Dernier Roland-Garros pour Gaël Monfils : le tennis va perdre plus qu’un demi-finaliste de Grand Chelem
ROLAND-GARROS 2026 – Alors qu’il s’apprête à faire ses adieux à Roland-Garros, Gaël Monfils s’apprête à tourner la page d’une carrière unique. Bien au-delà de son palmarès, découvrez pourquoi le tennis mondial s’apprête à perdre son plus grand showman et son âme la plus généreuse.
La Porte d’Auteuil s’apprête à vibrer une dernière fois pour l’un de ses plus grands chouchous de ces vingt dernières années. Après les départs à la retraite de Jo-Wilfried Tsonga, Gilles Simon et Richard Gasquet, le dernier rescapé des « Quatre Mousquetaires » fait ses adieux au circuit. Depuis le début de la saison, chaque tournoi qui lui tenait à cœur est devenu une étape de sa tournée d’adieu, systématiquement accompagnée d’un post Instagram nostalgique et d’une longue biographie chargée de souvenirs.

Cette fois-ci, c’est sur l’ocre de Roland-Garros qu’il va saluer son public. Des adieux à sa propre terre promise, celle qui a sublimé sa carrière. Oui, Gaël Monfils, c’est « seulement » deux demi-finales en Grand Chelem (Roland-Garros 2008, stoppé par Roger Federer, et l’US Open 2016, battu par Novak Djokovic). Mais réduire « La Monf » à ses statistiques, c’est ne rien comprendre à l’art de la balle jaune et aux émotions qu’il a procurées. Le tennis s’apprête tout simplement à perdre son plus grand showman moderne.
Un athlète au physique hors norme, le show et le tennis pop-corn
Lorsque Gaël Monfils déboule sur le circuit ATP au milieu des années 2000, le monde du tennis comprend immédiatement qu’il fait face à un ovni. Visuellement et athlétiquement, le Français redéfinit les lois de la gravité. Voir un joueur enchaîner des glissades de trois mètres sur dur, un sacrilège pour les articulations, se retrouver en grand écart total pour ramener un passing impossible, puis se replacer à une vitesse supersonique malgré sa grande taille (1,93 m), relève du jamais-vu. Plus qu’un joueur de tennis, « La Monf » est un véritable cascadeur raquette en main.
Le tennis a beau être le sport individuel par excellence, si on met de côté le double ou les compétitions par équipe comme la Coupe Davis, Gaël Monfils ne l’a jamais envisagé comme une quête purement égoïste. Pour lui, fouler un court, c’est avant tout partager et transmettre une décharge d’adrénaline aux spectateurs. Son tennis se vit à 100%, comme un divertissement total, un « tennis Pop-corn » fortement inspiré de sa passion pour la NBA et ses dunks spectaculaires. On ne compte plus ses coups de génie devenus viraux, des highlights qui ont fait le tour de la planète bien au-delà de la bulle des puristes :
Le smash sauté à 360 ° : à la manière des concours de dunks de Vince Carter, Gaël en a fait sa signature. L’exemple le plus fou reste celui claqué à l’US Open 2019 face à Marius Copil. Alors qu’il s’offre une balle de match sous la chaleur de New York, « La Monf » décide de conclure le combat non pas par la sécurité, mais par le show : il s’élève dans les airs, pivote complètement sur lui-même à 360° et foudroie le Roumain. Un culot monstrueux qui résume l’homme et le joueur qu’il est.
N’oublions jamais. Une fois dans sa carrière, @Gael_Monfils a terminé un match en Grand Chelem sur un smash à 360° ! Dinguerie.
C’était au deuxième tour de l’US Open 2019 contre Marius Copil.#USOpentennis #UsOpen pic.twitter.com/INWmEMs59j
— Tennis Legend (@TennisLegende) August 30, 2022
Le plongeon façon gardien de but : quand une glissade ne suffit plus, Monfils s’envole. Au troisième tour de Roland-Garros 2009, face à Jürgen Melzer, il signe l’un des plus grands chefs-d’œuvre de sa carrière. Pris à contre-pied, « La Monf » se détend à l’horizontale, tel un gardien de but, pour ensuite terminer le point sur une volée réflexe de l’espace. Le corps meurtri et recouvert de terre battue, il se relève sous les hurlements d’un court Suzanne-Lenglen en transe. Pour Gaël, sacrifier ses genoux pour un point pop-corn a toujours été un échange équitable.
Le plongeon légendaire de Gaël Monfils contre Jürgen Melzer, au troisième tour de #RolandGarros en 2009.pic.twitter.com/uQmEtyEFQP
— Tennis Legend (@TennisLegende) June 6, 2023
Le coup de fusil en feinte : c’est sa spéciale en fond de court. Faire semblant d’abandonner le point, s’arrêter de courir, marcher presque, pour faire déconnecter le cerveau de l’adversaire, puis déclencher une mine coup de droit à 160 km/h sans aucun élan. Un coup de génie que lui seul pouvait se permettre.
Le paradoxe français, pourquoi le public l’a tant aimé
Qu’il s’agisse de Richard Gasquet, Gilles Simon ou Jo-Wilfried Tsonga, tous les membres de cette génération dorée ont, à un moment ou un autre, essuyé la frustration du public français. On leur a souvent reproché, parfois cruellement, leur incapacité à briser le plafond de verre imposé par les monstres de l’époque (le « Big Four » composé de Federer, Nadal, Djokovic et Murray).
