« Une dimension de l’excellence française » : Amélie Oudéa-Castéra s’enthousiasme pour le sport tricolore
MULTISPORTS – Amélie Oudéa-Castéra, la présidente du CNOSF, revient sur l’été ensoleillé du sport français, les Jeux des Alpes 2030 ou encore la préparation pour les Jeux de Los Angeles 2028.
Le sport s’est invité à la REF, la Rencontre des entrepreneurs de France (LaREF). Le Comité national olympique et sportif français (CNOSF), le MEDEF (Mouvement des entreprises de France) et France Travail ont signé, ce jeudi, dans les travées de Roland-Garros, l’acte de naissance de la Fondation Insertion – Jeunes par le Sport.
Cette dernière doit permettre de fédérer les entreprises afin de les inciter à recruter des jeunes au travers du sport, mais aussi d’accompagner les clubs sportifs engagés dans l’insertion. Une fois la signature accomplie, la présidente du CNOSF, Amélie Oudéa-Castéra, nous a accordé un entretien d’une dizaine de minutes, où elle a évoqué les dossiers clés de cette rentrée 2026 pour l’institution.
Quel est le but de cette fondation exactement ?
C’est une fondation dont l’objet est capital. Elle doit redonner un avenir à 100 000 jeunes à l’horizon 2030. Aujourd’hui, en France, le taux de chômage des jeunes dépasse les 20 % et on sait que 1,5 million de jeunes sont sans emploi, sans formation et sans accompagnement. Alors le sport peut vraiment être une solution pour aller vers ces publics-là.
Le sport va leur permettre de se faire repérer auprès d’entreprises qui vont leur tendre la main et les intégrer dans des parcours vers l’emploi. Elles vont les former et les accompagner avec des tuteurs afin de découvrir des métiers et de monter en puissance dans leur insertion. On a montré qu’on savait déjà insérer 10 à 15 000 jeunes par le sport et notre ambition est de multiplier ça par 10 à l’horizon 2030.
Comment le sport peut-il réussir, là où d’autres secteurs n’y sont pas parvenus ?
Il y a au moins trois raisons. Quand des jeunes ne croient plus dans les institutions et qu’ils sont un peu perdus, il y a une chose qu’ils continuent souvent à faire : c’est du sport. Trois quarts d’entre eux ont une pratique sportive régulière et donc les espaces de sport, les salles de sport, les clubs sportifs sont des endroits qu’ils continuent de fréquenter.
Le deuxième élément est qu’on sait que le sport est une école de la vie. C’est une activité qui permet de donner de la discipline, le goût de l’effort, le cadre, le respect et donc de reconstruire des manières d’être qui les déqualifient pour l’entreprise.
Enfin, la troisième raison, c’est que sur des terrains de sport, il y a des tas de gens qui n’ont pas de diplôme et à qui on n’a pas tendu une main, mais pourtant on voit bien qu’ils sont hyper débrouillards. Ils ont un esprit d’équipe, ils ont un esprit d’initiative, ils ont de l’agilité, ils repèrent des choses et dès qu’on leur dit quelque chose, ils comprennent tout de suite. Et ça, ça vaut tous les diplômes du monde.
La rentrée va sonner, mais si on regarde dans le rétroviseur, l’été aura plutôt été une réussite pour le sport français.
L’été a été fabuleux. C’était extraordinaire. On voit à quel point le sport est une dimension de l’excellence française. C’est génial et c’est extrêmement encourageant dans la perspective des Jeux olympiques de Los Angeles. Et puis c’est aussi encourageant pour les jeunes pousses derrière. Je pense aux Jeux méditerranéens qui se tiennent en ce moment à Tarente (Italie). On a une belle délégation qui est prometteuse et qui se bat.
Le week-end dernier a vraiment été incroyable pour le sport de raquettes avec ce double titre mondial du badminton (Alex Lanier en individuel, Delphine Delrue et Thom Gicquel en double mixte), la victoire d’Arthur Fils au Masters 1000 de Cincinnati, et le sacre de Victor Crouin aux Championnats d’Europe de squash, qui deviendra une discipline olympique à Los Angeles. C’est une très très belle performance et on a beaucoup d’espoir aussi pour lui. Enfin, je n’oublie pas ce qu’il s’était passé avant avec les frères Lebrun à Malmö (Suède) au Grand Smash, c’était dingue.
L’été a aussi été marqué par les Championnats d’Europe de natation. Les considérez-vous réussis d’un point de vue organisationnel ?
Absolument. C’était un superbe événement, avec notamment des épreuves qui se sont tenues dans la Seine, avec la natation en eau libre mais aussi le plongeon de haut vol qui a procuré des émotions incroyables au public et aux téléspectateurs, avec des images folles et la Tour Eiffel en toile de fond. On voit à quel point le sport se marie au patrimoine et à la culture française pour exposer notre France dans le monde entier.
