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Tournoi des 6 Nations

6 Nations 2020 : Que retenir de ce tournoi ? Dicodusport fait son carnet de notes

Nicolas Mezine

Publié le

6 Nations 2020 : Que retenir de ce tournoi ? Dicodusport fait son carnet de notes
Franck Fife / AFP

Le Six Nations 2020 est terminé, avec le sacre des Anglais sur cette édition. Que retenir de ce cru 2020 ? Dicodusport vous fait son débrief et son carnet de notes.



1. Angleterre : 7/10 

Bilan du tournoi : 1er, 4 victoires ( 6-13 vs Ecosse, 24-12 vs Irlande, 33-30 vs Pays de Galles, 5-34 vs Italie), 1 défaite (24-17 vs France)

Les Anglais avaient à cœur de se rassurer sur ce Six Nations. En effet, la défaite lors de la dernière Coupe du monde où le XV de la Rose a été terrassé en finale par les Springboks de Cheslin Kolbe avait laissé des traces. La Rose a fait le job, dans le style qu’on connait, à savoir des victoires très étriquées et une maîtrise complète de son plan de jeu. La recette est évidente côté anglais : beaucoup de discipline, très peu de fautes données aux adversaires, et une condition physique parfaite qui leur permettent d’être tranchants pendant 80 minutes.

Sans oublier un jeu territorial parfaitement maîtrisé grâce aux box-kicks et aux chandelles à répétition d’Owen Farrell et de Ben Youngs, les deux demis. Eddie Jones, dans sa continuité de la Coupe du monde, a décidé de mettre deux gros plaqueurs en troisième ligne : Sam Underhill est un plaqueur infatigable, avec une quinzaine de plaquages en moyenne par match, tandis que Tom Curry excelle pour ralentir les ballons dans les rucks.

6 Nations 2020 : L'Angleterre s'impose dans la douleur face à l'Italie

L’Angleterre, ici avec Ben Youngs, s’impose dans la douleur face à l’Italie – INPHO

Cependant, difficile d’être emballé par le jeu des Anglais. Leur jeu est propre, efficace, mais il n’y a pas de folie, aucun dépassement de fonction, et les victoires sont acquises difficilement. C’est tout le paradoxe avec ce que l’on retrouve dans la Premiership, le championnat domestique. Les équipes y jouent un rugby libéré, avec beaucoup de jeu au large et des prises de risque. Un exemple ? La victoire de Bristol face à Toulon en finale de Challenge Cup : un jeu aéré, complètement fou par moment. Pendant plusieurs années, Exeter a acquis ses succès et s’est hissé à de multiples reprises en finale de Premiership grâce à un jeu parfaitement équilibré entre jeu au large, jeu dans le dos pour servir les arrières et domination du paquet d’avants.

Avec les talents que les Anglais possèdent dans leurs rangs, difficile de se contenter de ce que l’on voit. L’Angleterre se doit d’être plus convaincante et de sortir de son style de jeu stérile et soporifique. Les équipes adverses connaissent désormais parfaitement le style de jeu du XV de la Rose et sont capables de s’adapter : cette année, s’ils ne prennent pas le bonus défensif en France, le Tournoi échappait aux hommes d’Eddie Jones.




2. France : 8/10

Bilan du tournoi : 2ème, 4 victoires ( 24-17 vs Angleterre, 35-22 vs Italie, 23-27 vs Angleterre, 35-27 vs Irlande), 1 défaite (28-17 vs Ecosse)

Le premier mot qui vient à l’esprit afin d’évoquer le bilan des Bleus est plaisir. Quel bonheur de voir jouer cette équipe ! La troupe du capitaine Ollivon a redoré son image, le french flair est de retour mesdames et messieurs. Les Bleus terminent deuxièmes du tournoi suite à un goal-average défavorable par rapport aux Anglais. Mais pour la plupart des spécialistes, ce sont eux les grands vainqueurs des Six Nations. Ils sont désormais 4èmes au classement mondial. Avec une identité forte, une mêlée totalement maîtrisée (100% de ballons gagnés sur leurs propres introductions), un jeu débridé grâce à une charnière qui ose et qui prend des risques, inutile de vous dire que les feux sont au vert pour continuer à progresser, à trois ans de la Coupe du monde en France.



