Les centres du XV du France : Une homogénéité déterminante
RUGBY – Si la tournée d’automne du XV de France (contre l’Australie, l’Afrique du Sud et le Japon), qui débutera le 5 novembre contre les Wallabies, redéfinira certains postes clés, la paire de centres des Bleus sera à surveiller. L’arrêt brutal de la carrière de Virimi Vakatawa (pour des motifs cardiologiques) et la rechute d’Arthur Vincent (blessé au genou) vont permettre de clarifier davantage la hiérarchie des centres français. Derrière la paire Danty-Fickou, qui semble indiscutable à l’heure actuelle, les places restantes valent de l’or.
Sous l’ère Fabien Galthié, des leaders ont su émerger et gagner totalement la confiance du staff tricolore. Dans ce cas, on retrouve le Francilien et capitaine de la défense française Gaël Fickou, qui est un des joueurs qui assume ce rôle sur le terrain. Parfois replacé à l’aile quand les circonstances l’obligent, c’est bien en tant que second centre (numéro 13) qu’il est le plus souvent titularisé. Agé de 28 ans, le natif de la Seyne-sur-Mer compte déjà 71 sélections avec les Bleus (depuis 2013) et est donc l’homme le plus expérimenté de l’équipe actuelle. Redoutable en défense (tant dans ses actions individuelles que dans la gestion de ses coéquipiers) et décisif lors des phases offensives, sa place de titulaire n’est plus qu’une évidence aux yeux du staff français. Mais alors, qui est favori pour s’aligner à ses côtés au centre du XV de France ?
Jonathan Danty : une valeur sûre
Avec 5 titularisations au centre depuis l’arrivée de Fabien Galthié et son staff (depuis 2019), la paire Jonathan Danty – Gaël Fickou est une des plus utilisées, principalement depuis la saison dernière. En effet, le Rochelais s’est affirmé comme un prétendant sérieux à la titularisation au centre depuis son retour avec les Bleus en 2020 (il n’y avait pas joué depuis 2017). Élément central du titre de champion d’Europe du Stade Rochelais, Danty s’appuie sur un style de jeu atypique, mêlant puissance et vitesse. En tant que premier centre (numéro 12), il est un point de fixation déterminant dans les phases offensives françaises (mobilisations de plusieurs défenseurs ou casseur du premier rideau) en permettant d’ouvrir les espaces pour lancer les trois-quarts.
Mais si son association avec Fickou fonctionne à merveille, c’est également dû à sa palette défensive exceptionnelle. Déterminant au grattage des ballons au sol, Danty est un atout indispensable à l’imperméabilité du rideau défensif français et prend souvent le rôle de sauveur lorsque son intervention au sol stoppe l’offensive adverse. À l’heure actuelle, alors qu’Arthur Vincent est toujours en convalescence, cette paire de centre s’affirme davantage comme indiscutable.
Une place assurée pour Arthur Vincent malgré ses blessures
Le Montpelliérain a, depuis ses débuts avec le XV de France en 2020, toujours fait bonne impression et su montrer son énorme potentiel. Alors qu’il avait déjà manqué la victoire des Bleus lors du Tournoi des VI Nations 2022 (8 mois d’absence la saison dernière), la blessure au genou d’Arthur Vincent s’est de nouveau réveillée face à Brive lors de la 3ème journée de Top 14 (forfait pour la tournée de novembre). Cependant, avant de connaître ses pépins physiques, le champion de France en titre avec Montpellier avait su briller sous le maillot tricolore (14 sélections à seulement 22 ans). Il possède toutes les qualités requises pour performer au centre du terrain en associant à la fois une agressivité impressionnante ballon en mains et des capacités physiques rarissimes à ce niveau.
L’intensité dans son jeu fait de lui un élément central des Bleus, mais également un joueur sur qui l’équipe peut compter dans les moments cruciaux (il avait notamment effectué le plaquage décisif lors de la victoire de la France contre le Pays de Galles au Tournoi des VI Nations 2020, au-delà du temps réglementaire). Sans aucun doute, lorsque son état de santé sera rétabli, son retour posera des problèmes au staff des Bleus dans le choix du premier centre, entre lui et Jonathan Danty.