Pour Gaël Monfils, l’histoire a toujours été différente. »La Monf », c’est le rendez-vous incontournable du printemps de la Porte d’Auteuil, l’assurance de voir le court Philippe-Chatrier s’embraser à 21h30 lors d’un match en cinq sets. Gaël possède cette capacité unique, presque mystique, à ressusciter des matchs totalement perdus en branchant le court sur courant alternatif. Tout le monde garde en mémoire son duel d’anthologie l’an dernier face à Hugo Dellien, alors qu’on le pensait à bout de forces et au bord du gouffre, il avait renversé le Bolivien dans un vacarme irréel, porté par un public en transe. Ce soir-là, ce n’est pas seulement le tennis qui a gagné, c’est la communion pure entre un homme et son peuple.
🎾 C’EST GAËL MONFILS ! 🇫🇷🥹
Mené 2 sets à 0, la Monf’ parvient à renverser Hugo Dellien !
MAGNIFIQUE. #ROLANDGARROS pic.twitter.com/nKtQat9WY7
— SPORTS ZONE (@SportsZone__) May 27, 2025
Pourtant, cette romance a eu son lot d’ombres. Une partie du public lui a longtemps lancé un procès en « gâchis », affirmant que s’il avait été plus rigoureux, moins focalisé sur le show, son armoire à trophées serait plus lourde. C’est oublier la réalité brute des chiffres, qu’il convient de rétablir : plus de 550 victoires sur le circuit ATP, un classement de n°6 mondial décroché au cœur de l’ère la plus terrifiante de l’histoire du tennis, 12 titres en simple et un statut de finaliste dans trois Masters 1000 différents. Maintenir une telle régularité au plus haut niveau pendant plus de vingt ans, tout en subissant des blessures parfois lourdes qui l’ont éloigné des courts pendant des mois, relève d’une très grande carrière. Monfils n’a pas gâché son talent, il l’a simplement exprimé selon ses propres règles.
Au-delà du court, le showman qui a rendu le tennis « cool »
Au-delà de ses glissades et de ses statistiques, Gaël Monfils a parfois cassé les codes traditionnels en dehors du terrain. À une époque où le circuit ATP pouvait parfois paraître rigide et ultra-formaté, « La Monf » a apporté une fraîcheur indispensable, rendant son sport plus « cool » aux yeux de la nouvelle génération.
- À ce sujet – [Vidéo] 5 moments où Gaël Monfils a été stratosphérique
Précurseur, ultra-connecté, passionné de jeux vidéo et de culture urbaine, il n’a jamais hésité à casser les codes traditionnels. Qu’il s’agisse de lancer sa propre chaîne Twitch et YouTube pour débriefer ses matchs en direct avec ses fans, de partager son quotidien sur les réseaux, le tout dans la bienveillance. En se montrant accessible, solaire et profondément humain, il a attiré vers la balle jaune un public plus jeune, qui ne s’intéressait pas forcément au tennis
Salut les amis !
J’espère que vous passez un bon week-end ☀️Je viens de publier un tout nouveau concept avec Adil Rami dans lequel on s’affronte autour de plusieurs mini-jeux incontournables d’Internet, en espérant que ça va vous plaire !
C’est ici : https://t.co/S9NBr3noFy pic.twitter.com/yH4bhK9uoI
— Gael Monfils (@Gael_Monfils) February 22, 2026
Cette bienveillance globale se ressent également au cœur du vestiaire. Devenu au fil des ans le « grand frère » respecté du circuit, il fait l’unanimité. Des monstres sacrés comme Novak Djokovic aux étoiles montantes de la nouvelle génération comme Carlos Alcaraz ou le jeune contingent français, tous louent sa gentillesse, son humilité et sa longévité. Gaël Monfils ne laisse personne indifférent, il transcende les foules et les rivalités.
Des souvenirs plutôt que des trophées
Quand le rideau tombera sur la carrière de Gaël Monfils, c’est une page d’histoire qui se tournera, laissant le tennis mondial un peu plus lisse, et sans doute un peu plus froid, en témoignent les réactions de beaucoup sur les affrontements entre Sinner et Alcaraz jugés trop parfaits. Qui parviendra encore à faire lever tout un stade sur un simple regard ? Qui osera le coup de folie pour le seul plaisir de voir des étoiles dans les yeux des enfants en tribune ?
On ne se souviendra pas de Gaël Monfils pour le métal de ses trophées ou pour des lignes de palmarès gravées dans le marbre. On se souviendra de lui pour sa transmission de plaisir, pour les cris de joie arrachés à la nuit parisienne, et pour cette idée si pure qu’il s’est toujours faite de son sport, un jeu, avant tout. Cette semaine, la Porte d’Auteuil s’apprête à célébrer son magicien. Et au moment de lui dire au revoir, une certitude demeurera : le tennis perd bien plus qu’un demi-finaliste de Grand Chelem. Il perd une de ses âmes les plus généreuses.
La soirée « Gaël & Friends »
Roland-Garros honore Gaël Monfils ce jeudi soir avec une soirée spéciale « Gaël & Friends ». Le Philippe-Chatrier sera rempli de stars pour une soirée sans doute mémorable. La chaîne YouTube de Roland-Garros retransmettra l’évènement.



