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Endurance

24 Heures du Mans 2024 : Les enseignements de la 92e édition

Antoine Ancien

Publié le

24 Heures du Mans 2024 Les enseignements de la 92e édition
Photo Icon Sport

24h DU MANS 2024 – La 92e édition des 24h du Mans avait lieu ce week-end. L’occasion de revenir sur les faits marquants d’une course remportée par Ferrari, pour la deuxième année consécutive.

De la pluie, du vent et des températures dignes d’un mois de novembre. Ces trois facteurs ont fait le sel des 24h du Mans, disputés ce week-end du 15 et 16 juin. Que ce soit en piste ou dans les stands, dans les allées du village ou dans les tribunes, l’épreuve phare du Championnat du monde d’Endurance (WEC) restera historique à plus d’un titre.

La passe de deux pour Ferrari

Les 499 P étaient très attendues dans la Sarthe. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elles ont eu le nez creux. Très en verve lors des qualifications et l’Hyperpole, les Ferrari ont fait parler leur vitesse de pointe, supérieure au reste de la concurrence. Et cette fois, le cheval cabré a brillamment passé l’obstacle de la pluie. Rapide sur la piste, la Scuderia a aussi su faire les bons choix au bon moment lorsque les conditions se sont fortement dégradées.

L’écurie privée AF Corse, avec la #83, semblait pourtant un cran au-dessus des officielles. Première en début de nuit et dans le trio de tête au petit matin, Robert Kubica, Robert Shwartzman et Yifei Ye ont malheureusement dû se résoudre à abandonner, dimanche midi. En cause, une panne totale du système hybride.

Peut-être un brin plus discrètes que la #83, les deux officielles ne s’en sont pas moins positionnées comme de solides prétendantes à la victoire. Et si leur course n’a pas été parfaite (pénalités en début de course, dépassements des limites de piste, portière récalcitrante pour la #50), les deux 499 P ont été constantes du début à la fin.

Nicklas Nielsen a eu la lourde responsabilité d’emmener la #50 jusqu’à la ligne d’arrivée avec le peu d’essence qui lui restait. Le pilote danois a coupé la ligne avec seulement 2% d’énergie. En compagnie d’Antonio Fuoco et Miguel Molina, il s’offre sa toute première victoire dans la Sarthe au général. La #51 des tenants du titre doit se contenter de la troisième marche du podium, battue par sa sœur et la Toyota #7.





Toyota loupe le coche, Porsche battu

Reléguées en milieu et en fond de peloton sur la grille, discrètes, mais appliquées dans le premier quart de course, les Toyota GR010 Hybrid ont fait parler leur expérience. Et rappelé qu’il ne fallait jamais les enterrer. L’histoire aurait pu être belle pour la #8, si Brendon Hartley n’avait pas été bousculé par Alessandro Pier Guidi et la Ferrari #51 dans le virage de Mulsanne, dimanche à 14h. Elle aurait pu être magnifique pour la #7, si le revenant José Maria López ne s’était pas sorti à la courbe Dunlop, une heure plus tard. Mais ce n’est pas en 2024 que Toyota prendra sa revanche sur Ferrari.

Pourtant, au gré d’une bonne stratégie et d’un safety-car en début de nuit, Sébastien Buemi s’est retrouvé en tête, juste devant la Porsche #6 pilotée par André Lotterer puis Kevin Estre. Les deux autos se sont livrées un beau mano à mano, avant que la pluie et de nouveau un safety car ne reviennent battre les cartes.

À l’aise sous la pluie, les deux Toyota ont lutté jusqu’au bout pour ravir la victoire à Ferrari. Mais après sa sortie de piste, la #8 ne pouvait plus rien faire et termine cinquième, quand la #7, deuxième à l’arrivée échoue pour 14 petites secondes. L’écart le plus faible au Mans depuis 2011, et le succès d’Audi face à Peugeot (13 secondes).

Arrivé au Mans dans la position de leader au classement pilotes et constructeurs, Porsche est certainement le constructeur parmi les vainqueurs potentiels à avoir le plus perdu. Certes, la 963 n’avait pas la vitesse de pointe des Ferrari. Cela s’est très vite vu, dès les premiers tours de course. Mais le Porsche Penske Motorsport a surtout été battu au jeu des stratégies. Là où Ferrari et Toyota ont préféré jouer la sécurité en s’arrêtant chausser les pneus pluie, les Allemands ont tenté à plusieurs reprises des coups de pokers.

