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Tennis

Océane Dodin : « Je me mets beaucoup la pression, c’est un engrenage »

Tom Compayrot

Publié le

Photo Icon Sport

WTA CHALLENGER 2023 – Actuellement n°5 française, Océane Dodin est de retour dans le Top 100 grâce à la saison la plus victorieuse de sa carrière. Malgré tout, la Lilloise se cherche encore et ne pense pas avoir atteint son plein potentiel. Présente à l’Open P2i Angers Arena Loire (WTA 125) cette semaine, elle s’est confiée auprès de Dicodusport sur ses doutes et ses difficultés à s’imposer une discipline, mais aussi sur sa volonté de progresser.

Océane, est-ce que le fait qu’on soit en fin de saison a joué sur ta défaite aujourd’hui [mardi, 7/6 6/3 au premier tour contre Audrey Albié] ? Est-ce que tu as lâché un peu plus facilement ?

Oui [rires]. Clairement, ça fait 1 ou 2 mois que j’ai vraiment l’objectif d’être dans le tableau à l’Open d’Australie. J’ai fait beaucoup de tournois toutes les semaines, j’ai beaucoup donné. Donc là ça fait 2 ou 3 tournois où je sens que maintenant que j’ai atteint cet objectif, je lâche un peu plus facilement. Je suis fatiguée et je gère moins bien cette fatigue. Après, Audrey [Albié] n’a pas démérité, elle a fait un très bon match. Je la joue très régulièrement [quatre fois dans la saison], et là, elle m’a un peu embêté avec ses amortis. C’est un très bon match de sa part, je n’ai pas d’excuses. Parfois, on gagne et parfois, on perd, c’est comme ça.

Mais pour toi la saison est déjà réussie non ? C’est la saison la plus victorieuse de ta carrière avec 62 victoires pour cinq titres, comment tu expliques cela ?

C’est peut-être la maturité, sur des matchs que je n’aurais peut-être pas gagnés les années précédentes. Il y a aussi des finales que j’ai mieux gérées que les années précédentes. Mais c’est une saison où j’ai beaucoup joué, et je sens que je commence un petit peu à fatiguer…

Tu penses être capable de revenir à ton meilleur niveau, lorsque tu étais dans le Top 50 en 2017 ? En tout cas, tu es sur la bonne voie, non ?

Après, on voit plein de filles qui atteignent leur meilleur classement à 30 ans, parce qu’on se rend compte de beaucoup de choses en grandissant. Dans mon cas, je pense que ça sera bénéfique, parce que je suis plus mature qu’il y a quelques années. Mais mon insouciance de quand j’étais plus jeune m’aidait aussi. Aujourd’hui, je me mets beaucoup de pression sur les matchs, sur les résultats, alors qu’à l’époque pas du tout. J’étais jeune, j’avais le temps… Donc, je pense que grandir me sert, mais me dessert aussi. Mais je vais essayer de travailler le mieux possible pour retrouver ce niveau, cette mentalité. Je pense que c’est plus au niveau mental que tennistique.

Justement, est-ce que tu as appris de tes erreurs de l’époque ? Certaines dont tu as appris et que tu ne reproduiras plus ?

Alors c’est compliqué de les dire comme ça, mais oui. Il y a beaucoup de matchs à l’époque où je pouvais mener 6-2, 4-1 et perdre. C’est vrai qu’aujourd’hui, je le fais moins. À l’époque, c’était aussi un peu plus compliqué pour moi de gérer mes émotions. Mais il y a aussi des erreurs que je fais aujourd’hui et que je ne faisais pas à l’époque. Quand j’arrivais sur un match, le résultat ne m’importait pas beaucoup. Je mettais en place ce que je travaillais à l’entraînement, et je ne me frustrais pas si ça ne rentrait pas. J’étais vraiment insouciante. Aujourd’hui, ce n’est plus trop le cas. Je me mets la pression justement parce que j’aimerais retourner dans ce Top 50, j’aimerais me stabiliser pour être sûre de faire tous les Grands Chelems toute l’année. Là, en étant à mon classement, c’est compliqué. J’aimerais me sortir de ça, et plus j’y pense et plus, je me mets la pression. C’est un engrenage.

Est-ce qu’au final le plus dur ce n’est pas d’arriver au top niveau, mais d’y rester ? C’est ce qui fait la différence entre les grandes championnes et les autres ?

Oui, je me suis rendu compte que c’était le plus dur. Le classement va réellement dans les deux sens, on peut avancer comme reculer facilement. Il y a des filles qui étaient 100èmes, et qu’on voit top 60 quelques semaines plus tard parce qu’elles ont fait un super résultat. Ce n’est pas facile à faire. Il faut aussi défendre ses points, parce que quand on fait un bon tournoi, il faut le défendre la saison d’après, donc c’est assez compliqué. Le but, c’est d’être assez régulière pour avoir un classement qui nous permet de ne pas sortir du top 100 quand on perd des points. Ce qui n’est pas mon cas aujourd’hui. C’est ce qu’on recherche pour prendre confiance et ne pas stresser sur les tournois.





