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Histoire

Les matchs de légende de Roland-Garros (3/3) : le sacre d’André Agassi en 1999

Jordane Mougenot-Pelletier

Publié le

AP

Remis pour le moment au mois de septembre, le tournoi de Roland-Garros est une victime collatérale de la crise de la Covid-19. L’occasion de se replonger dans les matchs qui ont enflammé l’ocre parisien. Aujourd’hui, la victoire d’André Agassi en 1999.

Loup blanc

Il aura fallu qu’André Agassi devienne moins fort, moins attendu et moins regardé pour qu’il gagne enfin à Roland-Garros. En 1990 et 1991, à force d’être comme le loup blanc et de détonner dans le très smart univers du tennis mondial, le Kid de Las Vegas n’y arrivait pas. Pourtant, la terre battue parisienne convenait admirablement à son jeu. Prendre la balle montante, courir et faire courir, couper les trajectoires et imprimer tous les effets possibles à la balle. Tout ça, le double A savait le faire mieux que quiconque.

Mais voilà, André Agassi n’y arrive pas. En 1990, face à Andres Gomez, il avait pourtant eu l’occasion d’ouvrir son compteur en Grand Chelem. Archi favori, il perd en 4 sets. La faute à un moral en mousse et des cheveux à l’avenant. La veille de la finale, la perruque de l’Américain se désagrège. Force épingles et aiguilles lui seront nécessaires et fatales. Il ne pensera qu’à une chose pendant la finale :  « pourvu qu’elle ne tombe pas ».

Chou blanc

En 1991, Agassi bisse. Plus de problème de cheveux cette fois, mais toujours ce mental défaillant. Alors que le public et les médias ne lui accordent pas les faveurs qu’il réclame, il voit ses concurrents de la nouvelle vague américaine enquiller les tournois du Grand Chelem. Chang et Sampras d’abord. Courier ensuite, à Roland-Garros justement en 1991. En 5 sets et alors qu’il l’avait battu l’année précédente en demi-finale, André Agassi assiste au sacre du derniers de ses challengers compatriotes. Lui continue de perdre un match capital sur finale de Grand Chelem. La troisième en l’occurrence.

En 1999, à Roland-Garros, Agassi arrive avec un statut étrange d’éternel outsider doublé d’une légende du tennis. Wimbledon, US Open, Melbourne, Masters, Jeux Olympiques, Coupe Davis, il a tout gagné. Tout ? Non justement puisqu’un village d’ocre lui résiste encore et toujours et l’empêche, comme Pete Sampras, de réaliser le Grand Chelem en carrière. Roland-Garros lui résiste, il est pourtant toujours placé. En 1998, il s’était arrêté en demi-finale.

« Tout est dans l’image »

Rien ne s’annonce donc plus compliqué pour lui que d’entrer encore un peu plus dans l’histoire du sport. Surtout que la concurrence sur terre ne manque pas. Carlos Moya, Sergi Bruguera, Gustavo Kuerten, ou même Alberto Berasategui et Franco Squilarri font partie des nouveaux épouvantails de la surface qu’il s’agira de vaincre. Squilarri, il en fait son affaire dans un premier tour réputé piégeux. Il lui faudra 4 sets. Arnaud Clément, Chris Woodruff s’en vont, il demeure. Non sans mal puisque le Français le poussera à jouer cinq manches, remontant 2 sets à rien.





En huitième de finale, voilà le gros morceau Carlos Moya. Vainqueur l’année précédente, l’Espagnol est archi favori. André Agassi est pour beaucoup un cheval de retour, qui plus est maudit à Paris. Le doute, le scepticisme qu’il suscite, André Agassi adore ça. Qu’on ne le prenne pas au sérieux, il en l’habitude. Ses shorts roses ou sa pub pour Nikon (« Tout est dans l’image ») le décrédibilisaient ? Tant mieux. Ça ne l’a pas empêché d’être avec Pete Sampras le meilleur de sa génération. L’Américain dispose de Moya en 4 sets, élimine Flippini, puis Hrbaty en 2 jours et rejoint Andreï Medvedev et la finale.

L’Ukrainien est la surprise du chef d’un tournoi de Roland-Garros qui n’en manque jamais. Une demie surprise disons puisque le sosie d’Agassi, à 13 centimètres près, avait déjà fait ses gammes sur terre battue en remportant Monte-Carlo et trois fois Hambourg, du temps où il était encore une levée du Masters. En 1999, l’Ukrainien est tout de même dans le creux d’une vague qui ne le submergera pas complètement. Retombé au-delà la 100e place mondiale, il aura dû pour atteindre la finale venir à bout successivement de Pescariu, Sampras (excusez du peu), Black, Di Pasquale, Kuerten (excusez encore du peu, et en 3 sets) et Meligeni.

Agassi, libre dans sa tête

La finale commence. On se demande ce qu’André Agassi va bien encore trouver pour perdre une finale qui lui tend les oreilles. On va rapidement le savoir. Paumer les deux premiers sets, propre et net. 6/1-6/2. Medvedev déroule et joue son jeu à la perfection. André Agassi est crispé sur sa raquette. La troisième manche est plus tendue. Agassi entre dans le match. 4/4, l’Ukrainien obtient une balle de break pour mener 5/4 service à suivre. Autant dire une occasion en or. Il advient ce qui, jusqu’à présent, n’était jamais advenu à Roland. André Agassi respire un bon coup, fait le vide. Agassi puise dans des ressources mentales insoupçonnées et renverse le match. 5/4, 6/4 bientôt. Il recolle et s’envole. Quatrième set 6/3, le dernier 6/4, jeu set et match AA.

Le 6 juin 1999, André Agassi devient le premier joueur de l’histoire à remporter les quatre Grands Chelems sur quatre surfaces différentes. C’était avant que les trois meilleurs joueurs de l’histoire s’en mêlent. A la fin du tournoi, André Agassi se plie au protocole et assiste à la soirée de gala. Il n’a pas tellement eu à se faire prier. Tant qu’il y a de l’alcool quelque part, l’Américain est partant, surtout à l’époque. Plus encore, il est sûr d’y retrouver la joueuse qui a remporté le tournoi en même temps que lui et qui avait réussi le Grand Chelem 10 ans avant lui. Pour elle, c’était sur une année, en 1988.

Elle s’appelle Steffi Graff et quelques semaines après, elle officialisera sa relation avec l’impétrant. Well done Dédé.

Pour revoir les meilleurs moments de cette finale, c’est ici.

JMPPMJ

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