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Cyclisme sur route

Remco Evenepoel peut-il faire douter Tadej Pogacar sur les courses d’un jour ?

Etienne Goursaud

Publié le

Remco Evenepoel peut-il faire douter Tadej Pogacar sur les courses d'un jour
Photo Icon Sport

CYCLISME SUR ROUTE – Auteur d’une grosse fin de saison sur les courses d’un jour, Remco Evenepoel a toutefois été dominé par Tadej Pogacar. Et on a du mal à croire que la tendance s’inverse en 2026.

Deuxième de la course en ligne des championnats du monde, deuxième de la course en ligne des championnats d’Europe et deuxième du Tour de Lombardie. Hors chrono, voici les trois derniers résultats en date de Remco Evenepoel (Soudal-Quick Step, futur Red Bull-Bora-Hansgrohe). De Kigali à l’Italie, en passant par l’Ardèche, un seul et même bourreau : Tadej Pogacar (UAE Team Emirates-XRG).

Comme à son habitude, le Slovène a été impitoyable sur les courses d’un jour. Hors Milan-San Remo, qui lui résiste encore (3e), et Paris-Roubaix, qu’il a découvert (2e). Montant sur le podium des cinq monuments sur la saison, en plus de son titre de champion du monde. Une première jamais réalisée, même par Eddy Merckx. C’est dire le niveau atteint par le Slovène en 2024.

Tadej Pogacar est meilleur que Remco Evenepoel partout

Il est possible que certains bondissent de leur siège en lisant cela, et ce n’est pas remettre en cause le niveau de Remco Evenepoel. Le Belge a été absolument exceptionnel en cette fin de saison. Et sans Tadej Pogacar, c’est lui qui écraserait tout (48 secondes sur Ben Healy, 3e des Mondiaux, 3:10 sur Paul Seixas, 3e des Europe, et 1:26 sur Michaël Storer, 3e du Tour de Lombardie). Le tout en les lâchant à la pédale. Mais à chaque fois, après avoir subi la loi de Tadej Pogacar.

Plus fort dans les longues ascensions

Que ce soit à Kigali, en Ardèche ou sur le Tour de Lombardie, c’est dans une longue ascension — un effort d’une vingtaine de minutes — que Tadej Pogacar a fait plier Remco Evenepoel. Ce n’est pas une immense surprise : la montagne a été son premier terrain de jeu, dès 2019, notamment sur les routes de la Vuelta. La montagne lui a permis de remporter quatre Tours de France et un Tour d’Italie. Parmi les ascensions, ce sont les efforts compris entre 15 et 30 minutes qui ont forgé sa domination en début de carrière. On se souvient du col de Romme sur le Tour de France 2021, où il avait écrasé la concurrence, avant de devenir imbattable sur les longues montées en 2024. Un effort de 20 minutes en montée : on ne trouvera pas plus long sur une course d’un jour.

Plus fort sur le plat derrière

Ce qui est frappant, c’est qu’une fois la différence faite, Tadej Pogacar creuse également sur le plat — domaine de prédilection de Remco Evenepoel, triple champion du monde du contre-la-montre et double vainqueur d’étape chronométrée sur le Tour de France. Que ce soit à Kigali ou au Tour de Lombardie, le Slovène a encore creusé l’écart. Un exploit d’autant plus remarquable qu’au Rwanda, le Belge a été longtemps accompagné de Ben Healy et Mattias Skjelmose, qui ont donné des relais. Et que sur le Tour de Lombardie, il y avait une vraie portion de plat de 15 kilomètres. Seul, Remco Evenepoel a encore perdu du temps.





Plus fort sur le sprint

Si, par miracle, Remco Evenepoel parvient à repousser les assauts de Tadej Pogacar et à tenir sa roue, un léger doute peut subsister sur les efforts plus explosifs, y compris sur les forts pourcentages. Après tout, on a vu Jonas Vingegaard résister au Slovène ; que ce soit à Rouen, Mûr-de-Bretagne ou Toulouse, il restait un dernier obstacle — le sprint. Et le Danois n’a pas su résoudre le problème, s’inclinant systématiquement.

