Terence Atmane : « Je me suis pris une grosse claque après ce mauvais geste à Roland-Garros, et je pense que je le méritais »
ATP CHALLENGER 2025 – À 23 ans, Terence Atmane est un jeune français plein de promesses aux portes du Top 100 (n°119). Invité au Challenger 175 de Bordeaux (BNP Paribas Primrose) après une tournée fructueuse en Asie, il est allé jusqu’en quarts de finale malgré une transition pas évidente. De quoi préparer de la meilleure manière Roland-Garros, où il a aussi reçu une wild-card. Cette semaine à Bordeaux, ce joueur au profil atypique et explosif nous a accordés une interview pleine d’introspection.
Terence, comment te sens-tu sur ce tournoi ? Cette transition d’une surface à l’autre [dur extérieur à terre battue], d’un continent à l’autre [Asie à l’Europe] en une semaine s’est mieux passée que tu le pensais ?
Oui beaucoup mieux. C’est vrai que les premiers jours ont été très durs au niveau du sommeil. Après 20 heures de trajet [il a reçu l’appel de la wild-card pour Bordeaux après son dernier match en Chine le 10 mai, a dû faire 2 heures de taxi, 16 heures d’avion puis 2h de train pour arriver], je me suis shooté au café pendant trois jours, je pense que j’ai pris 7 ou 8 latte par jour [rires]. Avec le décalage horaire, je commençais à fermer les yeux à 20h30, donc je devais pousser jusqu’à plus tard. Mais au final, je me réveillais quand même à 5h30… Après les sensations d’un terrain à l’autre, je pense que c’est beaucoup dans la tête. Arrivés à notre niveau, je pense qu’on est d’assez bons joueurs pour pouvoir à s’adapter d’une surface à une autre.
J’aborde cette semaine comme une semaine d’entraînement plutôt que de tournoi. Et ça, c’est bénéfique. Je me mets beaucoup moins de pression, j’essaye beaucoup plus de profiter du moment présent. Et c’est pour ça que j’ai été beaucoup plus relâché sur le court aujourd’hui [contre Daniel Galan, n°124, 7-5 7-5] et que j’ai réussi à me sortir des situations périlleuses. Ça a été un bon match.
Pourquoi être allé en Asie ? Finalement, tu es un joueur qui s’exporte beaucoup. Tu es souvent là-bas et en Amérique du Nord, tu as aussi fait l’Amérique du Sud et l’Océanie… Comment cela se fait-il que tu as des choix de programmation différents des autres ?
C’est vrai que j’ai tout fait. J’ai essayé d’être très intelligent sur ma programmation. Déjà parce que j’ai perdu quasiment 300 points depuis novembre l’année dernière, donc j’étais descendu de la 120e à la 210e place. Donc un choix s’installait entre partir à l’abattoir sur des Challengers européens de terre battue, ou partir en Asie où mon coach était déjà, et où il pouvait m’accompagner sur les tournois. D’autant plus que le dur reste ma surface de prédilection, c’est là où j’ai fait le plus de résultats. Le choix était vite fait, mais ça restait un pari risqué, qui a finalement porté ses fruits.
Quel regard portes-tu sur ton début de saison ?
J’ai eu un début de saison assez compliqué. Je n’ai pas forcément fait les bons choix sur certains aspects de ma vie personnelle, et ça a pas mal impacté mon tennis. Aujourd’hui, je pense que j’ai réussi à régler cette partie hors courts. Tout va bien dans ma vie et je pense que ça se ressent sur le court. Je me suis entouré de bonnes personnes, notamment mon coach Guillaume [Peyre, ancien coach de Richard Gasquet], qui m’ont donné de la confiance. C’est une personne qui m’a fait beaucoup mûrir, m’a fait réaliser beaucoup de choses en très peu de temps. Si j’en suis là, c’est en bonne partie grâce à lui.
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Peut-on avoir ta réaction à ta wild-card pour le tableau de Roland-Garros ?
J’ai été très déçu [rires]. Non, évidemment, très heureux. Ça fait extrêmement plaisir de voir que beaucoup de gens croient en moi à la Fédération. Ça me fait énormément de bien mentalement de voir qu’il y a un réel suivi, un réel soutien derrière mon travail. Je pense que mes derniers résultats [deux titres de Challenger en avril et mai] ont aussi beaucoup compté pour la wild-card. Je vais essayer de faire de mon mieux pour l’honorer, essayer de gagner un maximum de matchs à Roland. Ensuite, on verra la suite.
Les wild-cards pour le tableau final simple messieurs dévoilées 🇫🇷#RolandGarros pic.twitter.com/LHux7nKuFv
— FFT (@FFTennis) May 13, 2025
Maintenant que tu es 120e mondial, j’imagine que tu penses au top 100 ? Est-ce que ça validerait quelque chose pour toi, qui a été un peu en dessous des radars plus jeune, au sein de la génération 2002 ?
