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Endurance

24 Heures du Mans : Rebellion Racing, l’épopée d’un petit devenu grand

Antoine Ancien

Publié le

24 Heures du Mans Rebellion Racing, l’épopée d’un petit devenu grand
Photo Icon Sport

24 HEURES DU MANS – Alors que la classique mancelle se tient le week-end prochain et fête cette année son centenaire, Dicodusport vous fait découvrir chaque jour une marque qui a participé à la légende de l’épreuve sarthoise. On enchaîne avec Rebellion. Le team privé helvète a été un acteur incontournable de l’endurance pendant 13 ans. C’est l’histoire du jour.

Créées en 1923, les 24 Heures du Mans sont plus qu’une simple course d’endurance. Véritable laboratoire technique, l’épreuve née des intentions de Georges Durand, secrétaire général de l’ACO (Automobile Club de l’Ouest) et de Charles Faroux, patron du journal l’Auto, a toujours été pionnière en termes d’innovations. Des innovations qui, après avoir été testées en course, se sont retrouvées sur des voitures de séries destinées à la route, les nôtres.

La genèse du projet

Installée sur les rives du Lac Léman, là où il n’existe pas de qualificatifs pour décrire ce lieu à perte de vue, se trouve l’entreprise dont nous partons à la découverte : Rebellion Timepieces SA. Difficile à première vue de croire que nous avons affaire à un constructeur. Et nous avons raison. Rebellion n’est pas un constructeur automobile, il s’agit d’une marque spécialisée dans l’horlogerie suisse. Il faut creuser pour voir plus loin.

Fondé en 2008 par un industriel passionné d’horlogerie, de technologie et de course automobile, Rebellion est un condensé de ces trois mondes. C’est en ayant dans son ADN le sport automobile qu’elle débute en compétition cette même année-là. Associée à l’écurie britannique Sebah Racing, Speedy Racing (ancêtre de l’entité Rebellion) engage une LMP2 aux 24 Heures du Mans. Cette édition se solde par un abandon. Mais l’histoire de la marque suisse est en marche.

Débuts en LMP1 et premiers titres

En 2009, une Lola B08/60 motorisée par un V12 Aston Martin participe à l’épreuve du double tour d’horloge. Elle revêt alors le numéro 13. Plus qu’une simple inscription à deux chiffres, ce numéro deviendra au fil des années un véritable symbole. Entre rêve et superstition.

L’équipe engage deux prototypes à cette occasion. Une Lola Aston Martin en LMP1 ainsi qu’une Lola avec un V10 fourni par Judd, motoriste britannique en LMP2. Le trio composé d’Andrea Bellichi, Neel Jani et Nicolas Prost termine en 14ème position. Il est devancé de deux places par l’auto sévissant en LMP2. L’arrivée est atteinte pour la première fois.





Sans que cela ne soit péjoratif, le « petit team privé » n’a d’emblée pas les mêmes chances de victoires que les constructeurs Audi et Peugeot, les deux seuls mastodontes à animer le LMP1 à l’époque et à utiliser le diesel comme carburant. C’est en cela que dès la création du championnat du monde d’endurance en 2012 (FIA WEC), l’ACO a décidé de séparer en deux la catégorie reine afin de récompenser les teams privés (Rebellion, Pescarolo, Strakka Racing) dans un classement annexe.

En 2010, Speedy Team Sebah prend le nom de son sponsor principal, les montres Rebellion, se recentrant définitivement sur le LMP1 avec deux Lola au V10 Judd rebadgées Rebellion. Cette année-là, aucune des autos engagées ne termine la course. Mais pas en 2011. Cette-fois, les deux autos, qui utilisent toujours le châssis Lola, sont propulsées par un V8 Toyota. La #12 de Prost-Jani-Bleekemolen achève cette édition en 6ème position et est première des LMP1 privées derrière les quatre Peugeot officielles. La #13, elle, est contrainte à l’abandon sur sortie de piste.

À la fin de l’année, la structure suisse remporte le championnat des Le Mans Series (ex-European Le Mans Series) avec Bouillon et Bellichi pour un seul petit point d’avance seulement sur Pescarolo.

2012. On prend les mêmes et on recommence. Ou presque. Quatre des six pilotes Rebellion sont encore de l’aventure, mais les couleurs des prototypes changent : d’une robe rouge doré, nous passons aux couleurs jaune et noir chères à Lotus. Après un premier meeting sans saveur du côté de Sebring (Floride) qui marque à cette occasion la première course du nouveau championnat du monde d’endurance (WEC), Rebellion termine derrière les intouchables Audi à Spa. Avant de se hisser au quatrième rang au mois de juin dans la Sarthe, par l’intermédiaire de l’équipage de la #12 pilotée par Prost-Jani-Heidfeld, ce dernier étant un transfuge de la F1. Rebellion décroche avec brio le premier Trophée Endurance FIA 2012 des équipes privées LMP1.

2013. Malgré un excellent début de saison, qui voit notamment les hommes du team manager Bart Hayden prendre la troisième place aux 12 Heures de Sebring dans le cadre de l’ALMS, c’est plus compliqué dans la Sarthe où ses protégés doivent s’incliner face à l’unique autre privé, la HPD ARX du Strakka Racing. En fin de saison, Rebellion coiffe un nouveau trophée FIA.