Ainsi, tout le mérite revient au staff de Fabien Galthié. Les anciens sélectionneurs tels que Philippe Saint-André et Jacques Brunel pour ne citer qu’eux avaient la fâcheuse habitude de changer les joueurs à chaque match, que ce soit à la charnière ou dans les lignes arrières. Il n’y avait aucune continuité dans les feuilles de matchs. Désormais, il semble que l’ancien joueur du Stade Français a retenu les leçons des heures sombres du rugby français. Lui et son staff ont choisi leur groupe et comptent bien l’amener le plus loin possible. Antoine Dupont et Romain Ntamack jouent en club depuis trois saisons ensemble. Ils se connaissent parfaitement, ont vécu de grands succès avec le Stade Toulousain, comme le dernier titre de champion de France en 2019.

Un XV de France conquérant qui fait plaisir à voir – INPHO

Le staff a également pris énormément de risques dans certains choix. Notamment celui du capitaine, qui a été parfois contesté dans les médias. Charles Ollivon est un formidable meneur : le Toulonnais a parfaitement assumé ses fonctions de meneur d’hommes et a protégé sa troupe contre vents et marrées. Son association en troisième ligne avec Francois Cros et Grégory Alldritt est parfaitement équilibrée. Et quand on pense au parcours de certains joueurs… Anthony Bouthier jouait en Pro D2 avec Vannes il y a encore deux ans. Certes, il martyrisait les défenses adverses par ses franchissements et ses crochets, mais rien ne laissait imaginer que le natif de Pouillon pouvait être l’arrière titulaire des Bleus deux ans après. Mohamed Haouas a aussi toute la confiance du staff, même après son coup de poing donné en Écosse en mars dernier.

Enfin, dès son arrivée à la tête des Bleus, Fabien Galthié avait annoncé qu’il allait se servir des deux derniers sacres des U20, doubles champions du monde en titre. On peut dire qu’il a tenu ses promesses : Romain Ntamack et Arthur Vincent sont désormais titulaires, Demba Bamba figure régulièrement sur les feuilles de match et certains comme Arthur Retière sont dans le viseur du staff. La beauté de ce groupe, c’est cette alchimie entre une jeunesse très prometteuse, pleine de fougue et d’envie et des cadres comme Gaël Fickou qui, malgré le fait qu’il soit baladé de l’aile au centre, assume le rôle de papa des lignes arrières.


3. Irlande : 6.5/10

Bilan du tournoi : 3ème, 3 victoires (19-12 vs Ecosse, 24-14 vs Pays de Galles, 50-17 vs Italie), 2 défaites ( 24-12 vs Angleterre, 35-27 vs France)

Pour son premier tournoi des Six Nations, Andy Farrell peut être satisfait. Il avait la lourde tâche de remplacer Joe Schmidt, entraîneur reconnu mondialement pour ses succès partout où il est passé (Clermont, Leinster entre autres), qui a quitté ses fonctions après la Coupe du monde. Depuis, Farrell a gardé les recettes de son prédécesseur : une grosse défense, les fameux pick and go des Irlandais sont toujours dévastateurs dans les 30 derniers mètres adverses et Jonathan Sexton joue toujours parfaitement son rôle de chef d’orchestre. Cependant, la défense du Trèfle a été dépassée dès que le rythme d’un match s’accélérait, car l’Irlande n’est jamais aussi forte que lorsqu’elle contrôle le tempo du match. Mais Andy Farrell, qui fut entraîneur de la défense sous le mandat de Joe Schmidt, a su garder une défense perméable et difficile à franchir (moins de 15 points concédés face à l’Ecosse, le Pays de Galles et l’Angleterre).

Johnny Sexton, symbole d’une génération qui tire la langue – INPHO

Néanmoins, l’Irlande n’a pas su s’imposer en France, ce qui lui aurait permis de remporter une nouvelle fois ce trophée qu’elle a gagné trois fois lors des six dernières années. La question désormais se porte sur l’avenir de cette sélection. Des joueurs vieillissants comme Jonathan Sexton commencent à tirer la langue, indéniablement. Il va donc falloir que des joueurs prennent leurs responsabilités et assument la relève derrière l’un des meilleurs joueurs de la dernière décennie. Par le passé, des joueurs comme Madigan et Carbery ont pris leurs marques, mais aucun n’a affiché des garanties permettant d’être le 10 titulaire du XV du Trèfle. Ce sera tout l’enjeu pour Andy Farrell, trouver un joueur capable de succéder au monstre Sexton.