Oui, c’est vrai que j’ai été sous les radars. Mais comme je le dis souvent, le classement, les résultats, ça reste une conséquence et non un objectif. Ça reste dans un petit coin de ma tête, mais je pense surtout à améliorer mon jeu. J’ai pas mal de choses à améliorer pour être un grand joueur. Le Top 100 reste une étape importante à valider dans toutes les carrières. Mais pour moi, que ce soit cette semaine, dans un mois ou dans six, peu importe. Tant que je rentre sur le terrain et que j’arrive à progresser tous les jours, c’est le plus important. C’est quelque chose que j’arrive plutôt bien à faire dernièrement, et j’espère continuer de la sorte. Le reste suivra son cours.
Sur le court, tu as un jeu très explosif et un tempérament très expressif, mais il paraît que tu es quelqu’un de très calme en dehors des courts, et tu as aussi beaucoup de passions en dehors du tennis. En bref, tu as un caractère différent, qu’est-ce que cela peut t’apporter sur un court ?
Sur le court, ça m’apporte déjà une grande motivation. Je suis quelqu’un de très émotif, de très expressif, donc je n’ai pas honte ni peur d’exprimer mes sentiments sur le court. Pour moi, c’est extrêmement important de faire savoir à tout le monde quand ça va et quand ça ne va pas. Mais cela ne m’a jamais dérangé. Je sais très bien que je vais me battre du premier au dernier point. Et c’est même ce qui m’anime, je sais très bien que je ne serai jamais un joueur qui ne va rien dire sur un court de tennis.
Mais à la fois, c’est quelque chose sur lequel j’ai beaucoup travaillé. J’ai été très négatif avec moi-même pendant pratiquement toute ma carrière. Et c’est vrai, que maintenant, j’essaye de transformer ça en positivité, en joie, en envie de travailler. Mais encore une fois, la route est très longue. Il faut continuer le travail et ne surtout pas retomber dans ses travers.
Tu as été diagnostiqué HPI [Haut Potentiel Intellectuel] avec un QI supérieur a 158. En quoi cela impacte ton jeu ?
Tout à fait, j’ai un côté instinctif vraiment prononcé. Parfois, je ne réfléchis pas du tout, car je sais que si je réfléchis trop c’est fini pour moi, je commence à me perdre. Du coup, je suis réellement imprévisible sur le court, et c’est aussi ma force, parce que je peux déclencher des frappes que peu de personnes au monde peuvent déclencher. Justement, je peux faire des choix qui paraissent exceptionnels pour certaines personnes, mais qui pour moi paraissent vraiment cohérents et logiques. C’est aussi différent pour mes coachs de m’entraîner par rapport à un autre joueur.
Take a bow Terence Atmane!#ATPChallenger | @fftennis pic.twitter.com/qLZx0iG5rA
— ATP Challenger Tour (@ATPChallenger) May 16, 2025
Mais en dehors des terrains, je suis quelqu’un de très calme, très posé, très gentil. Il y a vraiment une personnalité sur le court, et une autre en dehors. Sur le court, je suis très expressif, j’aime beaucoup faire le show devant des grosses ambiances, c’est vraiment ce qui m’anime.
Et est-ce que parfois cela peut provoquer des excès de colère chez toi, qui peuvent mener à des gestes que tu regrettes ? On pense forcément à Roland-Garros l’année dernière… [balle envoyée dans le public qui avait failli le disqualifier]
Je regrette surtout au niveau de l’image bien sûr. C’est un geste involontaire, il ne faut pas oublier qu’à la base, je visais le filet, mais que mon cordage s’est cassé au moment où j’ai tapé la balle. C’est quelque chose que beaucoup de gens ont oublié. C’est un geste d’énervement qui aurait pu se finir comme prévu, mais malheureusement ça s’est très mal fini pour moi. J’ai eu une lourde amende [23 000 €], j’ai mis beaucoup de temps à m’en remettre psychologiquement. C’est impactant de se faire insulter tous les jours pendant des mois et des mois, ça a été très dur mentalement. Mais j’ai réussi à sortir de ça, à me remobiliser, à repartir de l’avant.
C’est sûr que je ne referai jamais quelque chose comme ça dans ma carrière. Mais c’est justement une étape dans une carrière, ce sont des événements marquants qui font grandir. C’est un geste d’humeur qui a été très négatif, mais qui m’a aussi fait beaucoup de bien. Le fait de me prendre une grosse claque comme ça. Je pense que je le méritais franchement. Ça m’a fait beaucoup mûrir, aujourd’hui, je suis très fier d’être la personne que je suis après cet événement. Je pense que sans ça je n’en serais pas là. Finalement, c’est un mal pour un bien, même si bien sûr, c’est quelque chose à ne surtout pas refaire.
It’s 𝐚𝐥𝐥 𝐤𝐢𝐜𝐤𝐢𝐧𝐠 𝐨𝐟𝐟 at Roland-Garros!
Terence Atmane hits a spectator out of frustration… 😤
Ofner wants him disqualified… ⛔️
After much deliberation with the umpire and supervisor, he gets a warning instead ⚠️#RolandGarros pic.twitter.com/9vSiEfSnWR
— Cycling on TNT Sports (@cyclingontnt) May 26, 2024