Arthur Vincent au premier plan, devant Gaël Fickou, lors du match du 6 Nations 2021 face à l’Écosse – Photo Icon Sport
Des jeunes talents prêts à assurer l’avenir
Pouvoir se poser ces questions est un privilège sur lequel peut se reposer le XV de France, d’autant plus quand les jeunes joueurs (encore placés derrière dans la hiérarchie actuelle) font de plus en plus leurs preuves en championnat mais, également au niveau international. La paire de centres de l’Union Bordeaux-Bègles, Tani Vili et Yoram Moefana, est certainement l’exemple le plus significatif du réservoir français. Les deux Français (21 et 22 ans) impressionnent par des qualités physiques propres au rugby moderne, entre puissance, agressivité et vitesse. Si l’ancien Clermontois Tani Vili, n’a pas encore connu de sélection dans le XV de France, le staff de Fabien Galthié l’a déjà inscrit comme un futur candidat régulier au centre. C’est pour cela qu’il est souvent appelé dans le groupe pour préparer les matchs, lui permettant de montrer tout son talent lors des entrainements.
Cependant, la situation de Moefana est plus propice à espérer de grandes choses dans un avenir proche. Appelé pour la première fois en Bleus pour disputer la Coupe d’automne des nations en 2020, le Bordelais a réalisé une performance phénoménale en finale de la compétition face à l’Angleterre (défaite 22-19 après les prolongations). Ce match, révélateur de son talent au grand public, est le synonyme du point de départ de sa carrière internationale. Lors du Grand Chelem 2022 réalisé par le XV de France, Moefana a disputé 4 des 5 matchs du tournoi en inscrivant notamment son premier essai en Bleus face à l’Ecosse. Si son physique qualifié de hors-norme (100 kg, 1m82) émerveille la planète rugby, il fait aussi partie des joueurs les plus réguliers du Top 14 et ne déçoit que très rarement. Les attentes autour de ses performances ont augmenté depuis sa révélation à l’international. Mais le jeune joueur a su s’acclimater à cette nouvelle pression pour continuer de fragiliser les défenses adverses chaque week-end, et entrevoir davantage une place au sein du XV de France (déjà 7 sélections).
La génération des champions du monde des moins de 20 ans de 2018 et 2019 toujours présente
Dans un style différent mais tout autant impressionnant, le néo-Toulousain Pierre-Louis Barassi (24 ans, 3 sélections) peut prétendre aux mêmes attentes que Moefana, à savoir une sélection régulière avec les Bleus. Mais, souvent rongé par les blessures depuis le début de sa carrière professionnelle, l’ancien Lyonnais (2016-2022) n’a pas pu autant dévoiler son talent. Et pourtant, sa comparaison avec le style caractéristique de l’ancien international Yannick Jauzion (73 sélections) révèle le potentiel du centre toulousain. Son explosivité et sa vitesse peuvent apporter beaucoup d’impact en tant que second centre, afin de potentiellement remplacer Fickou en cas de pépins physiques.
Voici notre groupe pour les @autumnnations 2022#NeFaisonsXV #XVdeFrance pic.twitter.com/4B8R43tZAA
— France Rugby (@FranceRugby) October 17, 2022
Une hiérarchie floue mais un réservoir exceptionnel
Si nous pouvons considérer que les trois premières places dans la hiérarchie des centres français sont figées (Fickou, Danty et Vincent), la concurrence est rude pour venir s’approcher du Graal. D’autant qu’en plus des trois joueurs cités précédemment (Vili, Moefana et Barassi), d’autres cadres du XV de France ont la faculté de jouer au centre. c’est le cas de Damian Penaud (trois-quarts aile) et Romain Ntamack (demi d’ouverture).
Ce précieux réservoir au centre peut également être agrémenté par des joueurs n’ayant pas encore eu l’occasion de s’exprimer autant que les autres, à l’image de Pablo Uberti (25 ans, UBB) fraîchement appelé par Fabien Galthié afin de préparer la tournée de novembre. Cette dernière sera donc l’occasion pour certains de confirmer leur statut de leaders incontestables et pour d’autres de gagner des points cruciaux dans l’optique des futures sélections. L’homogénéité à ces deux postes rendra la concurrence encore plus intense.