La parenthèse du LMP2, entre joie et déceptions

En 2014, Rebellion construit une nouvelle auto, la R-One toujours motorisée par Toyota, mais bâtie à partir d’un châssis Oreca. Lors des 24h du Mans, la #12 de Prost-Heidfeld-Beche réalise une course quasi parfaite et profite des défaillances qui touchent au moins une voiture de chaque constructeur engagé (Audi, Porsche, Toyota) pour se hisser au quatrième rang. Comme en 2012.

Malgré les trophées FIA obtenus, la Rebellion R-One, désormais équipée d’un V6 bi-turbo AER est en difficulté au Mans en 2015 et 2016. Avant de passer dans la catégorie du dessous, le LMP2 l’année suivante.

2017. Rebellion décide de passer en LMP2, avec deux Oreca 07. L’écurie helvétique s’engage sous le nom de Vaillante Rebellion, grâce au partenariat noué avec Philippe Graton, fils de Jean, le créateur de la bande dessinée iconique Michel Vaillant. Ce personnage, une référence dans le petit monde du sport automobile, a tant gagné de victoires au Mans. Mais il a parfois aussi tout perdu. Alors, quand P.G propose à Rebellion un partenariat pour voir (ou revoir) des Vaillante dans la Sarthe, il n’y a aucune hésitation.

Quand la fiction devient réalité. Deux histoires, deux issues. La première, celle du championnat où Julien Canal et Bruno Senna, les pilotes de la Vaillante Rebellion #31 s’adjugent le titre. La deuxième, plus cruelle. Celle des 24 Heures du Mans, là où les deux hommes, accompagnés de Nicolas Prost, ont tout perdu le matin du 17 juin à cause d’un problème de boîte de vitesse. Longuement immobilisée, la #31 termine l’épreuve au 16ème rang final. Alors que la #13, elle, pense s’adjuger la 2ème place du LMP2 et la 3ème au classement général. Mais 24 Heures après la fin de la course, le collège des commissaires du WEC et de l’ACO ont décidé de disqualifier l’auto en raison d’une coque modifiée pendant la compétition.

Un retour en LMP1 couronné de succès

2018 marque le retour de Rebellion en LMP1. Après les désertions successives d’Audi et de Porsche, Toyota demeure alors le seul constructeur. Avec son système hybride et son line-up de pilotes expérimentés, rivaliser avec la firme nippone n’est tout simplement pas possible.

Du côté des privés, SMP Racing, DragonSpeed et Ginetta viennent comme Rebellion garnir la grille du LMP1 dans la Sarthe. Loin de se mêler à la lutte pour la victoire finale, le team suisse s’offre son tout premier podium au Mans. La R13 à moteur Gibson #3 confiée à Beche-Menezes-Laurent accuse un retard de 12 tours sur la lauréate, la Toyota TS050 #8 de Fernando Alonso, Sebastien Buemi et Kazuki Nakajima. La R13 #1 est quant à elle 4ème.

En 2019, Rebellion innove avec une double livrée originale. Mais pas de podium pour le team suisse. Après une course jalonnée de divers ennuis, les autos #1 et #3 finissent respectivement 4ème et 5ème, loin des Toyota qui signent un nouveau doublé, mais également battus par l’écurie russe SMP Racing qui place la #11 en troisième position.

L’édition 2020 pour boucler la boucle

Dans un communiqué en date du 13 février 2020, Rebellion indique mettre un terme à son engagement en sport automobile à l’issue de la super-saison du WEC, étalée sur deux années calendaires (2019-2020). Quelques jours plus tard, sur le circuit des Amériques, Rebellion domine Toyota à l’occasion des 6 Heures d’Austin.

Les 18 et 19 septembre 2020, les 24h du Mans qui se disputent exceptionnellement à huis-clos pour cause de pandémie sont le théâtre de l’ultime course de Rebellion en endurance. Dans une catégorie LMP1 décimée et réduite à 5 autos (Toyota, Rebellion et ByKolles), la marque suisse fait bonne figure. L’écart avec Toyota s’est resserré, mais ce n’est pas suffisant pour entrevoir la victoire.

Tout de même, la R13 Gibson #1 de Menezes-Nato-Senna s’intercale sur le podium entre les deux Toyota d’usine. Un résultat exceptionnel pour un team privé. Et sans une légère sortie de piste de Louis Delétraz à une heure de l’arrivée, la R13 Gibson #3 se positionnait au troisième strapontin. Elle finit 4ème à l’arrivée.

Pendant plus d’une décennie, Rebellion a été l’un des piliers de l’endurance. L’écurie, une simple marque de montres à l’origine, s’est forgée une grande réputation dans cette discipline. Aux 24 Heures du Mans, elle est la seule à avoir contesté la domination de Toyota entre 2018 et 2020.

Tandis que 2023 marque le retour des grands constructeurs en FIA WEC, Rebellion aurait dû être de la partie. L’équipe avait prévu de s’associer à Peugeot en Hypercar et de gérer l’exploitation de l’auto en course. Il n’en sera finalement rien.

Rebellion laisse aujourd’hui un véritable héritage dont les amoureux de sport automobile et des 24 Heures du Mans se souviendront pendant encore bien des années. Ainsi, se clôture le chapitre d’une équipe indépendante, prête à tout pour arriver au sommet d’un univers dont elle ignorait tout en 2008. Il n’y aura jamais eu de victoire dans la Sarthe. Mais un rêve, qui lui s’est réalisé.

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