Corentin Moutet peut-il être autre chose qu’un joueur frisson ?
TENNIS – Battu au deuxième tour du Rolex Paris Masters 2025, Corentin Moutet a montré des limites. Peut-il les dépasser pour devenir un Top 10 ? On décrypte le jeu du Français, ses progrès en 2025, ses manques et ses limites.
Des limites contre Alexander Bublik
Face à Alexander Bublik, Corentin Moutet a pu mesurer le chemin qui le sépare encore de l’excellence. Si le Kazakh n’est « que » 16e joueur mondial, quand son jeu est aligné, il a clairement le niveau Top 10. Ce mercredi soir, il a totalement étouffé le Français sur le central en night session (6-3, 7-5). Plus fort dans tous les compartiments du jeu, il a fini par écœurer un Tricolore pourtant combatif et constant jusqu’au bout, sauvant de nombreuses balles de break avant de céder.
BUBLIK STOPPE MOUTET 🥶
En deux sets, Alexander Bublik met un terme au parcours parisien de Corentin Moutet et rejoint Taylor Fritz en 1/8e du #RolexParisMasters. 🇰🇿❌Il n’y a plus de Français à La Défense Arena… pic.twitter.com/9RjoegnUjs
— Avantage Tennis 🎾 (@AvantageTennis_) October 29, 2025
Statistiquement, le Français a été légèrement dominé partout : moins de points derrière sa première (66 % contre 79 %), moins de points derrière sa seconde (53 % contre 56 %), moins de réussite au retour (21 % contre 24 %). Malgré ses 29 points gagnants contre 17 pour son adversaire, la supériorité de Bublik s’est imposée comme une évidence. Une défaite logique, mais frustrante.
Corentin Moutet : de gros progrès en 2025
Malgré cette élimination, Corentin Moutet signe une deuxième moitié de saison exceptionnelle. Probablement les cinq meilleurs mois de sa carrière, à 26 ans. Il devrait intégrer le top 32 mondial, voire devenir tête de série à l’Open d’Australie. Le tournant ? Le tournoi du Queen’s (ATP 500), où il s’offre une victoire de prestige sur la tête de série n°3 Taylor Fritz (6-7, 7-6, 7-5), avant de filer en finale à Majorque (ATP 250) en battant Daniel Altmaier et Alex Michelsen, avant de s’incliner face à Tallon Griekspoor.

Dans la foulée, il pousse Grigor Dimitrov dans ses retranchements à Wimbledon (5-7, 6-4, 5-7, 5-7). Puis, il atteint la demi-finale de l’ATP 500 de Washington après avoir battu Daniil Medvedev (1-6, 6-4, 6-4). Une vraie métamorphose.
Un comportement plus serein, un poignet enfin rétabli
« J’essaie vraiment très fort de rejoindre les meilleurs joueurs du monde. C’est mon rêve depuis que j’ai commencé le tennis. Je travaille très dur pour y arriver », expliquait-il à Majorque. Loin des craquages de 2022 (insultes, bagarre avec Adrian Andreev), Moutet semble apaisé. Et son poignet, fracturé à l’Open d’Australie 2023, ne le fait plus souffrir. Désormais à 100 %, il a retrouvé son revers à deux mains et sa régularité. En septembre, il est même sélectionné en Coupe Davis et bat Marin Čilić et Dino Prižmić. Le joueur autrefois écarté de la FFT renaît pleinement.

Un service en nette progression
Longtemps considéré comme un point faible, le service devient un atout relatif. Selon les statistiques de l’ATP, Moutet a frappé 178 aces en 2025 (contre 51 en 2024) et sauvé 64 % des balles de break (contre 57 %). Il remporte désormais 77 % de ses jeux de service, contre 71 % l’an passé. Des progrès qui se sont traduits sur le terrain, notamment contre Reilly Opelka à Paris, puis face à Alexander Bublik.
Il manque encore un déclic
Devenu régulier, Corentin Moutet court encore après le déclic qui pourrait le propulser plus haut : un titre. Après Majorque, il échoue à nouveau en finale à Almaty contre Daniil Medvedev (5-7, 6-4, 3-6). Frustrant, d’autant qu’il l’a battu deux fois cette saison. Installé autour du Top 30, Moutet doit franchir ce palier pour rejoindre les Ugo Humbert ou Arthur Fils, déjà titrés sur le circuit ATP 500.
S’il veut viser plus haut, il lui faut désormais un vrai parcours dans un Grand Chelem ou un Masters 1000. En 2025, il a disputé huit Masters 1000 (record personnel) et atteint les huitièmes à Rome. S’il continue sur cette voie, il pourra viser un quart de finale dès 2026. Mais ses limites physiques (1,75 m) et l’absence d’un coup « tueur » restent des freins. Peut-il les compenser par sa créativité, sa constance et sa hargne ? À ce rythme, plus personne n’oserait dire non.