Et puis il y a aussi eu le Centre aquatique olympique (CAO, où ont eu lieu les épreuves de natation course, de natation artistique et de plongeon), qui est peut-être la construction emblématique de l’héritage de Paris 2024. Les équipes de Patrick Ollier (le président de la Métropole du Grand Paris) le voulaient depuis des années. Je me souviens de la première fois où ils sont venus me présenter le dossier, avec déjà cette vision d’héritage des Jeux : être capable de recevoir ces Championnats d’Europe. Et puis peut-être, un jour, organiser les Championnats du monde. Il faut rêver grand.
C’est important que la France continue d’organiser des grands événements sportifs internationaux (GESI) ?
Vu la joie que nous a encore procurée le Tour de France cette année – même si on était un petit peu déçus pour Pauline Ferrand-Prévot, mais ce qu’a fait Paul Seixas était extraordinaire – évidemment ! On sait qu’on a les Mondiaux de cyclisme en 2027, les Mondiaux de hockey en 2028, le Mondial de handball en 2029, les Jeux olympiques et paralympiques d’hiver en 2030, ainsi que le Championnat d’Europe et le Mondial de basket en 2031.
Cet enchaînement de grands rendez-vous dans toute une série de disciplines montre que l’on est attractif. C’est aussi ça l’héritage de Paris 2024 : avoir donné envie à toutes les fédérations internationales de miser sur la France. Désormais, elles savent que la France est capable d’organiser des événements avec de la maîtrise, de l’audace et du panache.
Vous avez parlé des Jeux des Alpes 2030. C’est un dossier qui va vite arriver sur la table avec cette réforme de la gouvernance prévue pour la rentrée.
On est très concentrés sur la préparation de la commission de coordination qui aura lieu du 14 au 16 septembre avec le CIO (Comité international olympique). Les équipes sont au travail. On a la volonté de continuer à construire de nouveaux jalons pour que le projet prenne forme, qu’il continue de se structurer, de monter en puissance.
C’est une rentrée décisive parce qu’on passe vraiment de la phase des fondamentaux – on a validé la carte des sites, les sports, les disciplines additionnelles ou encore les emblèmes – à de la planification opérationnelle, détaillée et très concrète, avec une mobilisation de tous les territoires. C’est maintenant qu’il faut absolument réussir.
Les prochains mois vont être décisifs pour de nombreux sportifs qui vont tenter de se qualifier pour Los Angeles 2028. Comment allez-vous les accompagner ?
On est déjà à pied d’œuvre là-dessus, avec l’ensemble de nos fédérations et l’appui de l’Agence nationale du sport (ANS) qui fait un super travail pour nous accompagner. Les résultats récents montrent que la dynamique est là. On a aussi quelques soucis, notamment sur les tests génétiques pour les athlètes féminines.
Ils nous posent aujourd’hui toute une série de questionnements éthiques, scientifiques, pratiques et juridiques sur lesquels j’essaie d’être très active, à la fois auprès du ministère et auprès du CIO, pour qu’on trouve les bonnes solutions. On veut éviter qu’il y ait quelque problème que ce soit en matière de qualification.
Cela avait été le cas pour les Championnats du monde de boxe en 2025.
Oui, il y avait eu ce mauvais épisode à Liverpool, avec une incapacité pour nos athlètes féminines à participer aux Championnats du monde. On doit à tout prix éviter ça.
Allez-vous vous rendre à Los Angeles prochainement ?
J’y vais en novembre, du 16 au 20 novembre. C’est un déplacement pour repérer précisément les lieux, visiter le village olympique, aller sur le site du Club France et rencontrer un certain nombre de partenaires qui vont nous aider à faire vivre ce Club France où on va célébrer les victoires et les succès de nos athlètes.
Quels seront les autres gros dossiers de cette rentrée pour le CNOSF ?
Déjà, il y a cette Fondation Insertion – Jeunes par le Sport. On est aussi en train de structurer nos services pour la communauté des bénévoles, on travaille ardemment sur le sujet de la lutte contre les violences sexuelles, où là aussi, on a mobilisé des financements privés pour nous aider à renforcer et à accélérer la réponse du mouvement sportif. Il y a la Fête du sport qui arrive dans quelques jours, le 14 septembre, c’est une pièce de l’héritage de Paris 2024 qui est importante.
Enfin, il y a des sujets de transformation. Je pense notamment à la transition écologique et climatique du sport et à son adaptation face aux changements. Je pense aussi aux enjeux de data et d’intelligence artificielle où je veux que nos fédérations continuent à se moderniser sur ces sujets-là. Le CNOSF, en tout cas, est déterminé à les accompagner.


