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Championnats d'Europe d'athlétisme

Un bilan entre inquiétudes et espoirs pour l’équipe de France aux Championnats d’Europe d’athlétisme

Etienne Goursaud

Publié le

Un bilan entre inquiétudes et espoirs pour l'équipe de France aux Championnats d'Europe d'athlétisme
Photo Icon Sport

CHAMPIONNATS D’EUROPE D’ATHLÉTISME 2026 – On fait le bilan de l’équipe de France, après le rendez-vous à Birmingham. Avec du bon mais aussi du moins bon.

C’est l’heure du bilan pour l’équipe de France d’athlétisme. Onze médailles, mais aucun titre et une 19ᵉ place au tableau des médailles. En première lecture, on pourrait parler de Championnats catastrophiques à Birmingham. Heureusement, c’est un peu plus nuancé que cela.

La France est 5ᵉ nation en nombre de médailles et 4ᵉ à la placing table, le classement des finalistes (top 8). Mais la première réalité est dure à encaisser pour les Bleus. Aucun athlète n’a été capable de décrocher l’or. Très peu ont semblé en mesure de le faire. Quand Jean Galfione, au micro de France TV, évoque un bilan « très positif », on se pose la question de nos cadres athlétisme en France et de la réalité dans laquelle ils vivent.

Un recul par rapport à Rome en 2024

Après des Championnats d’Europe de Rome, qui avaient marqué un certain envol pour l’athlétisme français, avec 16 médailles, dont quatre titres et une 2ᵉ place au classement des médailles, Birmingham 2026 marque le recul pour l’équipe de France.

Cinq médailles en moins en deux ans. Sans totalement retomber au niveau de Munich en 2022 (aucun titre et neuf médailles), le recul est assez brutal, notamment sur la capacité des Français à aller chercher des titres. Ce constat fait mal et Rome ressemble, pour l’heure, à une simple éclaircie. La question est de savoir les causes de ce recul.

Les médaillés de Rome n’ont pas confirmé

Parmi les 16 médaillés à Rome, seule Alice Finot, championne d’Europe du 3000 m steeple en 2024, est parvenue à décrocher une médaille deux ans après. Si certains médaillés n’étaient pas là, comme Cyréna Samba-Mayela (qui risque une suspension), Auriana Lazraq-Khlass (suspendue provisoirement), Yann Schrub (blessé), d’autres n’ont tout simplement pas tenu leur rang. Le seul, hors Finot, à avoir confirmé est Thomas Gogois, en bronze à Rome au triple saut et de nouveau 4ᵉ cette année, en retombant à 17.21 m.



Champions d’Europe du 800 m et du 3000 m steeple, Gabriel Tual et Alexis Miellet ont été éliminés avant même la finale. Les deux demi-fondeurs sont dans le dur depuis leur incroyable année 2024. En bronze au marteau, Rose Loga n’a pas franchi le cap des qualifications. Tout comme Ilionis Guillaume au triple saut. Tandis que les finales ont été compliquées pour Anaïs Bourgoin et Louise Maraval, qui n’ont pas été en mesure de jouer la médaille.



Certains athlètes, comme Hélène Parisot (3ᵉ du 200 m à Rome), ou Djilali Bedrani (2ᵉ du 3000 m steeple à Rome), ne sont même pas parvenus à se qualifier pour le rendez-vous anglais. On peut y ajouter  le relais 4 x 100 m féminin, médaillé il y a deux ans et absent cette année.

Des cadres qui se sont manqués

Le blues pour des médaillés de Rome, mais aussi, il faut le dire, des cadres qui se sont manqués. Leader européen, Yann Chaussinand a manqué sa finale au marteau, seulement 9e. Même constat pour Azeddine Habz sur 1500 m. En l’absence de Josh Kerr, il avait le meilleur chrono des engagés. Il n’est que 10ᵉ ! Médaillée de bronze à Rome, Agathe Guillemot a payé des erreurs tactiques cette année (4e). Globalement, alors qu’ils étaient porteurs d’espoir, le 800 m et le 1500 m français auront déçu, avec aucune médaille ramenée.

Champion du monde du 10 000 m et en bronze sur 5000 m à Tokyo, lors des derniers Mondiaux, Jimmy Gressier était la carte maîtresse des Bleus à Birmingham. S’il a ramené le bronze sur 10 000 m, il n’a pas été à la hauteur de ses Championnats du monde.

Le sprint et le lancer en grande difficulté

Une seule athlète sur 100 m et 200 m hommes et femmes confondus, aucun relais 4×100 m aligné. C’est la crise pour le sprint français et l’absence de relais 4×100 dans un Championnat d’Europe est une malheureuse première historique. Le constat est là et le renouvellement peine à s’opérer depuis les retraites de Christophe Lemaître et Myriam Soumaré, multiples médaillés européens.

Mais le lancer français est en souffrance. Derrière la première historique d’Alizée Minard, meilleure tricolore de l’histoire d’un Championnat d’Europe au javelot (5e), se cache une réalité bien morose. Elle est la seule Tricolore dans le top 8 européen en lancer. Là aussi, la retraite de Quentin Bigot et le petit déclin de Mélina Robert-Michon et Alexander Tavernier ont fait mal aux lancers français. Pourtant moteur de cette équipe de France au tournant des années 2010 et 2020.

