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Endurance

24 Heures du Mans : L’odyssée de Pescarolo, quand le rêve devient réalité

Antoine Ancien

Publié le

24 Heures du Mans L’odyssée de Pescarolo, quand le rêve devient réalité
Photo Icon Sport

24 HEURES DU MANS – Alors que la mythique course d’endurance se tient le week-end prochain, Dicodusport vous fait découvrir chaque jour une marque qui a participé à la légende de l’épreuve sarthoise. Aujourd’hui, c’est autour de Pescarolo. Pilote reconnu dans le monde de l’endurance, Henri Pescarolo a pendant plus de trente ans enchanté le public du Mans. Avant de poursuivre l’aventure, avec succès dans la peau d’un team manager. C’est l’histoire du jour.

Créées en 1923, les 24 Heures du Mans sont plus qu’une simple course d’endurance. Véritable laboratoire technique, l’épreuve née des intentions de Georges Durand, secrétaire général de l’ACO (Automobile Club de l’Ouest) et de Charles Faroux, patron du journal l’Auto, a toujours été pionnière en termes d’innovations. Des innovations qui, après avoir été testées en course, se sont retrouvées sur des voitures de séries destinées à la route, les nôtres.

Les débuts en course d’Henri Pescarolo

Parfois, quand on se remémore les marques qui ont fait la renommée des 24h du Mans, on pense aux mastodontes allemands, Porsche et Audi, à Ferrari ou encore à Jaguar, Ford, Toyota. Posez la question à un public de connaisseurs et il vous citera au moins l’une de ces entités. Pourtant, les passionnés d’automobile et de la classique mancelle ont aussi en mémoire toutes ces « petites » équipes s’étant engagées à un moment ou un autre pour la plus grande course du monde. Car oui, l’esprit du Mans et celui de l’endurance, ce sont bien entendu ces gros noms de la compétition qui se sont affrontés corps et âmes sur la piste. Mais c’est également ces teams privées, conçues par des particuliers mordus d’automobile, ayant la fièvre de prendre le départ.

À l’image d’un certain Henri Pescarolo, qui a décidé de créer sa propre écurie de course une fois avoir raccroché son casque en 1999. Avant de conter l’histoire de sa marque, il est essentiel de revenir en arrière et de comprendre qui est ce mystérieux bonhomme à sa barbe reconnaissable entre mille. Pescarolo, il faut l’avouer, n’avait pas vocation à devenir pilote de course. Étudiant en médecine, c’est grâce à son père, invité à disputer certains rallyes amateurs, qu’il prend goût au sport automobile. Dès lors, terminé les études ennuyeuses et bonjour l’adrénaline des bolides. Tout s’accélère vite dans le milieu des années 1960, le jeune Pescarolo est recruté par Matra, qui désire s’implanter en tant que constructeur automobile. Après avoir été titularisé en Formule 3, le Tricolore boucle ses premières 24h du Mans en 1966. De 1966 à 1971 (en 1969, il ne dispute pas l’épreuve en raison d’un accident dont il est victime), il abandonne sans cesse. Sa carrière et sa légende, ont malgré tout déjà débuté.

1968. Pour ses troisièmes 24h du Mans avec l’équipe Matra Sports, il fait équipe avec Johny Servoz-Gavin. Parti en cinquième position, la Matra MS630 tombe en panne d’essuie-glaces en pleine nuit. Servoz-Gavin refusant de continuer à conduire, le patron Jean-Luc Lagardère réveille Pesca en lui annonçant le problème et l’abandon qui doit en découler. Hors de question de renoncer pour le natif de Paris qui décide d’essayer de conduire quand même sous une pluie battante et sans essuie-glaces. L’histoire est en marche, Pesca aligne les tours avec sa Matra, se payant même le luxe de dépasser des concurrents. Bien parti pour s’offrir un podium, l’auto doit renoncer à la 22ème heure à cause d’une crevaison qui a endommagé la batterie. Qu’importe, la légende d’Henri Pescarolo est née.