C’est un exercice dans lequel le Slovène est loin d’être ridicule. C’est en réglant un petit groupe qu’il remporte son premier monument, lors de Liège-Bastogne-Liège 2021. En 2025, le Belge a pu se confronter à lui au sprint, lors de l’Amstel Gold Race. Malgré un « Pogi » qui avait présumé de ses forces, le Belge (3e) a dû s’incliner face au Slovène (2e). On se souvient aussi du succès du Slovène sur la première étape du Critérium du Dauphiné, s’offrant même le scalp de Mathieu van der Poel (Alpecin-Deceuninck). Ce fut également le cas lors de la 4e étape du Tour de France, à Rouen, dans un final difficile. Remco Evenepoel avait cédé trois secondes.

Tadej Pogacar veut encore jouer sur les courses d’un jour

Après une telle année sur les classiques (on peut ajouter la Flèche Wallonne et les Strade Bianche à la collection 2025 de Tadej Pogacar), on aurait pu penser que le Slovène avait envie d’autre chose en 2026. Avec un Tour d’Espagne manquant encore à son palmarès, dans la quête de se rapprocher des onze Grands Tours d’Eddy Merckx (il en compte cinq). Que nenni ! Le coureur de la formation UAE Team Emirates-XRG a encore faim de classiques en 2026. On pense notamment à Milan-San Remo, qui lui résiste malgré de nombreuses tentatives (12e en 2020, 5e en 2022, 4e en 2023, 3e en 2024 et 2025). Une course où il n’a pas encore résolu l’équation Mathieu van der Poel, qu’il n’a jamais réussi à décrocher.

Deuxième de son premier Paris-Roubaix, où une chute lui a fait perdre tout espoir de victoire, il y a fort à parier que le Slovène veuille retenter sa chance cette année. Et autant, sur Milan-San Remo, un MVDP au sommet semble indestructible, autant, avant sa chute, on a senti un Tadej Pogacar vraiment solide. Hormis ses cinq kilomètres de moins bien et la petite polémique de la fiole. La perspective de gagner les cinq monuments la même année peut traverser son esprit. Auquel cas, il croisera la route de Remco Evenepoel, à minima sur Liège-Bastogne-Liège et le Tour de Lombardie. Sans parler des autres courses d’un jour et du championnat du monde, encore favorable aux deux coureurs en 2026.

UAE Team Emirates-XRG, plus fort que Red Bull-Bora-Hansgrohe

Même collectivement, la formation de Tadej Pogacar semble mieux armée. Sur les courses vallonnées et en montagne, elle peut compter sur Isaac Del Toro, Adam Yates, Pavel Sivakov ou encore Jhonatan Narváez, entre autres. Si Red Bull-Bora-Hansgrohe — la future formation de Remco Evenepoel — paraît bien équipée sur le papier, elle sort, hormis Florian Lipowitz et Giulio Pellizzari, d’une saison 2025 globalement décevante au vu des moyens et de l’effectif (seulement 6e au classement UCI 2025, à peine devant Decathlon AG2R La Mondiale et derrière XDS Astana).

Surtout, autant la capacité de Tadej Pogacar à gagner dès qu’il s’aligne sur une course amène un consensus total sur son statut de leader, autant, du côté de Remco Evenepoel, ce consensus sera forcément plus fragile. Il peut parfois passer à côté de ses objectifs — on pense à Liège-Bastogne-Liège, où il était méconnaissable. Face à un Primoz Roglic certes vieillissant, mais aussi face à d’autres coureurs de talent, le Belge peut-il s’imposer comme un leader unique ? Il devra convaincre, et ce, très tôt dans la saison 2026. Il lui faudra tenter de marquer des points face au Slovène. Et, dans l’état actuel des choses, au vu de ce que l’on a vu, il est difficile d’y croire.

1 Commentaire

1 Commentaire

  1. Avatar

    patrick gykiere

    21 octobre 2025 à 15h36

    Je dois juste rajouter une chose , Remco peut progresser maintenant si il n’y a pas d’incident de parcours comme les saisons précédentes ce que vous omettez de dire dans cette publication et j’en suis certain qu’il fera tout ce qu’il peut pour arriver au niveau de Pogacar , il en a les capacités ,par exemple travailler moins les contres la montre et plus la montagne. Remco est un battant volontaire et courageux !

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