Le niveau européen augmente et celui des Français n’a pas suivi partout

Depuis Rome, le niveau européen a encore augmenté ! Pour réaliser sa médaille de bronze sur 200 m, Hélène Parisot a couru 22.63, exactement le même chrono que Gémima Joseph cette année, pour prendre la 5ᵉ place. Il fallait courir 22.29 pour être en bronze. Le 800 m féminin a vu un podium avec les trois premières femmes au bilan mondial.

Pour être médaillée, comme Anaïs Bourgoin en 2024, il faut désormais avoir le niveau d’un podium mondial, ce qui n’était pas encore le cas à Rome. Avec ses 54.23 de Rome, Louise Maraval aurait été assez loin du podium du 400 m haies (53.55). Les 6635 points d’Auriana Lazraq-Khlass n’auraient pas suffi pour un podium en heptathlon (6664 points). Et il manquait la championne d’Europe Nafissatou Thiam !

On a évoqué à de maintes reprises la bonne tenue du 3000 m steeple français. Avec un doublé à Rome. C’est une discipline dans laquelle les Allemands ont pris le pouvoir. Avec à sa tête Frederik Ruppert, premier Européen sous les huit minutes (7:57.80 à Rabat) et qui a tenu son rang à Birmingham. Vainqueur du 10 000 m, Andreas Almgren faisait partie du podium à Tokyo sur la distance. Le Suédois a encore franchi un cap cette année et devient un favori à l’or en 2027 et 2028.

Un manque de « surperformance »

Un niveau européen qui a progressé, mais des Français qui n’ont pas su « surperformer ». Avec cette statistique. Dans les épreuves de performance pure (hors demi-fond soumis aux courses tactiques), seuls 19 des 57 Tricolores engagés ont réalisé une performance supérieure à leur place aux bilans européens 2026. Hormis les marcheurs, sur des formats nouveaux de semi-marathon et de marathon marche, ils sont très peu à avoir battu leur record. Clara Liberman et Corentin Le Clézio sur 800 m. Muhammad Kounta au 400 m.

D’un point de vue global, la densité a également augmenté. Si la France avait glané quatre titres comme à Rome, elle aurait terminé à la 5e place du classement des médailles. En recul de trois rangs. En nombre de médailles, elle serait 4e, seulement un rang de mieux et là aussi en recul de deux rangs, par rapport à Rome.

De nouvelles têtes qui émergent

Si la France a réussi à arracher onze médailles, malgré la défaillance de certains cadres et malgré la non-confirmation des « Romains », c’est aussi grâce à des athlètes qui ont su prendre le relais. Ainsi, Marie-Julie Bonnin, Laëticia Bapté, Baptiste Thiery, Aurélien Quinion, Muhammad Kounta, Étienne Daguinos, Hilary Kpatcha ont tous décroché leur première médaille internationale dans un grand championnat en extérieur. Même Jimmy Gressier, pourtant champion du monde, a obtenu sa première médaille européenne.

Pour « MJ », il s’agit même de la première médaille internationale de l’histoire de la perche féminine française en extérieur. Tandis qu’Aurélien Quinion, Hilary Kpatcha ou Muhammad Kounta ont mis fin à une longue période de disette européenne. La France compte entre 20 et 25 athlètes capables de glaner des médailles européennes. Mais il n’y a quasiment aucun « scoreur » capable d’enchaîner sur deux ou trois compétitions consécutives.

Là est tout le mal français et ses 42 places de finalistes (top 8 à Birmingham). Un an après ses 16 finalistes de Tokyo, mieux que l’Allemagne et l’Italie et un record depuis 20 ans dans des Championnats du monde. Pour l’heure, la France n’est pas capable de convertir ses espoirs en concrétisation ! Pourquoi ? Là est sans doute le cœur de la question à se poser !

L’âge moyen du finaliste français est de 25,6 ans

Car ces nouvelles têtes sont le symbole d’une génération qui émerge depuis quelques saisons. La moyenne d’âge des médaillés français à Birmingham est de 28,4 ans. Mais six des dix médaillés ont 28 ans ou moins. Des athlètes qui peuvent encore largement briller à Los Angeles.

L'âge des finalistes français à Birmingham / Crédit Dicodusport

L’âge des finalistes français à Birmingham / Dicodusport

Mieux, quand on se penche sur le cas des finalistes français, la moyenne d’âge descend à 26.5. Avec de nombreux finalistes entre jeunes. 15 ont 25 ans ou moins. L’âge médian du finaliste français est de pile 26 ans. Cela veut dire que 50 % des athlètes ont 26 ans ou moins. Un chiffre qui ne s’éloigne pas de la médiane, preuve que certains athlètes n’ont pas tiré la moyenne d’âge vers le bas (par exemple, dix finalistes de 18 ans, pour 20 qui en auraient 32). Preuve en est, seuls six finalistes ont plus de 30 ans.

Cela confirme l’idée que la FFA a pris un virage trop tardif pour briller à Paris 2024. Mais qu’il y a des possibilités de ramener des médailles à Los Angeles 2028. Si on arrive enfin à transformer les espoirs en athlètes capables de se hisser au plus haut niveau.

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1 Commentaire

1 Commentaire

  1. Avatar

    Marc LE MERCIER

    17 août 2026 à 16h51

    Merci pour cette analyse de grande qualité.

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