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Cyclisme : Le destin hors norme de Jambaljamts Sainbayar, des steppes mongoles au World Tour

Maxime Cazenave

Publié le

Cyclisme Le destin hors norme de Jambaljamts Sainbayar, des steppes mongoles au World Tour
Photo Burgos-BH

CYCLISME SUR ROUTE 2024 – La semaine dernière, le Tour de Catalogne a vu l’histoire être marquée. Par l’ogre Tadej Pogacar, mais également par la présence de l’inconnu Jambaljamts Sainbayar. A 27 ans, le coureur mongol a repoussé les limites en devenant le premier coureur originaire de Mongolie à participer à une course World Tour. Une véritable récompense pour un garçon passionné au parcours unique en son genre, que l’on vous propose de découvrir.

Ce n’est pas une nouveauté, le cyclisme a tendance à se globaliser, et à s’ouvrir à de plus en plus de contrées. Si les continents européens et américains, les Asiatiques de l’ex-URSS (Kazakhstan, Ouzbékistan…), ou encore la doublette Australie – Nouvelle-Zélande, se sont longtemps battus plus ou moins entre eux, cela évolue depuis le XXIè siècle. Ainsi, progressivement, des coureurs venant de contrées habituellement écartées du peloton professionnel se sont révélés. On pense notamment aux Japonais Yukiya Arashiro et Fumiyuki Beppu, ou encore à Daniel Teklehaimanot, Tsgabu Grmay et plus récemment Biniam Girmay sur le continent africain.

La Mongolie, un territoire difficile pour la pratique du vélo

Cette grande lignée de pionniers peut désormais s’appuyer sur un petit nouveau depuis quelques mois : Jambaljamts Sainbayar. A 27 ans, ce dernier a réalisé la véritable prouesse de devenir le premier coureur mongol à intégrer le peloton professionnel en signant avec la formation Continental Pro espagnole, Burgos-BH. La semaine dernière, il a ainsi été aligné sur le Tour de Catalogne, disputant au passage sa première épreuve World Tour. S’il n’aura pas eu l’occasion de briller au sein d’un plateau relevé, il se sera illustré sur la 2e étape en prenant l’échappée. De quoi mettre plus que jamais en lumière son pays, mais également son parcours hors norme.

Vous imaginez bien que le garçon a eu tout sauf un parcours traditionnel pour arriver jusque-là. Celui qui a grandi dans la capitale Oulan-Bator, n’avait de base aucune chance de réaliser un tel parcours. Coincée entre les superpuissances russes et chinoises, la Mongolie est un grand pays mais qui possède la particularité de disposer de la plus faible densité de population au monde ! Cela est notamment dû aux conditions particulières puisque le pays est exclusivement montagneux, avec des zones extrêmement arides, rendant la vie difficile. C’est dans ce contexte que le petit Jambaljamts Sainbayar a découvert le vélo, après que son père lui en ait offert un pour son troisième anniversaire.

« Je m’entraînais quand il faisait -20, -25 degrés »

Depuis, l’histoire d’amour entre le garçon et les deux roues s’est prolongée. Malgré des conditions climatiques souvent extrêmes, il n’a jamais été découragé. Comme il l’avait confié au site olympics.com, en développant : « Depuis que je suis junior, je passe beaucoup de temps sur le vélo. Après l’école, j’allais m’entraîner immédiatement. Et après l’entraînement, je pratiquais le mountain bike ».

Et ce malgré le climat parfois extrême de la région : « Je m’entraînais à l’extérieur durant l’hiver quand il faisait –20, -25 degrés. J’enfilais deux, trois pantalons, deux vestes, et je roulais avec des vêtements larges. A Oulan-Bator, nous sommes à environ 1 500 m au-dessus du niveau de la mer. La plupart du temps, il y a du vent. Pour s’entraîner tout seul, c’est toujours un challenge. »





2019, l’année de l’explosion

Malgré les difficultés, il n’a jamais lâché prise, et a commencé progressivement la compétition chez lui, avec l’équipe locale Attila Cycling Club, et ce jusqu’en 2016. En parallèle, il a eu l’occasion d’effectuer des premières courses à l’étranger avec l’équipe nationale mongole, et ce sur tous types de terrain (route, piste, cyclo…). On l’a dit, le garçon est un passionné. Ainsi, il multiplie les courses en Chine et commence à se faire un nom chez les jeunes du continent asiatique.

Cela va lui permettre de rejoindre l’équipe chinoise TJ Sport Panda en 2017, avant de franchir un cap supplémentaire en signant avec les Taïwanais de RTS-Monton Racing en 2018. Au sein de cette équipe Continentale, il va multiplier les courses UCI classées en 2.2, tout en confirmant son statut d’espoir avec une belle 3e place des championnats d’Asie Espoirs. Cela lui a permis d’effectuer également sa première course internationale en prenant part aux Championnats du monde Espoirs, disputés en Autriche.

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Puis, il va franchir un nouveau cap en signant en 2019 avec Ferei Pro Cycling. Une autre Conti, basée cette fois-ci en Ukraine, et tournée principalement sur les circuits d’Europe de l’Est et d’Asie. Sa montée en puissance va alors être récompensée en fin de saison puisqu’à 23 ans, il décroche sa première victoire en raflant la 6e étape du Tour de Fuzhou en solitaire. Cela vient mettre la cerise sur le gâteau d’une saison extrêmement prometteuse marquée par deux tops 10 sur des courses à étapes (8e du Tour de Fuzhou, 7e du Tour de Chine II), mais également le gain du classement par points au Tour de Xingtai.