C’est la discipline qui est importante à ce haut niveau ?

Oui celle que je n’ai pas, c’est ça ? [rires] Ce qui est dur, c’est justement de garder la motivation à l’entraînement quand on accumule des mauvais résultats. On voit souvent des filles qui font 3 ou 4 premiers tours et d’un coup, elles vont gagner un gros tournoi. Ça arrive plus à notre niveau que les top 10, mais oui, le plus important est de garder la même discipline et motivation, peu importe les résultats.

Quand tu joues les meilleures joueuses mondiales, que ce soit à l’époque où aujourd’hui, est-ce que tu sens une classe d’écart avec elles, ou alors, tu te dis que tout est possible sur un match ?

Je me dis que tout est possible sur un match, mais la différence, c’est qu’elles ont un niveau de jeu élevé à tous les tournois. Alors que moi par exemple, je suis beaucoup plus en dents de scie. Je vais vraiment avoir des très bonnes phases sur deux tournois, et après des moins bonnes phases. Un peu comme ce qu’il s’est passé sur ma fin de saison, parce que je vais être un peu moins motivée, plus fatiguée… Alors que je pense que les filles au top niveau sont tout le temps régulières, sur 90% de leurs tournois.

Alors est-ce que réduire le nombre de tournois disputés ne serait pas une solution ?

Si, j’avais fait ça en début d’année. J’en faisais une semaine sur deux et ça avait plutôt bien marché. Après dernièrement, comme je disais, je voulais rentrer dans le tableau en Australie, donc je voulais faire tous les tournois pour prendre le plus de points possibles. Ce qui a été une erreur.  Mais bon, maintenant ça y est, j’y suis. Il y a 2 joueuses qui sont rentrées après moi, je suis 97ème sur 99, donc c’est bon. C’est pour ça aussi que c’était un peu dur aujourd’hui.

Je me demandais aussi si ce n’était pas dur d’avoir de la constance avec ton style de jeu. Parce qu’il y a des jours ou des semaines où tous tes coups passent et tu es injouable, et d’autres fois où ça peut être totalement l’inverse ?

Oui. C’est ça que j’acceptais mieux quand j’étais plus jeune qu’aujourd’hui. Il y a des styles comme Alizé Cornet qui va être constante toutes les semaines, alors que moi, c’est un jeu ou c’est presque la roulette russe, même s’il y a un minimum de contrôle. Comme je le disais, je peux faire 3 ou 4 premiers tours d’affilée et ensuite gagner un tournoi. Ce n’est pas facile mentalement parce qu’il faut avoir confiance en soi toutes les semaines, même si on perd. Mais oui, avec ce style de jeu, je n’ai pas trop de choix que d’accepter ça.

Et en ce moment, en dehors de toute la partie motivation, tu te sens bien au niveau tennis ?

Oui, je sens que quand je suis bien mentalement et physiquement, ça marche bien. Et dès que ce n’est pas le cas, je sens que ça va de pair. Vu que mon jeu est assez agressif, je prends des risques. Et si je ne suis pas bien placée ou si je manque de motivation, ça ne marche pas.

Quelle est ta structure d’entraînement en ce moment ?

Je suis toujours avec mon père. Même s’il a repris le travail, donc il n’était pas là aujourd’hui. Donc c’est un peu plus compliqué parce qu’il est moins présent. Mais on fait avec.

Pour finir classiquement : quels sont tes objectifs à moyen terme, pour la saison prochaine ?

J’aimerais pouvoir entrer dans tous les Grands Chelems. Et m’assurer d’être top 100 tout au long de l’année. Pour ne pas avoir à faire de qualifications de Grand Chelem. On va dire que c’est un objectif lucide. Après pour viser plus haut, j’aimerais retourner dans le top 50, même si je sais qu’il y a des choses à mettre en place. Notamment faire plus d’entraînements, être plus constante, avoir plus de discipline… En gros tout ce qui est un peu compliqué pour moi. Après, on a toujours des bonnes résolutions en début d’année, mais je vais essayer de les garder pour tout 2024.

T’es-tu déjà imposée ces mesures par le passé ?

Je me les impose couci-couça, on va dire. J’ai du mal à rester constante dans tout ce qui est entraînement, travail physique… Je vais le faire à certaines périodes, après, je vais en avoir un peu marre, et puis ça va revenir. Pour passer le cap et revenir Top 50, il faudrait que j’arrive à rester toute l’année dans la bonne mentalité.

C’est peut-être aussi une question de passion pour le tennis ?

Oui. Moi, je suis passionnée par la compétition. Je préfère largement faire des matchs que des entraînements. Donc c’est vrai que m’entraîner pendant des heures à répétition tous les jours, c’est quelque chose qui est assez compliqué pour moi. J’ai besoin de faire des petites pauses de temps en temps. C’est ce qui me fait le plus de bien. J’essaie de trouver un équilibre et un rythme dans ce qui me plaît le plus. Mais il ne faut pas non plus que ça soit des contraintes, même si malheureusement il en faut un minimum.

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