JO Pékin 2022 : Le hockey sur glace chinois en quête de respect
JO PÉKIN 2022 – Longtemps incertaine en raison du piètre niveau de son équipe nationale masculine, la Chine s’apprête à se lancer dans le tournoi de hockey sur glace des Jeux Olympiques 2022 avec un seul objectif : ne pas passer pour un simple faire-valoir.
Le tournoi de hockey sur glace des Jeux Olympiques va débuter en fin de semaine avec bon nombre d’interrogations. Privées de leurs joueurs NHL, les différentes sélections ont dû s’ajuster en conséquence, ce qui rebat donc considérablement les cartes. Pour le Canada et les États-Unis en premier lieu, mais également pour les autres nations dominantes à l’image des nations scandinaves ou de la Russie, qui disposent chacun d’un contingent important outre-Atlantique. En conséquence, le tournoi sera plus ouvert, même si cela signifie une nette régression du niveau général. Ce qui n’est pas pour déplaire à la sélection de l’hôte de cette olympiade.
Entre l’Espagne et l’Australie au ranking IIHF
En effet, l’équipe nationale chinoise est sans aucun doute la grande gagnante de la non-participation des joueurs NHL. Coincée au 32e rang du ranking IIHF entre les très faibles Espagne et Australie, la Chine est une nation mineure du hockey sur glace malgré sa démographie hors du commun. Une véritable anomalie pour une nation qui s’est spécialisée depuis des décennies dans une véritable rafle des médailles olympiques.
Cela est encore plus aberrant lorsque l’on sait que l’équipe féminine est largement en avance sur ses homologues masculins (20e au ranking IIHF). Si la participation de cette dernière n’a jamais été remise en cause, l’équipe masculine a bien failli être écartée de l’évènement en raison des craintes entourant sa compétitivité.
Chinese men’s ice hockey team Start training. Beijing Winter Olympics. Fifteen are naturalized players, but most of them are of Chinese descent. Good luck to them!🐯🐯🐯 pic.twitter.com/OouW1nIRFH
— Sharing travel (@MyChinaTrip) January 30, 2022
Une participation remise en cause avant d’être validée
Certes, il était difficile d’envisager l’IIHF prendre la décision d’écarter la Chine du tournoi. Lorsque l’on sait l’influence mondiale de cette dernière, cela aurait été une décision extrêmement risquée à prendre. On ne plaisante pas avec le pays asiatique, la NBA en avait notamment fait l’amère expérience il y a peu. En effet, difficile de se priver d’un tel marché pour un sport qui essaye constamment de se développer hors de ses fiefs historiques. Pourtant, la question a été soulevée, et le doute a été laissé durant plusieurs semaines. Peu de temps après son élection à la tête de l’IIHF en septembre dernier, le président de la fédération Luc Tardif s’était exprimé sur le sujet à l’AFP.
« Cette question se pose vraiment, pour l’équipe masculine, pas pour l’équipe féminine. Il va y avoir des matchs de l’équipe de Chine qui seront supervisés par un responsable de l’IIHF et une décision sera prise ensuite. Voir une équipe se faire battre 15-0, ce n’est bon pour personne, ni pour la Chine, ni pour le hockey sur glace ». Un Plan B a même longtemps été envisagé, consistant à repêcher une autre sélection pour prendre la place des Dragons.
Limiter au maximum la casse
Finalement, après quelques tests réalisés, la décision a été prise de laisser cette équipe concourir sur la plus grande scène internationale. Positionnée dans le groupe A aux côtés de l’Allemagne, des États-Unis et du Canada, la sélection nationale chinoise ne se fait pas vraiment d’illusions. Comme tous les observateurs, elle sait très bien que son compteur restera sans doute bloqué à 0 point dans cette poule. Le véritable objectif sera de proposer une adversité un minimum consistante afin d’éviter de prendre des valises aux proportions gênantes, et ainsi essayer d’attiser l’intérêt de la population chinoise. Il faut dire qu’avec seulement environ 13 000 licenciés, le chiffre est ridiculement bas pour un pays qui recense plus de 1,4 milliards d’habitants.
Cependant, la Chine a essayé de combler au maximum ses lacunes depuis l’officialisation de la tenue des Jeux Olympiques à Pékin. Dans ce cadre-là, elle s’est dotée d’une équipe professionnelle qui évolue dans la KHL, la deuxième ligue la plus réputée au monde. Depuis 2016, les Red Star Kunlun bataillent face aux meilleurs clubs russes et d’Europe de l’Est. Ainsi, de nombreux joueurs chinois ont pu bénéficier de cette expérience pour se confronter au gratin européen, en étant entourés par des joueurs expérimentés venus d’autres contrées. Dans la continuité, une équipe réserve évolue également au sein de la VTL face aux autres réserves des clubs de KHL. Cela a ainsi permis de composer une équipe avec les différents joueurs nationaux évoluant dans ces équipes.
#Beijing2022 hosts welcome the world to their home ice, with a few recognizable names and three #Vancouver2020 veterans to round out their roster.
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Women: https://t.co/Yy74tYD6ap#hockey #icehockey #Olympics #Olympic #China #中国 #冰球 pic.twitter.com/zKmoiFTQhD
— IIHF (@IIHFHockey) January 28, 2022
La Chine mise tout sur sa diaspora
Par ailleurs, un « recrutement » a également été effectué afin de débaucher des étrangers ayant des racines chinoises. Ainsi, sur le 25 joueurs sélectionnés, seuls 9 sont des purs produits locaux, et tous disposent d’une expérience extrêmement limitée au plus haut niveau. Ces joueurs-là évoluent le plus souvent en VTL (antichambre de la KHL), et certains ont même connu une expérience exotique en D3 Tchèque, ou un club chinois fut invité pour la saison 2019-2020. C’est donc principalement sur sa diaspora que la Chine va compter pour résister. Des frères Spencer et Parker Foo en passant par Brandon Yip ou Denis Osipov, tous ont rejoint le Red Star Kunlun afin de pouvoir disputer cette Olympiade, et renforcer le niveau global. Capitaine de la sélection, Ye Jinguang a par exemple disputé 172 rencontres de NHL. Effectivement, les vingt-cinq joueur sélectionnés sont tous dans le giron de l’entité de KHL.
Congrats to 2009 graduate Brandon Yip, who will skate for Team China at the 2022 Winter Olympics! #ProudToBU pic.twitter.com/YecbEtrX7B
— BU Men’s Hockey (@TerrierHockey) January 28, 2022
Cependant, cela n’est pas vraiment un gage de succès. A l’exception de leur première saison (2016-2017) où ils ont obtenu une qualification en PlayOffs avec un certain Damien Fleury dans l’effectif, ils n’y ont plus goûté depuis, et ce ne sera sans doute pas cette année encore. Face aux meilleures sélections mondiales qui disposent de réservoirs intarissables malgré les absences des NHLers, les joueurs chinois vont devoir se sublimer. Devant leur public, ils disposent d’une occasion unique pour porter un coup de projecteur sur la discipline dans leur pays, même si cela se fera sans aucun doute dans la défaite.