Un long arrêt forcé par la pandémie

Cette saison 2019 aurait donc dû être celle qui lance définitivement Jambaljamts Sainbayar. Ce dernier avait en effet prouvé qu’il était devenu une réelle menace sur le circuit asiatique par ses performances. S’il est avant tout un coureur à l’aise sur des profils vallonnés ou montagneux, il a également été auteur de prestations intéressantes sur des chronos, ou des sprints en comité réduit. Ainsi, son profil complet a naturellement commencé à attirer l’œil. Mais le début d’année 2020 va mettre un stop terrible, la faute évidemment au Covid.

Le coureur mongol s’est ainsi retrouvé coincé en Biélorussie (l’équipe Ferei Pro Cycling ayant changé de nationalité entre-temps), réduit à disputer des courses d’ampleur moindre, et sa carrière a été plus ou moins mise entre parenthèses. La pandémie a eu un impact terrible sur le cyclisme asiatique, puisqu’il n’y aura eu aucune course en 2020, et il faudra attendre 2021 pour que des épreuves soient de nouveau organisées. À ce moment-là, Jambaljamts Sainbayar est sans contrat. Son salut viendra à l’été 2021. Véritable mastodonte sur le circuit asiatique, la formation malaisienne Terengganu a décidé de lui faire confiance en l’intégrant au roster. Une association qui va se révéler extrêmement fructueuse pour les deux parties.

Terengganu pour s’affirmer

En à peine six mois, il va mettre tout le monde d’accord en accumulant les performances de haute volée sur tous les terrains. En juillet 2021, il profite de plusieurs courses en Turquie pour enregistrer des résultats exceptionnels : 2e des GP Germenica, GP Erciyes et GP Kayseri, mais également une victoire sur le GP Kahramanmaras. Tout cela en l’espace de dix jours ! Mais surtout, il termine en beauté l’année en remportant le classement général du Tour de Thaïlande. Au passage, ses résultats ont permis à la Mongolie de décrocher un quota pour les championnats du monde. Ainsi, en Belgique, il va prendre part à la course remportée par Julian Alaphilippe, s’illustrant en étant dans l’échappée du jour. En toute logique, il n’ira pas au bout de la course, dont la longueur extrême (268 km) est inhabituelle pour des coureurs de son calibre à l’époque.

Mais le plus important, c’est que la machine est lancée. Durant les deux années suivantes, Jambaljamts Sainbayar va poursuivre sa progression, toujours avec la banane, et le plaisir de monter sur son vélo. S’il décroche « seulement » quatre succès dans ce laps de temps, il va en revanche engranger les bons résultats de façon impressionnante. Il accumule en tout trente tops 10 sur des courses d’un jour ou des étapes, ainsi que six tops 10 au classement général de courses à étapes.

En parallèle, il s’impose comme l’un des coureurs majeurs du continent lors des championnats d’Asie où il brille à la fois sur la course en ligne (3e puis 7e) et le contre-la-montre (5e puis 3e). Grâce à ces résultats exceptionnels, il est parvenu à obtenir un quota olympique pour la Mongolie, et prendra naturellement part aux Jeux Olympiques de Paris en 2024.

Un contrat avec la Burgos-BH, le rêve se concrétise

Ses résultats ont donc fini par attirer l’œil d’équipes importantes en Europe. Une Europe qui a toujours été l’objectif numéro un du coureur mongol. Mais après avoir goûté à cela avec les Ukrainiens de Ferei Pro Cycling, c’est un véritable pas de géant qu’il a effectué cet hiver. Avec Burgos-BH, il intègre ainsi directement une équipe ProTeam, lui offrant ainsi la possibilité de disputer les meilleures courses espagnoles, dont celles du World Tour. S’il a d’abord été lancé lors des premières semaines sur des courses asiatiques (Tour de Taïwan, Tour de Sharjah, Tour d’Oman…), il en a profité pour signer des résultats intéressants, apportant des points précieux à sa formation.

La formation espagnole a donc décidé en cette fin de mois de mars de confronter son nouveau coureur à ce qui se fait de mieux en l’alignant sur le Tour de Catalogne. À cette occasion, le quotidien local El País s’est entretenu avec le coureur. Et ce dernier en a profité pour livrer une anecdote symbolique du parcours réalisé : « Je me souviens que lorsque j’avais 17 ans, j’avais donné une interview à un journal sportif de mon pays et le titre était ‘Jambaljamts veut devenir le premier cycliste professionnel de Mongolie à l’avenir.’ Et c’est exactement ce que j’ai réalisé dix ans plus tard ».

Les Jeux Olympiques en vue

Le rêve a donc été accompli, vingt-quatre ans après ses premiers coups de pédale, au sein de la capitale mongole. Celui qui à l’époque suivait les courses de ses coureurs favoris, Alberto Contador et Richie Porte, se retrouve désormais à lutter sur les routes où ces derniers ont brillé. Dans la force de l’âge à 27 ans, Jambaljamts Sainbayar compte donc bien poursuivre son ascension dans la grande échelle du cyclisme mondial, tout en donnant le meilleur de lui-même pour porter haut les couleurs de la Burgos-BH, l’équipe qui lui a permet d’assouvir ses ambitions. Désormais, son regard est tourné en direction des Jeux Olympiques. Histoire de marquer encore plus l’Histoire de son pays.

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