D’abord avec la #6, restée un ou deux tours en piste lorsque la pluie s’est mise à tomber, samedi en fin d’après-midi. Plus grave encore, avec la #5 peu après minuit. Pendant que ses adversaires passaient au stand, Frédéric Makowiecki poursuivait la course en slicks, perdant 30 secondes par tour. Ajoutez à cela la partition plus que moyenne de la #4, venue tout droit de l’IMSA et qui a abandonné dimanche matin sur sortie de piste, et voilà que la meilleure représentante de Stuttgart termine quatrième à une seconde du podium. La #5 termine sixième.

Un résultat décevant, fruit d’une course frustrante pour les hommes de Roger Penske. Il faudra patienter encore pour voir Porsche s’offrir une 20e victoire aux 24h du Mans.

Cadillac si près et si loin

Dimanche matin, les spectateurs et fans de Cadillac y ont certainement crû. Sur une stratégie d’arrêts décalés, la V-Series.R #2 a pointé le bout de son museau bleu en tête de l’épreuve. Les chances de victoire ou de podium étaient réelles. Dans le rythme et plutôt fiables, Alex Lynn, Earl Bamber et le rookie Alex Palou ont aligné les chronos. Ce dernier a d’ailleurs impressionné le board de Cadillac, le désignant pour prendre le dernier relais. Mais les conditions mixtes de fin de course, sur une piste mouillée, n’ont pas permis à la Cadillac de maintenir un tempo suffisant. Un changement d’essuie-glaces lui a également fait perdre de précieuses secondes. Au final, la voiture inscrite en WEC termine septième.


Course plus délicate pour la #3 du Manceau Sébastien Bourdais. Piégée par la pluie le samedi, l’Américaine n’était déjà plus concernée par la lutte pour la victoire lorsque Scott Dixon s’est immobilisé dans les Hunaudières à 10h 14, dimanche matin. L’abandon sera confirmé une fois de retour dans son box. Quant à la #311, elle termine 29e au scratch après de longues heures passées au stand suite à un accident survenu dans la nuit.

Grise mine pour le clan français

Pour son retour en catégorie reine, Alpine espérait sans doute un meilleur baptême. Si la victoire n’était pas forcément jouable dès cette année, la marque au A fléché partait ambitieuse, d’autant plus après des qualifications réussies. Plutôt correctes en termes de rythme, les A424 #35 et #36 n’ont finalement pas passé le cap de la mi-course, suite à une défaillance du moteur Mecachrome. Alpine essaiera de revenir plus fort en 2025, après une année d’apprentissage.

Une excuse que Peugeot ne peut pas sortir. La nouvelle 9X8, dotée d’un aileron arrière depuis les 6h d’Imola a connu une course dans le plus grand anonymat. Jamais la performance n’a été au rendez-vous, et seule la fiabilité a permis au Lion d’exister un peu. Mais le résultat est sans appel, avec la #94 et #93 respectivement 11e et 12e.

BMW en souffrance, Lamborghini manque de rythme

À l’occasion de son retour aux 24h du Mans, BMW fêtait un anniversaire : celui des 25 ans de sa première et unique victoire. Déjà à l’époque, l’édition 1999 était présentée comme celle du « siècle », avec la présence de nombreux constructeurs (Toyota ; Audi ; Mercedes ; Nissan ; Porsche). La marque à l’hélice avait triomphé en dominant la concurrence.

Cette année, Vincent Vosse et son équipe ne s’attendaient sûrement pas à vivre une course aussi compliquée. Alors qu’elle était à un tour, la M Hybrid V8 Team WRT #15 pilotée par Dries Vanthoor s’est accrochée dans les Hunaudières samedi soir, avec le leader, Robert Kubica à bord de la Ferrari #83. La #20 a de son côté subi une sortie de piste en fin d’après-midi du samedi, avant de passer de longues heures dans ses box.

Lamborghini n’a jamais été en mesure d’espérer quoique ce soit dans la course. Mais pour la première participation de sa SC63, la formation italienne peut se targuer d’avoir rallié l’arrivée sans connaître de véritables problèmes techniques. Les deux autos de la firme de Sant’Agata Bolognese #63 et #19 sont 10e et 13e à l’arrivée. Prometteur pour la suite.