4. Écosse : 6/10

Bilan du Tournoi : 3 victoires (0-17 vs Italie, 28-17 vs France, 10-14 vs Pays de Galles), 2 défaites (19-12 vs Irlande, 6-13 vs Angleterre)

Le bilan est bon pour les Écossais. Ils repartent de ce Tournoi avec le sentiment du devoir accompli. On peut dire qu’ils sont à leur place, avec des progrès, encore. Le XV du Chardon a mal débuté ce tournoi avec deux défaites mais s’est bien rattrapé par la suite. Sa dernière victoire au Pays de Galles, la première depuis 2002, est un ouf de soulagement. Côté joueurs, Finn Russell a été réintégré dans le groupe sur ce match et son apport s’est fait ressentir, lui qui a été bon lors de l’épopée européenne des Franciliens.

Cependant, on sent qu’il y a un fossé entre les trois premiers du classement, et les autres. L’Écosse en fait partie. Il y a quelques années, le Chardon a sorti des matchs de grande valeur (en Angleterre notamment) à une époque où les Glasgow Warriors étaient l’équipe phare de la Guinness Pro 14 et leur succès a grandement contribué à de bonnes performances en sélection. Néanmoins, la profondeur de l’équipe pose problème, avec le sentiment que si Stuart Hogg n’est pas là, l’équipe n’est clairement plus la même. L’avenir nous le dira, le sélectionneur Stuart Townsend pourra tester beaucoup de joueurs lors de la prochaine Autumn Nations Cup.


5. Pays de Galles : 3.5/10

Bilan du Tournoi : 1 victoire (42-0 vs Italie), 4 défaites (24-12 vs Irlande, 23-27 vs Pays de Galles, 33-30 vs Angleterre, 10-14 vs Ecosse)

Ce tournoi aura été très compliqué pour le sélectionneur Wayne Pivac. On peut même parler de désastre. Rappelons que lors de l’édition 2019, le Pays de Galles avait réalisé le Grand Chelem. Un an plus tard, les choses ont (beaucoup) changé. Wayne Pivac a remplacé Warren Gatland qui est parti dans l’hémisphère Sud et Pivac a pris en main la sélection après avoir fait du très bon boulot avec les Scarlets de Llanelli. Sauf que l’on a pas reconnu cette équipe galloise sur cette édition. Lors de son arrivée aux Scarlets, Wayne Pivac a mis deux saisons pour les amener au sacre en Guinness Pro 14 (avec un succès en demi-finales au Leinster et une victoire finale face au Munster, excusez du peu).

Le Pays de Galles de Dan Biggar grimace – INPHO

Le problème aussi, c’est qu’en sélection, Pivac n’a pas le luxe de disposer d’autant de temps pour gagner : on demande en effet aux sélectionneurs des résultats sur le court terme, car la sélection nationale est la priorité des fédérations. Il y a des excuses certes, mais il va falloir corriger beaucoup de lacunes. Avec Gatland, les Gallois étaient reconnus pour leur défense très solide, avec des joueurs comme Justin Tipuric ou Alu-Wyn Jones qui étaient au four et au moulin. Les règles dans les rucks ont évolué, et les Gallois ne se sont pas adaptés et ont ainsi été énormément pénalisés.

La prochaine Autumn Nations Cup est déterminante pour le sélectionneur. Il faudra gagner, et dès le prochain match, pour enrayer les doutes qui subsistent autour de cette équipe. Le coach a la pression, les joueurs aussi.


6. Italie : 2/10

Bilan : 5 défaites 

Les Tournois passent et se ressemblent pour la Squadra Azzura. Les sélectionneurs se succèdent également, mais les performances ne s’améliorent pas. On pourra dire ce que l’on veut, mais cette équipe n’a pas sa place dans ce Tournoi. Les équipes adverses repartent déçues lorsqu’elles ne prennent pas le bonus offensif face à l’Italie. Accrocheurs durant une mi-temps, les Transalpins cèdent trop facilement ensuite. Leur dernier match face aux Anglais en est la preuve, avec une explosion physique à l’heure de jeu. Malgré des individualités telles que Pollegri, Negri ou Minozzi, l’Italie n’y arrive pas collectivement. Comme depuis toujours.

Valeureuse Italie, et puis c’est tout – INPHO

Nicolas Mezine
 

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