L’heure de gloire

Après avoir abandonné à cinq reprises, le Français voit l’arrivée en 1972, 1973 et 1974. Mieux que ça, ce sera la victoire lors de chacune de ces années avec comme équipier de Graham Hill en 1972 (seul pilote qui s’est adjugé la triple couronne) et de Gérard Larousse en 1973 et 1974. Pesca s’adjugera un quatrième et dernier succès dans la Sarthe en 1984 à bord d’une Porsche 956 confiée à l’équipe Joest. Avec l’Allemand Klaus Ludwig, il revient des profondeurs après un début de course marquée par de nombreux soucis techniques.





Lancia, Sauber Mercedes, Jaguar, Courage… Pesca passera par tous ces constructeurs avant de mettre fin à sa carrière en 1999, avec une dernière participation à bord d’une Courage C50 de son propre team, Pescarolo Promotion Racing Team. Il finira 9ème. Encore aujourd’hui, Pesca détient le record du nombre de participations aux 24h du Mans (33).

L’ascension de Pescarolo Sport

Commence alors notre deuxième chapitre de l’histoire, le deuxième chapitre de sa vie. Son écurie Pescarolo Sport créée (catégorie LMP1), ce dernier utilise d’abord des châssis d’une autre équipe bien connue du public manceau, Courage, avec laquelle il a déjà piloté. Équipée d’un moteur Peugeot, sa voiture finit à une honorable quatrième place en 2000, juste derrière les trois Audi victorieuses. Plus en retrait en 2001, 2002 et 2003, l’ascension de Pescarolo Sport est fulgurante à partir de 2004. Cette même année, son trio Ayari-Comas-Tréluyer figure une bonne partie de la course dans le tiercé de tête, mais termine au final au pied du podium.

2005 semble être l’édition ou jamais pour espérer l’emporter. Parti de la pole position, l’équipage Boullion-Collard-Comas est victime d’un accrochage avec une Panoz, puis d’un problème de boîte de vitesses. Leur fantastique remontée nocturne permettra aux trois hommes de ravir la seconde place. Magnifique pour une écurie privée, mais frustrant quand on sait que la Pescarolo C60 H Judd (Judd étant le nouveau motoriste) était plus véloce que les Audi R8.

Nouvelle deuxième place en 2006 pour Pescarolo. Les deux équipages mènent la vie dure aux nouvelles Audi R10 TDI. Insuffisant pour détrôner la marque aux anneaux de son piédestal. Mais la meilleure des deux autos s’empare tout de même d’une très belle deuxième place avec un certain Sébastien Loeb au volant, accompagné d’Eric Hélary et Franck Montagny. L’heure de gloire de Pescarolo semble passée même si, un troisième et dernier podium sera signé en 2007 avec Collard-Boullion-Dumas.

Avec le retour de Peugeot, déjà présent en 2007, il devient compliqué pour la team française d’espérer mieux que des places d’honneur. Septième en 2008 et huitième en 2009, c’est tout ce que le grand Henri Pescarolo et ses hommes réussiront à faire.

Le déclin d’un mythe

La team est finalement placée en redressement judiciaire, car en proie à des difficultés financières, et liquidée en juillet 2010. Jacques Nicolet (patron de OAK Racing) rachète les parts et reverse l’argent à son ami. La nouvelle équipe Pescarolo Team engage une voiture en 2011. En passe de faire un bon résultat, Emmanuel Collard se fait surprendre en fin de course aux virages Porsche à cause d’une averse. C’est l’abandon pour l’unique représentante du pilote au casque vert.

L’aventure Pescarolo s’achève en 2012. Le team sarthois amène une Pescarolo 03-Judd et une Dome S102.5–Judd. La fiabilité n’est malheureusement pas au rendez-vous. La première, la #16, abandonne rapidement tandis que la deuxième, la Dome #17, immobilisée une longue partie de la course dans son garage rallumera son V8 pour un ultime tour de piste. Le dernier pour Henri Pescarolo en tant que team manager.

Tout au long de sa carrière de patron d’écurie, l’homme aux 79 printemps passés en 2022 n’a cessé de monter au créneau pour dénoncer le déficit de performance entre ses voitures (moteur à essence) et les diesels de Peugeot et Audi. Une frustration nettement compréhensible quand on sait ce qu’a apporté Pesca aux 24h du Mans. Pas forcément pris au sérieux par l’ACO, son aventure en tant que pilote, puis en tant que dirigeant, demeure un mythe dont on se souviendra encore dans 50 ans. C’est une certitude.

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