La 14e place, elle, revient à l’Isotta Fraschini. Performance héroïque du trio Jean-Karl Vernay-Antonio Serravalle-Carl Bennett, loin de pouvoir se mêler aux avant-postes, mais irréprochable ou presque en piste et dans les stands. Peu de monde misait sur la présence du petit poucet à l’arrivée, l’équipe milanaise a prouvé le contraire.

LMP2 : United Autosports l’emporte

Mine de rien, cela faisait déjà 4 ans que l’écurie britannique couvée par Zack Brown ne s’était pas imposée. Une éternité. Dans une catégorie à couteaux tirés ou la bataille a fait rage, la #22 de United Autosports a su tirer son épingle du jeu dans des conditions très changeantes pour retrouver le chemin de la victoire.

Alors qu’ils étaient encore 6 en lice au petit matin pour se jouer la victoire, Oliver Jarvis a enchaîné les relais pour prendre petit à petit de l’avance sur le reste du plateau. Le Britannique, épaulé par Nolan Siegel et Bijoy Garg l’emporte avec une avance de 18 secondes sur la voiture lauréate en 2023, Inter Europol Competition. Le podium est complété par Idec Sport. Quatrième place pour AF Corse et la #183 du trio Perrodo-Barnicoat-Varrone, également victorieux en Pro-Am.

LM GT3 : Manthey Ema s’impose devant BMW

L’histoire retiendra que le tout premier vainqueur de la nouvelle catégorie, le LM GT3 s’appelle Porsche. Plus particulièrement, le team Manthey Ema, avec la #91 s’est imposé à l’issue de 24h d’une course rondement menée.

Si BMW avait réussi à trouver le bon tempo en course, la #46 a trop vite jeté l’éponge. En début de nuit ce samedi, la #46 est partie à la faute avec Ahmad Al Harthy à son bord. Le trio qu’il compose avec Maxime Martin et Valentino Rossi était pourtant en lutte pour la victoire. Une fois passés les soucis électroniques sur le changement de rapport de boîte pour la #92 du Manthey Pure Rxcing, la #91 avait le champ libre. Richard Lietz, le plus ancien de ce plateau 2024 en nombre de participations, l’emporte au côté de ses coéquipiers Morris Schuring et Yasser Shahin. La BMW #31 prend la deuxième place, la surprenante Ford Mustang GT3 #88 – Proton Competition la troisième.

Plus de 6h de safety-car, le top 9 dans le même tour

L’année dernière, avec plus de 3h de course sous régime de la voiture de sécurité, il s’agissait déjà d’un record. Celui-ci a été pulvérisé ce week-end. Le premier safety car, en début de nuit, est intervenu après le crash de la BMW #15 au virage de Mulsanne. La course est repartie une première fois peu après minuit. Pour s’interrompre de nouveau à 3h 44. Moment choisi par les organisateurs pour neutraliser le circuit, après la sortie de piste de la Cadillac #311 et la pluie, qui n’a cessé de redoubler d’intensité. Le safety car sera actif entre 3h 44 et 8h 10, un record sans précédent.

Ces conditions désastreuses ont malgré tout eu pour avantage de nous donner une fin de course palpitante avec 9 autos dans le même tour. Du jamais vu dans l’histoire des 24h du Mans. Le top 5 à l’arrivée se tient même en une minute. Il est peu de dire qu’on se souviendra encore très longtemps de cette édition.

Zinédine Zidane starter officiel devant 329 000 personnes

C’était le moment fort de l’avant course. Zinédine Zidane a été désigné comme le starter de la 92e édition. Un choix plutôt logique, quand on sait que le champion du monde 1998 et champion d’Europe 2000 est ambassadeur auprès de l’écurie française Alpine en F1. L’ex-international français a même fait un tour de circuit, samedi avant le départ dans l’Alpine Alpenglow.

Sur place, dans les allées du village, dans les boutiques, au musée ou dans les tribunes, les 24h du Mans ont attiré cette année la bagatelle de 329 000 personnes (+ 4000 par rapport à 2023). Avec l’âge d’or auquel l’endurance assiste, le soufflet n’est pas près de retomber.

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