cela. Il faudra récupérer entre les 5000 m. Si je fais le job dès demain, j’enchaînerai avec des 1500 m, avant de préparer les Europe. Sinon, je devrais faire des choix.

Sarah Madeleine : « Le ranking a vraiment orienté mes choix »

L’effort du 5000 m est différent du 1500 m en plus.

Je m’en suis bien rendu compte, lors de ma première séance spécialisée. Honnêtement, elle est très solide, sans que je termine aussi mal que cela. Et pourtant, cela a laissé des traces. Je me doute qu’après une compétition, je ne vais pas récupérer facilement. On n’enchaîne pas des 5000 m comme on enchaîne des 1500 m.

C’est vrai que tu gagnes un Silver cet hiver. Cela fait des points bonus. Est-ce que le ranking a modifié ton approche de ta saison ?

Totalement. Cet hiver, on s’était dit qu’il fallait ambitionner de bien se placer dans un Silver, tout en faisant un joli chrono. C’était ma seule course et il fallait optimiser les points. C’était mieux qu’un 8:50 en étant 8e d’une course. Le ranking a vraiment orienté mes choix.

Avant Paris, il y a les championnats d’Europe de Rome. C’est un réel objectif pour toi ? Ou tu es focus sur les JO.

Rome est vraiment l’objectif principal avant Paris. Il faut savoir qu’il y a énormément de points à aller gagner. Ce qui est une opportunité à prendre. J’aimerais que la 3e course qui compte dans mon ranking soit celle de Rome.

Sarah Madeleine : « Je savais que j’avais un potentiel, mais les études m’ont freinée »

Tu fais partie de ces Français qui ont passé un cap en demi-fond et fond. Voir des compatriotes performer, est-ce que cela te motive au quotidien ?

Il faut savoir que, l’an passé, je fais une année de césure. Je suis étudiante en école d’ingénieur à Lyon. Ils m’ont réellement aménagé mon année. Mais si je veux passer un cap international, il faut que je ne fasse plus que cela. La césure m’a permis d’optimiser tout cela. Quand on voit d’autres athlètes françaises faire des performances, on se dit : « Pourquoi pas moi, qu’est-ce qui m’en empêche ? ». Franchement, cela pousse vers le haut.

Le fait d’avoir été championne d’Europe, cela as-tu débloqué quelque chose mentalement ?

(Elle hésite) Cela m’a permis de me dire que je savais pourquoi je courrais et pourquoi je suis là. Pour ressentir ce genre de choses et ces émotions. Cela m’a confirmé dans ce que j’entreprenais.

Tu passes de la Française avec « que » deux sélections à la Française championne d’Europe.

Je sais que j’avais un potentiel. La grosse différence, c’est que je n’avais pas pu l’exploiter pleinement, à cause des études. Ce qui fait que, par rapport à d’autres athlètes, j’ai eu un peu de retard sur mon émergence. Après le lycée, je fais une prépa maths physiques. J’ai voulu intégrer l’INSA et j’ai été recalée. J’ai encore fait un an de licence, avec trois heures de transport tous les jours. Jusqu’à mon Bac+3 inclus, je ne pouvais pas m’entraîner plus de quatre fois semaine. Ce n’est pas assez pour le haut niveau. Cela me permettait d’être là. Depuis que je suis cadette, je suis dans les finales nationales. Mais je n’ai jamais été sur le devant de la scène. Ce n’est vraiment que depuis que je suis à l’INSA, donc à mon bac+4, que je peux m’entrainer davantage, car mes horaires sont aménagés. Cela change tout depuis deux ou trois ans.

Sarah Madeleine : « J’ai grandi et mûri »

Cela t’a frustré de ne pas pouvoir t’exprimer ? Ou, au contraire, tu te dis que ce n’est pas plus mal d’avoir percé plus sur le tard ?

Je pense que j’ai la maturité pour ne pas être frustrée. Souvent, on voit des filles qui émergent très jeunes et qui ont du mal à durer. Finalement, j’émerge en sénior, j’ai grandi, j’ai mûri et j’ai les pieds sur terre. Ce qui me permet d’avoir une vraie carrière en sénior. Mais j’ai aussi tenu, parce que j’étais bien entourée. Il y en a plein, à ma place, qui aurait arrêté. Tu as 22 ans, tu ne peux toujours pas bien t’entraîner. À un moment, tu passes à autre chose. Malheureusement, c’est le système français qui veut cela. On entretient le cliché du tout dans les jambes et rien dans la tête. C’est dommage. Cela prive pas mal d’athlètes français d’une meilleure carrière.

Même si, on voit désormais beaucoup d’athlètes français avoir un double cursus ?

Oui, c’est sûr. Mais je reçois encore pas mal de messages de personnes qui me disent : « J’ai vu que tu as fait une prépa, qu’est-ce que tu me conseilles, car je passe du lycée à la prépa, comment je vais pouvoir m’entraîner ? ». Et c’est difficile de répondre à cette question, car rien n’est vraiment mis en place. Si on veut faire des études compliquées, on s’aperçoit que c’est compliqué. Il faut faire un choix. Et quand on pèse le pour et le contre, on voit qu’avec les études, on a une assurance d’avoir un métier et donc un salaire au bout. De l’autre côté, j’ai un potentiel athlétisme, mais c’est à peu près tout. On ne va pas se mentir, mais l’athlétisme, cela ne paye pas. Plein de jeunes, malheureusement, font le choix de se concentrer sur les études. Et c’est dommage, car plein n’arrivent pas à franchir le cap et faire ce double projet.

Sarah Madeleine : « Je veux tenter les minima au meeting de Lyon »

Tu as eu l’occasion de porter le maillot de l’équipe de France, mais pas encore sur la piste en sénior. C’est un rêve pour toi ?

Bien sûr, comme tu l’as dit, je n’ai encore jamais porté le maillot bleu sur la piste. Clairement, cela motive.

Sur ta chaine Youtube, tu as évoqué très tôt l’objectif Paris 2024, avant tes performances. Est-ce que depuis, cet objectif s’est encore renforcé ?

On va dire que c’était davantage un coup de com, même si c’était dans un coin de ma tête. On va dire que je l’ambitionne réellement. Les performances m’ont permis de passer d’un « Pourquoi pas » à un : « Ok, on va se préparer pour ».

Tu t’es lancée dans les VLOG, tu penses que cette partie est devenue indispensable pour les athlètes de haut-niveau ?

Je ne pense pas. Je pense que, quand on veut être un athlète de haut-niveau, ce sont les performances qui vont parler pour nous. Mais, c’est quand même un plus. On est dans une génération où les influenceurs running ont une place importante. Ce serait bête de rien faire et passer à côté de tout cela. Il faut garder le fait qu’on est athlète et non influenceur et ne pas se tromper d’objectif. Mais je pense que cela est un plus.

Tu fais ta rentrée à Lyon. Tu t’es fixé un objectif, en termes de chrono ?

Ce sera 15:15, les minima pour les Europe. Seulement huit françaises ont réalisé cela dans l’histoire. Pour une première, c’est ambitieux, mais je sais de quoi je suis capable. Il faut le faire. La course va s’y prêter. Bastien a monté la course pour emmener des Européennes sur les minima européens. Si les conditions sont réunies, il n’y a pas de raisons.

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